Histoire de la Journée Internationale des droits des Femmes

La Journée Internationale des droits des Femmes trouve son origine dans une grève de travailleuses de l’industrie de textile et de vêtements à New York, le 8 mars 1908, menée pour une journée de travail de 8 heures, pour de meilleures conditions de travail et pour le droit de vote des femmes. L’année suivante, un appel du Socialist Party américain a débouché sur une lutte de plusieurs semaines pour de meilleurs salaires et conditions de travail, dans laquelle 30.000 travailleuses ont été impliquées,. Cette journée est restée longtemps un jour de fête et de lutte pour les organisations de femmes du mouvement ouvrier, même si la mobilisation s’affaiblissait d’année en année. La nouvelle vague d’activités féministes après Mai’68 a repris cette vielle tradition et, cette année encore, il y aura des activités partout dans le monde, bien que celles-ci ne mobilisent plus les masses.

L’histoire de l’origine de la Journée Internationale des Femmes ressemble beaucoup à celle du 1er Mai. Tout comme celle-ci, elle célèbre des actions qui ont eu lieu aux Etats-Unis et qui ont été ensuite reprises internationalement par le mouvement ouvrier organisé. La première célébration internationale, celle qui a été en ce sens la première véritable Journée Internationale des Femmes, date de 1911. La Journée des Femmes la plus tumultueuse et la mieux connue, celle aussi qui a eu le plus de conséquences, a été celle du 8 mars 1917 (23 février en Russie), qui annonçait le début de la Révolution de Février dans ce pays. Ce n’est qu’en 1922, à l’appel de l’Internationale Communiste, que la journée a été fixée à une date qui s’est imposée partout : le 8 mars.

Les ouvrières ont lutté pour l’acceptation de leurs revendications dans le mouvement ouvrier

L’acceptation de la revendication du droit de vote des femmes n’était pas évidente dans l’Internationale Socialiste (aussi connue comme la Deuxième Internationale), tout comme ne l’était d’ailleurs pas l’ensemble de la lutte pour les droits des femmes. L’organisation en 1907, par Clara Zetkin et les femmes socialistes allemandes, d’une Conférence internationale des femmes, qui s’est réunie la veille de la Conférence de la Deuxième Internationale, a donc marqué la préhistoire du mouvement. Une motion y a été votée par laquelle les partis adhérents s’engageaient à lutter pour le droit de vote des hommes et des femmes.

Clara Zetkin était une figure importante dans le parti socialiste allemand, une socialiste convaincue et une championne des droits des femmes, mais aussi une opposante déterminée au féminisme bourgeois. Lors de la réunion où a été décidée la mise sur pied de la Deuxième Internationale (1889), elle avait déjà argumenté que le socialisme ne pouvait pas exister sans les femmes, que les hommes devaient lutter ensemble avec les femmes pour les droits des femmes, que cette lutte faisait partie aussi de la lutte des classes. La réponse peu encourageante qu’elle avait reçue l’avait conduite à prendre l’initiative d’un mouvement socialiste des femmes, ayant pour but d’influencer les partis socialistes. Elle avait essayé d’acquérir et d’élargir cette influence avec le journal femme socialiste Die Gleichheit, dont elle était rédactrice en chef.

Mais, malgré l’acceptation de la résolution, l’enthousiasme pour le droit de vote des femmes était tiède dans la plupart des partis socialistes. Pour changer cela et pour impliquer davantage les femmes dans la lutte, la deuxième Conférence Internationale des Femmes Socialistes a décidé de tenir chaque année une journée internationale des femmes, une journée pendant laquelle on manifesterait, on ferait de la propagande,… En 1911, la Journée Internationale des Femmes a été célébrée en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Suisse et aux Etats-Unis. La liste des pays s’est élargie jusqu’à la Première Guerre Mondiale.

Cette guerre n’a pas signifié seulement un massacre massif, mais aussi la désintégration de la Deuxième Internationale. Le soutien à la guerre, venu d’abord de la social-démocratie allemande mais adopté ensuite par tous les partis de la Deuxième Internationale, a montré que, dans chacun de ces partis, le soutien à sa propre bourgeoisie dans le cadre d’un socialisme réformiste avait pris le dessus sur l’internationalisme, sur le refus de laisser les travailleurs de « son » pays tirer sur ceux d’autres pays, au seul bénéfice de leur propre bourgeoisie belliqueuse. Le seul parti qui est resté fidèle aux principes internationalistes du socialisme a été le parti russe, et en particulier son aile gauche majoritaire (les bolcheviks) sous la direction de Lénine, suivi dans cette voie par une partie de l’aile gauche de l’Internationale Socialiste.

L’organisation internationale des femmes a continué d’exister et s’est rangée dans le camp anti-guerre. Les Femmes Socialistes allemandes, au contraire de la direction du Parti Social-Démocrate allemand, ont aussi continué à mobiliser contre la guerre et contre la répression de l’Etat, notamment en 1914 contre la guerre qui approchait à grands pas et contre l’arrestation de Rosa Luxembourg, qui participait avec Clara Zetkin à la direction des groupes de gauche dans le SPD.

Les protestations à l’occasion de la Journée Internationale des Femmes ouvrent la voie à la Révolution de Février en Russie

Pendant la guerre, les femmes socialistes ont poursuivi les actions de protestation à l’occasion de la Journée Internationale des Femmes, dont la date varie alors entre le 23 février et le 18 mars. Ces protestations étaient fortement centrées sur le manque de vivres et les prix élevés de la nourriture provoqués par la guerre, ainsi que sur l’opposition à la guerre elle-même.

C’est ainsi les femmes socialistes italiennes de Turin ont diffusé une affiche, adressée aux femmes des quartiers ouvriers. L’arrière-plan de leur propagande, c’est alors l’augmentation générale des prix de la nourriture de base, comme la farine (dont le prix a grimpé de 88% entre janvier 1910 et 1917) et les pommes de terre (+ 134%). Ces affiches disaient : « N’avons-nous pas assez souffert à cause de cette guerre ? Maintenant la nourriture qu’il faut pour nos enfants commence à disparaître aussi. (…) Nous crions : à bas les armes ! Nous faisons tous partie de la même famille. Nous voulons la paix. Nous devons montrer que les femmes peuvent protéger ceux qui dépendent d’elles. »

Mais les protestations les plus spectaculaires ont eu lieu lors de la célébration de la Journée Internationale des Femmes en 1917 en Russie. Sous la direction d’Alexandra Kollontaï, les femmes russes sont descendues dans les rues. Au centre de leurs préoccupations se trouvaient les conditions de vie qui continuaient à empirer. Le loyer d’un logement à Saint-Pétersbourg avait doublé entre 1905 et 1915. Les prix des produits alimentaires, surtout ceux de la farine et du pain, avaient augmenté de 80 et 120%. Le prix d’une livre de pain de seigle, qui était la base de la nourriture des familles ouvrières de Saint-Pétersbourg, était monté de 3 kopecks en 1913 à 18 kopecks en 1916. Même le prix du savon avait augmenté de 245%. Une spéculation énorme et un marché noir de la nourriture et de l’énergie se développaient à toute allure alors que les entreprises fermaient leurs portes l’une après l’autre faute d’énergie. Les femmes et les hommes qui étaient licenciés partaient souvent en grève. En janvier et février 1917, plus d’un demi-million de travailleurs russes ont ainsi fait grève, surtout à Saint-Pétersbourg. Comme dans les autres pays impliqués dans la guerre, les femmes formaient une grande partie de ces travailleurs, vu que beaucoup d’hommes avaient été envoyés au front.

A l’occasion de la Journée Internationale des Femmes (le 23 février du calendrier russe correspond au 8 mars) les femmes ouvrières ont organisé une manifestation passant le long des usines de Saint-Petersbourg. Beaucoup de travailleurs des usines métallurgiques ont rejoint l’action. Le 25 février, deux jours après le début de l’insurrection des femmes, le Tsar a commandé à l’armée de tirer sur les masses pour arrêter le mouvement. Ainsi a commencé la Révolution de Février, qui a forcé le tsar à abdiquer le 12 mars.

Le Gouvernement Provisoire qui a pris le pouvoir en main est le premier gouvernement d’une grande puissance à accorder le droit de vote aux femmes. Mais, pour le reste, ce gouvernement n’était pas du tout prêt à augmenter le niveau de vie des masses. Le Tsar était parti mais les grands propriétaires fonciers et les capitalistes continuaient d’exploiter les masses et d’accaparer les richesses. A coté de ce Gouvernement Provisoire, une autre force s’est construite, les Conseils (soviets) de délégués élus des travailleurs, paysans et soldats. Ces Soviets sont entrés en concurrence avec le Gouvernement Provisoire sur la question centrale : qui va diriger le pays. En outre, le gouvernement refusait également de mettre fin à la guerre, une revendication qui gagnait toujours plus de soutien parmi les masses, en raison aussi de la campagne menée sans répit par les bolcheviks.

Ce double pouvoir – d’un coté le Gouvernement Provisoire et de l’autre les soviets – ne pouvait pas durer longtemps. Lors de la Révolution d’Octobre, les Soviets, réunissant les représentants élus des masses laborieuses, ont répondu à l’appel des bolcheviks et ont pris le pouvoir en main. Ces événements ont fixé la date de la Journée Internationale des Femmes en Russie et en Europe au 8 mars. L’Internationale Communiste (ou Troisième Internationale), mise sur pied à l’initiative de Lénine et Trotsky, les principaux dirigeants de la Révolution Russe, a fait en 1922 de cette journée un jour férié communiste.

La dégénérescence du mouvement communiste révolutionnaire coïncide avec celle de la Journée Internationale des Femmes

L’Etat ouvrier, arrivé au pouvoir par la Révolution d’Octobre, a donné aux femmes travailleuses des acquis dont les femmes en Occident ne pouvaient alors que rêver. A coté de l’égalité devant la loi, non seulement il leur a offert le droit au travail et des régimes de travail spéciaux (diminution du temps de travail, interdiction du travail de nuit, congé de maternité,…) qui tenaient compte de la fonction sociale des mères en plus du travail hors de la maison, mais il a aussi été le premier à prendre réellement ses responsabilités envers les masses populaires sur le plan du logement et des services de base. Les richesses produites par la population laborieuse ont été pour la première fois réellement utilisées pour servir les intérêts des masses, par le biais d’une économie planifiée qui avait au cœur de ses préoccupations les besoins des masses et qui, dans une première période, était aussi élaborée de manière démocratique à travers les soviets, les conseils des travailleurs, paysans et soldats.

Mais le jeune Etat ouvrier a fait beaucoup plus encore. L’oppression des femmes est en effet un problème plus profond qu’une simple question de revenu et de salaire. Le droit à l’avortement, la possibilité de divorcer plus facilement, l’abolition des « droits » que les hommes avaient sur les femmes dans le mariage,… tout cela a fait partie des acquis des femmes travailleuses russes – des acquis que les femmes occidentales ont du attendre longtemps encore. Afin de stimuler et d’aider les femmes à sortir de leur foyer et à s’engager dans la société, un travail de formation sur une grande échelle a aussi été entamé, au moyen de campagnes d’alphabétisation dans la campagne et du travail de formation pour élever le niveau culturel. Des femmes socialistes ont parcouru cet immense pays pour expliquer aux femmes les droits dont elles disposaient.

Mais la Révolution Russe ne pouvait pas rester debout et évoluer vers une société socialiste dans l’isolement total dans lequel se trouvait le pays après la défaite des mouvements révolutionnaires en Europe, et tout particulièrement en Allemagne, des défaites qui se sont succédées surtout à cause de la trahison des partis socialistes de la Deuxième Internationale. La société russe se heurtait à un manque de développement technique, à une arriération culturelle dans les vastes régions rurales,… et était en plus entraînée dans une guerre sans fin, les puissances capitalistes de l’extérieur faisant tout pour aider l’ancienne élite dirigeante russe à reprendre le pouvoir, en bloquant les relations commerciales mais aussi en envoyant des troupes (les armées de 21 pays ont ainsi foncé à travers le territoire de la Russie). La continuation d’une situation de guerre imposée à la société russe a conduit à des famines dans différentes parties du pays.

Le soutien – ouvert et concret – donné par tous les partis russes, excepté les bolcheviks, à la contre-révolution a conduit à une situation dans laquelle de plus en plus de partis ont été mis hors-la-loi. Cette période de « communisme de guerre » reste toujours vue, même aujourd’hui, par une série de partis communistes comme un « modèle » alors qu’elle n’était qu’une adaptation concrète et nécessaire à la guerre qui était imposé au jeune Etat ouvrier. Beaucoup de penseurs bourgeois mettent cela en avant pour montrer combien le « communisme » est « antidémocratique » – bien que dans les pays capitalistes la démocratie ait été également suspendue en temps de guerre et parfois d’une manière encore plus profonde qu’en Russie.

Mais l’échec des révolutions en Europe occidentale et les difficultés économiques internes dans un pays détruit par la guerre ont fait qu’en Russie, une bureaucratie a pu concentrer dans ses mains toujours plus de pouvoir. Cette bureaucratie, sous la direction de Staline, a progressivement étranglé toute opposition et a remplacé le fonctionnement démocratique de l’économie planifiée par son propre pouvoir tout-puissant. Cette prise de pouvoir s’est marquée aussi à travers l’adaptation graduelle du programme du Parti Communiste russe envers les femmes, qui a glissé de plus en plus vers la glorification de la maternité et de la famille nucléaire dans laquelle la mère préoccupée du bien-être de la famille occupait la place centrale.

Parallèlement, l’Internationale Communiste est devenue partout dans le monde un instrument de cette bureaucratie russe, donnant chaque jour davantage la priorité aux intérêts de la politique extérieure de l’URSS sur les intérêts de la classe ouvrière dans le reste du monde. C’est ainsi qu’a commencé une longue chaîne de trahisons, débutant avec la première Révolution Chinoise dans les années ’20 (au cours de laquelle le Parti Communiste a été forcé à aider le Kouo-Min-Tang, le parti bourgeois nationaliste au pouvoir), se poursuivant avec la guerre civile espagnole en 1936-39 (au cours de laquelle le Parti Communiste a notamment utilisé son influence pour retirer leurs armes aux femmes ouvrières et les cantonner au rôle de cuisinières et d’infirmières dans l’armée), dans laquelle les intérêts des travailleurs et paysans espagnols ont reçu une importance bien moindre que les accords que Staline avait conclus avec des différents pays capitalistes, ce qui a mené à la victoire de Franco ou encore avec la Révolution Iranienne de 1979, au cours de laquelle le Parti Communiste a refusé de jouer un rôle indépendant et de diriger lui-même la lutte, a apporté son soutien à Khomeiny et a abandonné les femmes iraniennes totalement à leur sort. Dans ce cadre, la Journée Internationale des Femmes a changé de nature dans les pays staliniens pour devenir une sorte de fête des mères ou de Saint-Valentin, un jour où les femmes reçoivent des fleurs.

Relance de la lutte des femmes dans les années ‘60

Dans le reste du monde, la Journée Internationale des Femmes a été de plus en plus oubliée pour n’être reprise qu’à la fin des années ’60 par le nouveau mouvement féministe, ce qu’on a appelé la « deuxième vague » (après une « première vague » pour le droit de vote). C’est également la période dans laquelle d’autres mouvements d’émancipation, comme le mouvement des homosexuels, a connu une forte poussée.

Les années ’60 ont vu un grand afflux de femmes sur le marché de travail. Vu le chômage très bas, les femmes ont été stimulées à aller revendiquer leur place au travail. La nouvelle vague féministe s’est donc développée sur la base de ces conditions économiques favorables. En Belgique, la montée de ce mouvement a été annoncée par la grève des ouvrières de la FN d’Herstal sur la revendication « à travail égal, salaire égal » qui a duré 12 semaines.

Cette nouvelle vague féministe, qui a coïncidé avec le développement d’autres mouvements d’émancipation comme celui des homosexuels, avait comme objectifs d’obtenir l’indépendance économique, de rompre avec la répartition classique des rôles entre hommes et femmes, d’arracher la libération sexuelle, de casser le « plafond de verre » qui tenait les femmes loin des hautes fonctions, y compris dans la politique. Dans beaucoup de pays, cette lutte a obtenu des acquis importants, entre autres sur les questions de la contraception et de l’avortement, de l’assouplissement des lois sur le divorce,… illustrés par des slogans comme le très connu « maître de mon ventre » ou « le personnel est politique ».

En termes légaux, la revendication “à travail égal, salaire égal” a été obtenue, tout comme l’interdiction des discriminations professionnelles, mais sur ce plan on doit aujourd’hui bien constater que les salaires réels des femmes sont toujours en moyenne 25% plus bas que ceux des hommes.

La Journée Internationale des Femmes doit être remise à l’ordre du jour

Malgré les énormes acquis – accès à l’enseignement et au marché du travail, légalisation de l’avortement, facilitation des procédures de divorce, égalité devant la loi,… – obtenus par les femmes dans les pays capitalistes développés, les problèmes ne sont pas fondamentalement résolus. Au contraire, au cours des 20 à 30 dernières années de politique antisociale et néolibérale, un grand nombre d’acquis ont été rabotés. Les femmes sont touchées de façon très dure : les chômeurs qui ont perdu leur allocation de chômage à cause du fameux article 143 (devenu 80) limitant la durée des allocations pour les chômeurs cohabitants sont en grande majorité des femmes, les allocations de chômage partiel des travailleurs à temps partiel non-volontaire ont été graduellement abolies, le démantèlement de services comme ceux des hôpitaux (notamment avec la réduction du temps de séjour) a pesé surtout sur elle,…

Beaucoup de femmes travaillent en dehors de la maison aujourd’hui et très peu de filles et de jeunes femmes se voient comme futures femmes au foyer. Mais la société ne voit toujours pas les tâches ménagères et de soins – que ce soit pour les enfants, pour le mari et, à cause du coût élevé des maisons de repos combiné au faible montant des pensions, toujours plus aussi pour les parents âgés – comme des tâches sociales pour lesquelles il faut créer des services publics. Dès lors, tout le poids repose dès lors sur le dos des femmes qui subissent une double journée de travail. Cette double journée, dans la situation d’un marché de travail de plus en plus flexible, fait que beaucoup de femmes ne gagnent pas assez pour être indépendantes sur le plan financier. De bas salaires, le temps partiel, des périodes de non-présence sur le marché de travail,… font qu’arrivées à un certain âge, les femmes sont aussi en moyenne bien plus pauvres parce que leurs pensions sont plus faibles, et parfois beaucoup plus faibles.

Ce manque d’indépendance financière fait que les femmes sont vulnérables face à la violence. Même si elles veulent échapper à une relation violente, elles rencontrent plein d’obstacles sur leur route. Comment, avec les bas salaires que beaucoup de femmes subissent à cause du temps partiel, avec les titres-services et autres « petits boulots », avec l’insécurité d’un contrat temporaire ou intérim,… trouver un nouveau logement et des revenus suffisants pour vivre, en particulier s’il y a des enfants ?

La violence contre les femmes est inhérente au capitalisme : elle fleurit sur la division et les préjugés entretenus envers les groupes spécifiques afin de diviser et de paralyser la majorité de la population qui est exploitée et opprimée par la bourgeoisie. Les femmes sont souvent confrontées au harcèlement sexuel dans l’espace public, dans les écoles et les lieux de travail, mais aussi avec la violence physique et sexuelle dans leurs familles. Les préjugés envers les femmes font aussi qu’elles doivent souvent travailler bien plus dur pour être vues comme égales aux hommes. Le sexisme installe des limitations très réelles dans la vie des femmes. Malgré les énormes pas en avant qui ont été faits et la plus grande liberté que les femmes ont aujourd’hui pour déterminer leur vie, cette violence dure toujours : la principale cause de mort et de handicap permanent pour les femmes entre 16 et 44 ans en Europe est la violence du partenaire.

De nouvelles formes d’oppression sont aussi apparues, ou plus exactement de vieilles formes sous une nouvelle apparence. La croissance de l’internet a été utilisé par la mafia du sexe pour assurer un élargissement jamais vu de l’industrie de sexe – le porno est un des plus grands secteurs sur internet. On voit aussi un glissement vers du porno de plus en plus dur, vers la pornographie enfantine. Le porno est présent partout aujourd’hui et diverses études ont montré que cela impose une pression sérieuse sur les jeunes femmes, en particulier sur le plan de leurs « prestations » sexuelles. Elles ont montré que, dans 97% du matériel pornographique, les relations entre les sexes reposent sur l’obéissance et la soumission des femmes. La plus grande partie du matériel porno déborde de clichés du genre « si les femmes disent non, elles veulent dire oui.

Pour beaucoup de jeunes femmes qui sont attirées dans cette industrie du porno – faire des photos est quand même une façon « innocente » et facile de se faire un peu d’argent – ces premiers pas s’avèrent être un marchepied pour la prostitution. Bien qu’on entende aujourd’hui dire de plus en plus souvent que c’est un « choix » que les femmes font, il est quand même remarquable que même ces femmes qui pensent que c’était leur « choix » doivent à terme utiliser des drogues pour pouvoir continuer à faire ce « travail ». Toutes les prostituées sont confrontées régulièrement à la violence. Bien que différentes organisations, y compris des organisations soi-disant progressistes, veulent présenter aujourd’hui la prostitution comme « un boulot comme un autre », ce n’est pas du tout le cas. Pour la grande majorité des prostituées, il ne s’agit pas d’un « choix », mais d’une pure nécessité économique. Une grande partie du marché de la prostitution est en outre occupée par ce qu’on ne peut pas appeler autrement que des esclaves sexuelles, importées par des réseaux de traite d’êtres humains. Ce n’est pas étonnant que cette industrie du sexe ait profité à fond de la désintégration des Etats staliniens en Europe de l’Est et en Russie et qu’un grand nombre de femmes submergent le marché de prostitution, forcées de façon directe ou indirecte par les trafiquants de chair humaine.

Malgré le fait qu’une plus grande proportion de femmes que d’hommes se trouvent dans une situation de pauvreté, leur sur-concentration dans les emplois mal payés, temporaires et à temps partiel, la violence, le harcèlement et les préjugés,… une grande partie des politiciens et politiciennes prétendent pourtant que les femmes ne sont plus opprimées ni discriminées. En réalité, la situation s’est détériorée au cours des dernières décennies pour les femmes qui travaillent ou qui dépendent d’une allocation. La dépendance économique fait que toute une série de droits dont les femmes disposent légalement ne peuvent pas être appliqués dans la réalité.

Anja Deschoemacker

Contre le sexisme, une lutte unitaire pour une autre société est nécessaire!

Femmes-objets, harcèlement, violence, précarité : le sexisme reste une réalité…

Il y a 10 ans encore prédominait l’idée que l’égalité homme-femme était acquise. Mais depuis lors, un nombre croissant de personnes reconnaissent que les inégalités persistent malgré l’égalité juridique et légale. Le sexisme quotidien est régulièrement abordé dans l’actualité. La crise économique joue un rôle dans ce regain d’attention, en exacerbant les inégalités et en clarifiant que l’égalité n’existe le plus souvent que sur papier. Harcèlement et violences physiques et sexuelles restent des choses bien trop courantes, tout comme la violence économique qui a gagné en importance.

Harcèlement sexuel : en rue comme dans les hautes sphères

100 % des femmes se sont déjà fait harceler dans les transports en commun parisien, selon une étude publiée en avril 2015. Si de telles statistiques ne sont pas disponibles en Belgique, les articles et témoignages pleuvent concernant des cas de harcèlement dans l’espace public. Quelle femme ne s’est jamais fait accoster en rue avec insistance et entendre dire qu’elle devrait considérer cela comme un compliment ?

Le harcèlement dans l’espace public est le plus rapporté par les médias, mais le phénomène touche toute la société avec la même ampleur, comme au boulot. Lorsqu’il est le fait d’un supérieur hiérarchique, les obstacles pour en sortir seule peuvent paraître insurmontables. En plus du facteur psychologique, il est difficile d’accéder à des allocations de chômage complètes – en particulier en cas de démission – et de trouver un nouvel emploi dans le contexte actuel.

Au Texas, le Président du Parlement de l’État a récemment demandé aux élues de ne porter ni jupe courte, ni décolleté pour éviter de distraire leurs collègues masculins. Comme si le harcèlement dont elles pourraient être victimes était dû à leurs tenues ! Cette attitude considère les victimes du harcèlement comme responsables de la situation, tout en induisant également que les hommes seraient conduits par un instinct bestial.

Le harcèlement et le sexisme ne sont pas le fait d’un groupe spécifique de la population. Toutes les couches de la société sont atteintes. S’y opposer est indispensable, sans que cela ne devienne le prétexte à la stigmatisation de jeunes ou d’hommes issus de l’immigration. Quant aux médias, ils ont beau dénoncer le harcèlement dans leurs pages actualité, ils continuent à véhiculer le sexisme dans leurs pages culture et ‘‘lifestyle’’.

Refusons la banalisation des violences envers les femmes

1/3 des femmes ont subi des violences graves depuis l’âge de 15 ans. Les violences les plus courantes sont les moins visibles : 1/4 des femmes subissent ou ont subi des violences conjugales (IWEPS – février 2016).

Ce n’est pas parce que ces violences sont omniprésentes que l’on peut accepter leur banalisation et encore moins leur normalisation. Lorsqu’une personne déclare ne pas vouloir de relation sexuelle, c’est qu’elle n’en veut pas, et ce, y compris si elle a dit l’inverse plus tôt, quelle que soit sa tenue. Et c’est toujours valable dans le cadre d’un couple. Refusons la culpabilisation des victimes !

Précarisation : l’austérité s’en prend aux femmes

Les groupes les plus opprimés de la population – comme les femmes – subissent la crise économique avec plus de violence. Les mesures d’austérité prises aux différents niveaux de pouvoir jettent des dizaines de milliers de femmes dans la pauvreté. Alors que les conséquences sont catastrophiques, les médias traditionnels n’en font que peu état.

Les coupes budgétaires dans les services publics ont également un impact particulier sur les femmes. Elles sont majoritaires dans la fonction publique et la diminution du nombre de postes dans le secteur a des conséquences directes sur l’emploi. Ce sont aussi les principales utilisatrices des services publics. Et, enfin, ce qui n’est plus pris en charge par la collectivité, au travers des services publics, retombe sur le dos des familles, essentiellement sur les femmes.

À qui profite le sexisme?

– Le sexisme est un instrument qui permet d’augmenter les profits de l’industrie en utilisant le corps des femmes comme outil marketing et comme objet sexuel pour vendre tout et n’importe quoi/qui.
– Le sexisme, par les préjugés qu’il véhicule, participe à la justification de bas salaires dans les secteurs des soins aux personnes (crèches, écoles, soins de santé, maisons de repos…) fortement féminins, par la mise en exergue des aptitudes ‘‘maternelles’’ naturelles des femmes qui ne nécessitent donc pas une rémunération sur base de compétences.
– Le sexisme permet au gouvernement de plus aisément couper dans les services publics en glorifiant le rôle traditionnel des femmes et en omettant la surcharge de travail domestique.
– Le sexisme, comme le racisme, l’homophobie et toutes les discriminations permettent de diviser les luttes pour une société qui réponde davantage aux besoins de la majorité sociale. Il s’ancre dans l’adage ‘‘diviser pour mieux régner’’.

Le sexisme n’est donc pas le fait des hommes ou d’une culture spécifique. Un seul groupe de la population profite de l’oppression spécifique des femmes : les super-riches c’est-à-dire la classe dominante capitaliste.

Quelle réponse aux violences faites aux femmes ?

36 % des femmes ont déjà été victimes de violence physique ou sexuelle. Face à cette situation, il est essentiel de développer des solutions. Le ‘‘néo-féminisme’’ des magazines féminins portant au rang de grande avancée pour les droits des femmes la nouvelle poupée Barbie ‘‘plus ronde’’ n’est clairement pas à la hauteur de la tâche. Face aux violences, l’action est nécessaire. Mais sous quelle forme ? Par la répression ou par la lutte pour un changement de système ?

En justice, les condamnations pour faits de violences restent faibles. Seulement 7 % des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. Avec environ 10 % des victimes qui portent plainte, cela revient à une quasi-impunité des violences sexuelles (approximativement 7 condamnations pour 1000 cas). Toutefois, il serait simpliste d’attribuer cette relative impunité uniquement au machisme ou à la misogynie des juges. Si cela existe, bien entendu, c’est le fruit d’un système qu’il s’agit de démonter.

Pousser les femmes à porter plainte en cas d’agression et plaider pour une politique répressive plus énergique n’est pas suffisant. Malgré qu’un quart des plaintes pour coups et blessures volontaires rapportées au parquet ont lieu au sein du couple (IWEPS – février 2016), la police n’a depuis près d’un an plus pour tâche prioritaire de s’en occuper, en raison des mesures d’austérité.

Comme pour le reste des affaires judiciaires, cette justice bourgeoise protège largement les plus nantis. Nous ne devons pas placer tous nos espoirs dans ce système de justice de classe.

Construisons une autre société

Nous devons lutter contre les sources matérielles de l’oppression spécifique des femmes. Les industries du cosmétique, du divertissement et du spectacle ainsi que celles de leurs sponsors ont pour vocation de générer un maximum d’argent pour les actionnaires. L’instrumentalisation du corps des femmes comme objet de marketing ou sexuel ne leur pose aucun problème. Cette utilisation constante ‘‘objectivise’’ les femmes et favorise l’idée que, comme pour un objet, on peut en disposer quand et comme on le souhaite. Du point de vue des capitalistes, cette violence est un effet collatéral négligeable. Luttons pour un contrôle et une gestion démocratique de ces secteurs par les travailleurs et les usagers – de même que pour l’ensemble des secteurs clés de l’économie !

Il est clair que le manque d’indépendance financière peut prolonger le calvaire de femmes n’ayant pas les moyens financiers de quitter leurs conjoints. Cette indépendance doit passer par une lutte pour des emplois de qualité avec des salaires décents. Une réduction collective du temps de travail, sans perte de salaire et avec des embauches compensatoires est également nécessaire. Elle permettrait de mettre fin au chômage structurel et au temps partiel involontaire. Cette mesure favoriserait également un meilleur équilibre entre vies privée et professionnelle et faciliterait l’implication des travailleurs dans la gestion de leur quartier, de l’école de leurs enfants ou encore de leur entreprise.

Des services publics accessibles et de qualité permettent quant à eux de lutter contre le travail domestique non rémunéré et la double journée de travail auxquels sont particulièrement astreintes les femmes. ce sont des secteurs qui doivent être pris en charge par la collectivité pour ne pas retomber sur le dos d’individus avec les complications que cela engendre. Des logements à prix abordable ainsi que des allocations familiales sont également indispensables pour que bâtir une famille ne signifie plus s’appauvrir.

Lutter contre l’oppression spécifique des femmes passe donc par une lutte contre les bases matérielles de celle-ci. Les revendications contre l’oppression des femmes rejoignent celles du mouvement des travailleurs dans son ensemble : lutter pour une société gérée collectivement et démocratiquement pour répondre au mieux aux besoins de tous et toutes.

Unité de genre ou de classe : Comment venir à bout du sexisme ?

S’il est utile que des femmes se réunissent en tant que femmes au sein des organisations de gauche, (pour élaborer le programme à défendre dans leur parti, leur syndicat ou leur mouvement concernant les droits des femmes, etc.), nous estimons que dès lors qu’il s’agit de lutter, tout ce qui nous divise nous affaiblit. La majorité des acquis des femmes résultent des luttes du mouvement des travailleurs dans son entièreté. Une telle approche insère un élément regrettable de division dans notre combat alors que c’est ensemble que nous sommes plus forts.

Le sexisme n’est pas le fait des hommes ou d’une culture, l’oppression des femmes n’a d’ailleurs pas toujours existé. Identifier la source de cette oppression permet d’adopter la méthode la plus efficace pour venir à bout de ce problème crucial. La présence d’hommes lors de manifestations féministes renforce justement l’idée que notre combat ne repose pas sur une opposition entre hommes et femmes mais sur une lutte de classe contre le système capitaliste et pour une société qui développera les conditions matérielles pour en finir avec toutes les discriminations, l’exploitation et les oppressions.

L’oppression spécifique des femmes est apparue avec la notion de propriété privée et le développement de la société divisée en classes sociales. Mais pendant la plus longue partie de l’Histoire de l’humanité qui a précédé, elle n’existait pas. Dans ces temps lointains, la collaboration était indispensable à la survie de la tribu. Dans ce cadre, aucune subordination n’était possible et le concept de propriété et celui d’héritage qui en découle étaient inexistants. Le sexisme n’est donc en rien inscrit dans les gènes des hommes.

Néanmoins, l’oppression spécifique des femmes existe depuis des millénaires à travers le monde. Ce n’est pas en un tour de baguette que l’on en viendra à bout, cela nécessitera un travail en profondeur ! Comme nous l’avons dit, c’est un des outils de la classe dominante pour accumuler toujours plus de richesse sur le dos de la majorité de la population. Les super-riches, voilà notre ennemi dans le combat contre le sexisme. À nous de mettre ce qu’il faut en œuvre pour renverser le système capitaliste.

Qui sont nos alliés dans ce combat ?

Le sexisme est un problème collectif, ce n’est que par une lutte collective que l’on pourra le combattre. L’unité doit se faire depuis la base entre tous ceux qui ont les mêmes intérêts : les jeunes, les allocataires sociaux et les travailleurs hommes et femmes. Refusons de rentrer dans le piège de la division et dans le raccourci que les hommes profiteraient de cette situation. L’unité dans la lutte n’est pas un choix, c’est une nécessité. Aucune avancée majeure pour l’émancipation des femmes ne pourra se faire sans l’implication de l’ensemble de la classe dominée.

S’il est vrai que toutes les femmes sont opprimées du fait de leur genre, les femmes de la classe laborieuse le sont doublement. Contrairement à ce que voudrait faire croire Hillary Clinton, avoir une femme au pouvoir ne garantit en rien les intérêts de l’ensemble des femmes. Au contraire ! Les mesures d’austérité à l’encontre des femmes de la classe ouvrière prises par Margaret Thatcher en son temps en sont un exemple éloquent. Ainsi, une femme travaillant au service clientèle de Proximus a bien plus en commun avec son collègue masculin qu’avec Mme Dominique Leroy, PDG du groupe. Si les employés de la firme entament une lutte pour de meilleurs salaires – permettant plus aisément une indépendance financière – c’est depuis la base que l’unité se fera et non entre toutes les femmes de l’entreprise. Le seul moyen pour les femmes de la bourgeoisie de lutter contre le sexisme est de rompre avec leurs privilèges de classe, pour honnêtement combattre le capitalisme au côté de la classe ouvrière, pour enfin en finir avec le sexisme.

Émancipation des femmes et socialisme

La lutte pour les droits des femmes est une lutte contre le système capitaliste et pour le socialisme démocratique. Un contrôle démocratique des secteurs clés de l’économie ne nécessiterait plus d’utiliser le corps des femmes comme objets, puisque le but ne serait plus de maximiser les profits, mais de répondre aux besoins de la population. Puis, grâce à une indépendance financière et des services publics accessibles et de qualité, de réels choix de vie pour les femmes deviendraient enfin possibles.

Si mettre définitivement fin au sexisme nécessite de construire une autre société, nous ne pourrons gagner ce combat qu’en luttant parallèlement contre le sexisme dès aujourd’hui. Comme dans le reste de la société, le mouvement ouvrier est parcouru par le sexisme. Nous devons lutter contre lui au sein du mouvement ouvrier et permettre l’implication des femmes dans les luttes qui se profilent devant nous. Cela ne peut se faire largement que par une attention spécifique aux difficultés particulières qu’elles peuvent rencontrer. Poussons nos organisations syndicales à faciliter l’implication des femmes dans le mouvement (choix des heures des réunions, baby-sitting, …) pour qu’elles puissent plus aisément se présenter sur les listes dans le cadre des élections sociales, par exemple. Notre force, c’est le nombre : aucune révolution ne pourra être gagnée sans les femmes et sans une révolution, le sexisme perdurera.

« Émancipation des femmes et socialisme: des luttes indissociables! »

Les femmes sans-papiers sont extrêmement vulnérables : en plus d’une précarité économique souvent extrême, elles n’ont aucun recours possible lorsqu’elles sont sujettes à de la violence. Leur seul perspective pour un avenir, c’est de participer à la construction d’une lutte la plus unie possible pour un changement de société.

Contre les tentatives de division, toujours plus agressives, nous devons opposer une lutte et un combat unitaires : hommes et femmes, avec ou sans papiers, jeunes et travailleurs avec ou sans emploi,… Nous avons tous droit au logement, à l’éducation, aux soins,… à la dignité.

Émily Burns, Parti Socialiste de Lutte (section belge du Comité pour une Internationale Ouvrière)

USA : Les leçons du mouvement de masse des femmes des années ’60 et ’70

Un nouveau mouvement des femmes émerge en réponse à l’élection du misogyne Donald Trump, à commencer par les marches des femmes de 2017 et maintenant avec la campagne #MeToo. Le pouvoir potentiel du moment #MeToo a tellement effrayé la classe politique, les PDG, les investisseurs·euses et actionnaires, -en bref les « 1% »- que des douzaines d’abuseurs·euses célèbres ont été licencié·e·s ou forcé·e·s de démissionner. C’est une victoire, mais les femmes ont beaucoup plus à gagner.

Un véritable outil pour que les travailleurs et travailleuses puissent se défendre face à des patron·ne·s et des collègues abusifs·ves, (que votre patron·ne soit célèbre ou non) peut être gagné, mais il faudra un mouvement de masse qui prend la rue et perturbe le statu quo. Le dernier grand mouvement des femmes aux États-Unis au cours des années 1960 et 1970 a été une période de mobilisation soutenue autour des questions féminines qui a permis d’obtenir d’importantes réformes et de changer l’attitude de millions de personnes à l’égard du rôle des femmes dans la société. Elle a également montré les limites du féminisme libéral.

Le mouvement des femmes des années 1960 et 1970 a émergé au cours d’une période de bouleversements sociaux massifs à l’échelle nationale et internationale. Aux États-Unis, la lutte déterminée des Afro-Américain·ne·s dans le mouvement des droits civiques a eu un effet transformateur sur la conscience de millions de travailleurs·euses et de jeunes. Le mouvement contre la guerre du Vietnam était d’une ampleur énorme, attirant environ 36 millions de personnes pour protester au cours de la seule année 1969. L’establishment était contesté de tous les côtés, et les femmes, les gens de couleur, les LGBTQI+ et les travailleurs·euses étaient encouragé·e·s à porter leur lutte contre l’oppression et l’inégalité à des niveaux d’organisation et d’action plus élevés.

La naissance de NOW

L’Organisation nationale des femmes (NOW), fondée en 1966, a élaboré une stratégie et des tactiques pour assurer la pleine égalité juridique des femmes et des hommes. Bien que NOW ait souvent fait campagne pour des revendications qui profiteraient à toutes les femmes, les politiques de NOW étaient centrées sur les préoccupations des femmes instruites de la classe moyenne et étaient parfois en désaccord avec les intérêts des femmes de la classe ouvrière.

NOW a réussi à obtenir des réformes grâce à une avalanche de poursuites judiciaires combinées à des protestations et à des actions de masse, en particulier en matière de discrimination à l’emploi. Elle a commencé par faire pression pour que l’on mette fin à la ségrégation des listes d’emplois dans les journaux, en combinant les efforts de lobbying avec des piquets de grève et des manifestations qui ont réussi à mettre fin à cette pratique en 1968. La Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi, l’organisme fédéral chargé d’appliquer les règles contre la discrimination dans l’emploi, n’a commencé à appliquer la loi qu’après qu’une campagne de NOW ait forcé le changement.

Le 26 août 1970, la grève nationale des femmes a vu des dizaines de milliers de femmes faire grève dans tout le pays autour de trois revendications centrales : le droit à l’avortement, le droit à la garde d’enfants et l’égalité des chances en matière d’emploi et d’éducation. Le caractère des manifestations variait d’une ville à l’autre, mais c’est à cause de l’existence de NOW que la grève des femmes a été une action coordonnée à l’échelle nationale.

Dans la ville de New York, cinquante mille femmes ont marché sur la 5e Avenue, et une bannière a été accrochée à la Statue de la Liberté, portant l’emblème « Women of the World Unite ! ». La grève d’un jour a été un énorme succès, et le nombre de membres de NOW a augmenté de 50 % au cours des mois suivants. À son apogée en 1974, NOW pouvait revendiquer 40 000 membres, ce qui reflète le fait que le Mouvement des femmes avait vraiment acquis un caractère de masse.

Bien que NOW ait adopté un programme relativement radical, l’organisation n’a pas cherché à contester le système capitaliste, mais à obtenir une place équitable pour les femmes au sein même du système. Dans l’intérêt de paraître acceptable aux yeux du « courant dominant » de la société, les dirigeantes de NOW ont consciemment repoussé les radicales. Cette tactique était clairement liée à une aile du Parti démocrate.

Malgré certaines campagnes sur l’inégalité raciale, NOW avait de graves lacunes dans son approche à l’égard des femmes de couleur, et l’organisation était majoritairement blanche.

Betty Friedan, la dirigeante de NOW, a qualifié de « menace lavande » la radicalisation des femmes lesbiennes ; le lesbianisme ne cadrait pas avec la politique de respectabilité de Friedan. Le refus de NOW d’adopter pleinement la diversité ethnique et de genre dans l’organisation et l’accent mis sur l’égalité juridique plutôt que sur un programme répondant aux besoins des travailleuses constituait une faiblesse importante pour l’ensemble du mouvement des femmes.

La libération des femmes

Pour beaucoup de jeunes femmes impliquées dans les mouvements anti-guerre et de défense des droits civils, le féminisme libéral incarné par NOW n’était pas suffisant. L’énorme radicalisation de cette période a incité les femmes à explorer le démantèlement complet des rôles des femmes dans les relations amoureuses, dans la famille, dans la société et dans les organisations de gauche. La naissance des groupes de libération des femmes peut être attribuée aux expériences des femmes militantes qui sont mises à l’écart politiquement, souvent sexuellement objectifiées au sein de certaines organisations de « gauche ».

C’était particulièrement vrai pour « Students for a Democratic Society », qui n’a pas réussi à s’attaquer au chauvinisme généralisé dans ses rangs. Cela a conduit un certain nombre de femmes de la SDS à une discussion plus intense sur les racines profondes de l’oppression des femmes et sur la façon de la combattre. Ce type de débats a eu lieu parmi les femmes militantes de gauche à travers le pays, y compris dans les organisations noires et latines. À l’automne 1967, des femmes radicales ont commencées à former leur propre organisation, dédiée à la libération des femmes. En 1969, il y avait des groupes de libération des femmes dans plus de 40 villes.

Les organisations de libération des femmes ont souvent commencé comme des groupes de conscientisation, où les femmes se réunissaient pour discuter de leur oppression commune et se sont développées en groupes activistes qui ont utilisé l’action directe pour faire campagne sur les droits reproductifs, le viol et l’objectivation des femmes. Les militantes ont renversé le tabou sur le fait de parler de la sexualité et de la santé reproductive des femmes, et les femmes lesbiennes ont été accueillies dans le mouvement.

Bien que le mouvement de libération des femmes ait adopté une vision plus globale des expériences des femmes que le mouvement féministe dominant, il était également dominé par les femmes blanches de la classe moyenne. Les socialistes-féministes au sein du mouvement n’ont jamais fusionné en une force unifiée qui aurait eu un impact sur la direction générale de la libération des femmes. Les idées séparatistes selon lesquelles les femmes s’organisent et même vivent séparées des hommes était une tendance au sein du mouvement de libération des femmes, ce qui donnait aux médias le moyen de le dénigrer en le qualifiant de « haine de l’homme ». L’incapacité du mouvement à adopter un programme clair qui puisse répondre aux intérêts et aux besoins des femmes de la classe ouvrière et des femmes de couleur a limité son attrait, même si ses campagnes ont eu un impact positif sur l’opinion publique.

Gagner le droit de choisir

NOW a été la première organisation nationale à exiger l’abolition de toutes les lois restreignant l’avortement et a contribué à la création de l’Association nationale pour l’abrogation des lois sur l’avortement (NARAL), qui a mené la campagne principale en faveur du droit à l’avortement.

NARAL a travaillé avec le mouvement de libération des femmes, qui connaissait alors une croissance rapide, pour organiser des événements provocateurs, tels que des conférences où les femmes témoignaient de leurs propres expériences d’avortement. Les débats contre les activistes anti-avortement étaient une autre tactique privilégiée de NARAL, et l’organisation a produit du matériel donnant des conseils sur la façon d’organiser et de gagner des débats, et comment obtenir une couverture médiatique maximale.

Le « Chicago Women’s Liberation Union », un groupe socialiste-féministe dont les nombreux projets comprenaient le « Jane Collective », a organisé une action directe au congrès de l’American Medical Association, où des activistes ont infiltré l’événement et présenté une liste de revendications incluant l’avortement gratuit et légal. Le mouvement des femmes de New York a obtenu le droit à l’avortement après une lutte soutenue, y compris des actions directes en 1970. Des campagnes similaires ont éclaté dans tout le pays et 14 États ont libéralisé les lois sur l’avortement à des degrés divers avant l’affaire Roe vs. Wade.

Dans l’État de Washington, un groupe de médecins préoccupés par la menace des avortements illégaux pour la santé des femmes a réussi à faire inscrire l’avortement comme revendication sur le bulletin de vote de l’État en 1970. Deux organisations féministes de Seattle ont reformulé la question comme une question de libération des femmes et ont créé un mouvement populaire pour se battre pour chaque vote. « Women’s Liberation Seattle” a produit et vendu 10 000 exemplaires d’une brochure intitulée “One in Four of Us Have Have Had or Will Have Have an Abortion” [1]. Des rassemblements et des réunions ont eu lieu dans tout l’État et les militant·e·s ont distribué des tracts et frappé aux portes pour faire passer le mot. En fin de compte, l’initiative a été adoptée avec 56 % des voix en faveur du droit des femmes à l’avortement.

La décision de la Cour suprême de 1973 légalisant l’avortement à l’échelle nationale, Roe vs. Wade, a été une victoire historique pour le mouvement des droits des femmes. Dans une série d’événements qui ressemble à la lutte plus récente pour l’égalité du mariage, une Cour suprême conservatrice a suivi le mouvement de masse et le changement d’attitude de la population à l’égard de l’avortement. La Cour, représentant les intérêts de la classe dirigeante, a été forcée par le mouvement à passer à l’action s’il voulait éviter une nouvelle radicalisation massive.

Les femmes et le mouvement ouvrier

Les femmes de la classe ouvrière, la plupart du temps hors des projecteurs du mouvement féministe organisé, ont tracé leur propre chemin vers la libération, et elles l’ont fait sur leur lieu de travail et dans leurs syndicats. Les femmes sont entrées en grand nombre sur le marché du travail dans les années 60 et 70, et faisaient partie d’une transformation démographique de la classe ouvrière américaine qui incluait également de nouvelles industries et catégories d’emploi s’ouvrant aux travailleurs·euses noir·e·s et autres minorités ethniques.

Les femmes exerçant des professions traditionnellement féminines, comme les employées de maison, de bureau, d’hôpital et d’autres travailleuses du secteur des services se sont également engagées dans la lutte, utilisant l’action collective pour lutter contre les revendications économiques, y compris contre le sexisme rampant sur le lieu de travail, présent dans de nombreux emplois à prédominance féminine dans le secteur des services. Les femmes de la classe ouvrière se sont engagées dans une lutte féministe qui correspondait à leurs propres conditions, où les normes sexistes, racistes et paternalistes qui régissaient les relations de travail ont été remises en question dans un mouvement qui a contribué de façon importante au rejet croissant des attitudes sexistes traditionnelles sur le rôle des femmes.

Par exemple, les conditions de travail des agentes de bord dans les années 1960 étaient un cauchemar de l’objectivation féminine : pesée hebdomadaire avec des travailleuses qui risquaient d’être licenciées si elles dépassaient, âge maximum de travail de 32 ans et des campagnes publicitaires qui invitaient pratiquement les passagers à harceler sexuellement les travailleuses. Les agentes de bords syndiquées se sont heurtées à un mur lorsqu’elles ont essayé d’obtenir de leurs dirigeants syndicaux masculins qu’ils prennent des mesures contre le sexisme au travail. Les employées de bureau étaient considérées comme des « épouses de bureau » mal payées qui devaient aller chercher du café et faire le déjeuner pour les patrons masculins. Les deux groupes de travailleuses ont créé de nouvelles organisations pour protester contre leur statut de seconde classe et souvent hypersexualisé sur le lieu de travail et tous deux ont fini par former de nouveaux syndicats.

Les hôtesses de l’air ont construit « Stewardesses for Women’s Rights » (SFWR), qui a développé une vaste campagne de protestation, de recours juridiques et de publicité avec le soutien du mouvement féministe dominant. Les employées de bureau ont mis sur pied des organisations qui ont construit des manifestations et fait pression sur le gouvernement au sujet de la discrimination fondée sur le sexe en matière d’embauche, de rémunération et de promotion. Les agentes de bord ont particulièrement bien réussi à utiliser les ralentissements, les arrêts maladie et les menaces de grève en conjonction avec SFWR pour mettre fin à plusieurs des politiques déshumanisantes les plus flagrantes.

Les travailleuses domestiques, majoritairement noires, étaient confrontées à la double oppression du racisme et du sexisme au travail et fortement exploitées sans aucune protection légale du travail. Les organisations de travailleuses domestiques, comme le « Syndicat national des travailleuses domestiques », remplissaient souvent de nombreuses fonctions : faire campagne contre les bas salaires et les pratiques abusives, éduquer les travailleurs·euses sur leurs droits, placer les travailleurs·euses dans des emplois et régler les griefs avec les employeurs. Malgré les difficultés de syndicalisation des travailleuses très isolées, ces organisations ont contribué à obtenir certaines protections juridiques fédérales et des salaires plus élevés sur certains marchés régionaux.

Le potentiel révolutionnaire des années 1970

Le chevauchement des mouvements des femmes dans NOW, dans les groupes féministes radicaux et dans les lieux de travail a coïncidé avec une recrudescence dramatique et soutenue du militantisme de la classe ouvrière. En 1970, environ un sixième des 27 millions de travailleurs·euses syndiqué·e·s sont parti·e·s en grève. Ces travailleurs·euses se battaient pour obtenir plus qu’une augmentation des salaires et des avantages sociaux ; les enseignant·e·s, en grande majorité des femmes, ont fait grève pour améliorer les politiques en classe et étendre les droits à la négociation collective dans le secteur public. Les mineurs·euses, les routiers·ères et les travailleurs·euses de l’automobile ont frappé en masse, tout en organisant simultanément des comités pour casser le contrôle des dirigeant·e·s de leurs syndicats et donner davantage de voix à la base. Les travailleurs·euses de l’électricité, du téléphone et des chemins de fer ont mobilisé des centaines de milliers de personnes lors de grèves qui ont stoppé des pans entiers de l’industrie.

La révolte ouvrière, combinée aux mouvements sociaux radicaux contre le racisme et le sexisme, et la révolte au sein de l’armée américaine au Vietnam créait une situation de plus en plus ingouvernable. Le scandale du Watergate et la mise en accusation subséquente de Richard Nixon ont montré le chaos qui enveloppait la classe dirigeante américaine.

Tragiquement, cependant, le potentiel de transformation des années 1970 n’a pas été réalisé. Les travailleurs·euses, les jeunes, les femmes, les personnes de couleur et les LGBTQI+ se révoltaient contre l’establishment, mais leurs dirigeant·e·s n’ont pas réussi à s’unir et à construire un nouveau parti politique représentant les intérêts des travailleurs·euses et de tous les opprimé·e·s pour s’attaquer aux systèmes politique et économique dominés par les capitalistes.

L’une des premières victimes de cet échec a été le veto largement incontesté de Nixon à l’égard d’une loi qui aurait créé une puériculture universelle en 1971. Malgré l’afflux de femmes sur le marché du travail, un mouvement de masse organisé de femmes et une recrudescence de la base dans les syndicats, aucun effort commun n’a été lancé pour combattre ce veto.

A partir de 1975, des valeurs familiales émergentes de l’extrême-droite ont pris de l’ampleur, qualifiant de communistes et d’anti-américains les services de garde d’enfants, au fur et à mesure que se développait la réaction contre le mouvement des femmes. Le Parti démocrate a également commencé à se diriger vers la droite lorsque les capitalistes se sont dirigés vers des politiques néolibérales. L’élection de Ronald Reagan en 1980, et son licenciement des travailleurs·euses en grève de la circulation aérienne un an plus tard, a marqué le début de plusieurs décennies de défaites pour les syndicats, dont le mouvement ouvrier ne s’est pas (encore) remis.

Nécessité d’un leadership marxiste

Les expériences des femmes confrontées aux attitudes régressives choquantes dans certaines sections de la « nouvelle gauche » reflétaient l’absence d’un courant marxiste authentique et significatif aux Etats-Unis, luttant pour des idées féministes socialistes.

Au mieux, la première gauche radicale américaine était en première ligne dans la lutte pour les droits des femmes, en particulier dans l’organisation de travailleuses extrêmement exploitées. Les « ouvrières industrielles du monde » (I.W.W) et les activistes socialistes comme Elizabeth Gurley Flynn, par exemple, ont joué un rôle clé dans la fameuse grève du « pain et des roses » de 1912 par les ouvrières immigrées du textile à Lawrence, Massachusetts. C’est aussi le Parti socialiste qui a organisé la première marche de la Journée des femmes en 1909 à New York et qui a inspiré l’Internationale socialiste à l’adopter comme journée internationale d’action pour les femmes de la classe ouvrière l’année suivante.

Les socialistes révolutionnaires, y compris Marx et Engels, voyaient l’oppression des femmes comme faisant partie intégrante de toute l’histoire de la société de classe. Ils ont conclu que, tout en luttant bec et ongles pour tous les gains possibles pour les femmes qui travaillent aujourd’hui, leur libération totale ne pouvait être gagnée qu’en mettant fin au règne des capitalistes.

Armées d’un véritable programme marxiste, des dizaines de milliers de combattantes et combattants pour la libération des femmes, la libération des Noir·e·s et le pouvoir ouvrier auraient pu s’unir aux États-Unis dans les années 70 pour construire un courant révolutionnaire puissant dans un large parti ouvrier de masse. Les tâches historiques du mouvement des femmes des années 1960 et 1970 restent à accomplir : les femmes continuent de se heurter à des obstacles en matière de droits reproductifs, d’emploi, de violence sexuelle, etc. Un nouveau mouvement des femmes est nécessaire à côté d’un mouvement ouvrier de masse qui, sur la base des leçons du passé, défie le système capitaliste lui-même dans une lutte décisive pour la libération des femmes.

Traduction d’un article d’Erin Brightwell et Rob Darakjian de Socialist Alternative par le PSL

[1] Parmi nous, une sur quatre a eu ou aura un avortement

8 mars 2018 : Le capitalisme oppresse les femmes – luttons pour une société socialiste!

Au début de ce 21e siècle, aux Etats-Unis comme en Europe, il a été dit aux femmes que l’égalité était à portée de mains. Il leur a été dit qu’elles n’avaient plus besoin du féminisme puisque que le capitalisme leur offrait un futur étincelant, reposant sur la prospérité grandissante et l’égalité des genres.

Cette illusion est aujourd’hui détruite. Partout dans le monde, le mythe du progrès capitaliste – qui verrait la jeunesse disposer de meilleures opportunités que leurs parents – a été réduit à néant par la crise économique de 2008 et ses conséquences. Les jeunes de la classe ouvrière et de la classe moyenne font face à un monde qui ne répond pas à leurs attentes, un monde dominé par le chômage de masse, les emplois instables et sous-payés, les coupes budgétaires dans les services publics et les logements hors de prix. Les guerres et les conflits sont en augmentation, forçant des millions de personnes à risquer leur vie en fuyant leur pays. Pour les femmes, tout cela se combine aux discriminations de genre, qui restent ancrées dans la société. Dans un monde marqué par le travail sous-payé, les femmes gagnent en moyenne entre 10 et 30% de moins que les hommes.

Dans le monde néocolonial, où la plupart des salaires sont anormalement bas, les femmes sont surexploitées. Elles travaillent parfois 12 heures ou plus par jour dans les champs, les marchés et les usines textiles. En de nombreux endroits, les femmes et leurs enfants travaillent comme des esclaves des temps modernes.

Loin de mettre une fin automatique et progressive à la discrimination sexuelle, les gouvernements agissent pour l’exacerber dans un certain nombre de pays. En Russie, par exemple, où une femme meurt de violence domestique toutes les 40 minutes en moyenne, la violence domestique a été partiellement décriminalisée. L’austérité a directement impacté l’importance de la violence et des harcèlements auxquels les femmes font face, tout comme leur capacité à se défendre. En Angleterre, plus de 30 refuges pour femmes battues ont été fermé en raison du manque de moyens tandis que beaucoup d’autres encore risquent de subir le même sort ou, dans le meilleur des cas, de sévères réductions de leurs budgets. De plus, la pénurie de logements abordables laisse les femmes sans endroits où se rendre lorsqu’elles décident de fuir une situation violente. En Angleterre toujours, 9 femmes sur 10 travaillant dans les bars, les restaurants ou les hôtels ont reporté avoir été victimes d’abus sexuels de la part d’employés, de membres de la direction ou de clients. Ces femmes s’entendent répondre que ‘‘ça fait partie du job’’ et qu’elles devraient s’estimer heureuses d’avoir du travail. Aujourd’hui tout comme hier, et pas moins, l’émancipation des femmes ne tombera pas du ciel, elle sera uniquement le fruit des luttes collectives.

La Journée internationale de lutte pour les droits des femmes est plus importante que jamais

Plus d’un siècle après avoir été initiée aux États-Unis, la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes est plus importante que jamais. Les tentatives de la réduire à une simple opportunité de profits pour les grandes entreprises (où il n’est question que d’offrir un cadeau à la femme de votre vie pour le 8 mars) commencent à être repoussées : le 8 mars devient un événement important dans la lutte naissante contre l’oppression des femmes à travers le monde.

Cette année, les jeunes femmes de l’État espagnol montreront la voie ce 8 mars. Des millions de jeunes femmes et hommes prendront part aux actions de grève appelées par le Sindicato de Estudiantes (syndicat des étudiants), dans lequel Izquierda Revolucionaria (section du Comité pour une Internationale Ouvrière dans l’État espagnol) joue un rôle de premier plan.

Le dernier coup de pied dans le conte de fée du progrès vers l’égalité a été l’élection du misogyne Donald Trump comme président des Etats-Unis. Cependant, dès son élection, sa présence à la Maison Blanche a eu un effet de rassemblement contre le racisme et toutes les formes d’oppression, tout particulièrement pour l’émancipation des femmes. A la suite de la Women’s March de l’année dernière (la plus grosse journée de mobilisation de l’histoire des Etats-Unis et la plus grosse internationalement depuis 2003 et la guerre en Irak), les marches de 2018 ont réuni 2,5 millions de personnes dans plusieurs Etats et villes des Etats-Unis.

L’Etat espagnol et les Etats-Unis ne sont pas isolés. Dans beaucoup de pays à travers le monde, de nouveaux mouvements féministes se sont développés ou sont en développement.

Certains de ces mouvements répondent à une oppression longtemps subie par les femmes, à l’image du mouvement qui se poursuit contre les viols en Inde et du mouvement ‘Ni une de menos’ (pas une de moins) qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes en Argentine et dans d’autres pays contre la violence de genre. D’autres mouvements ont émergé pour riposter contre de nouvelles attaques contre les droits des femmes, comme le mouvement partiellement victorieux qui s’est développé en Pologne en 2016 contre une tentative du gouvernement de complètement bannir l’avortement. Certains tentent d’aller plus loin que la défense des conquêtes sociales et en exigent d’autres. Cela fut notamment le cas de la Pologne, où des manifestations ont eu lieu au début de cette année pour que l’avortement soit possible jusqu’à 12 semaines de grossesse.

En République irlandaise, l’Etat – intrinsèquement lié à l’Eglise catholique – a adopté une attitude extrêmement réactionnaire à l’égard du droit des femmes de disposer de leur propre corps, l’avortement y est par exemple totalement interdit. Après l’épouvantable mort de Savita Halappanavar en 2012 (décès qui aurait pu être évité par un avortement), une lame de fond s’est développée en faveur du changement. Le Socialist Party irlandais (section irlandaise du CIO) a joué un rôle central dans la mobilisation et l’organisation de ce mouvement, aux côtés de la campagne féministe socialiste initiée par les membres du Socialist Party : ROSA. Aujourd’hui, les politiciens capitalistes irlandais ont été partiellement forcés à changer de ton suite à l’impact du mouvement. Une commission parlementaire a recommandé un accès illimité à l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse tandis qu’un référendum sur l’abrogation de l’interdiction existante aura lieu le 25 mai prochain.

#metoo

2017 a été l’année de #metoo. Ce qui a commencé à Hollywood – avec des actrices dénonçant les agressions sexuelles et les harcèlements dont elles ont été victimes de la part du magnat du cinéma Harvey Weinstein et d’autres – s’est répandu comme une traînée de poudra dans le reste du monde. Pratiquement toutes les institutions capitalistes – qu’il s’agisse des médias, des grandes entreprises, des parlements ou encore des organisations caritatives – ont été atteintes par une avalanche d’accusations. Cet afflux, en grande partie par le biais des réseaux sociaux, est une indication à la fois du caractère persistant et omniprésent du harcèlement sexuel ainsi que des agressions sexuelles et d’une confiance accrue dans la lutte contre ce fléau.

Nous ne donnons aucun crédit à ceux qui tentent de dire que ce phénomène a ‘‘exagéré’’ l’ampleur du harcèlement et des abus sexuels. Il n’a au contraire révélé qu’une petite partie du quotidien d’innombrables femmes, surtout parmi les couches les plus opprimées, y compris les moins bien payées, celles qui n’ont pas d’emploi stable et les travailleuses des minorités ethniques. Cela ne signifie bien évidemment pas que toutes les accusations portées par #metoo peuvent être considérées comme prouvées; tous les individus doivent avoir droit à un procès équitable avant d’être jugés coupables. Peu importe la culpabilité ou l’innocence de certains individus, cependant, #metoo a clairement révélé la culpabilité du système capitaliste qui permet à des millions de personnes de souffrir d’abus sexistes.

Il n’est pas surprenant que tant d’accusations soient portées contre des hommes en position de pouvoir sur leurs victimes. Le capitalisme repose sur une petite minorité de la société – la classe capitaliste, les milliardaires propriétaires des grandes entreprises et des banques – qui dispose d’un pouvoir énorme pour exploiter la majorité de la population. Nous vivons dans un monde où les huit personnes les plus riches possèdent plus que la moitié de la population mondiale. Inévitablement, dans une telle société, parmi ceux qui détiennent le pouvoir, il y aura des gens qui tenteront d’utiliser leur statut pour abuser ou harceler sexuellement des femmes et des hommes qui ont moins de pouvoir, dont leurs employés. Cela ne signifie pas toutefois pas, bien entendu, que les hommes issus de la classe des travailleurs soient exemptés de tels comportements. Le sexisme est intimement imbriqué dans le tissu du capitalisme. Il touche toutes les couches de la société.

Il ne fait aucun doute que l’année 2018 verra le développement de nouveaux mouvements pour défendre et étendre les droits des femmes. C’est le résultat inévitable des attentes des femmes et de la propagande pour l’égalité d’une partie de la classe capitaliste, qui s’oppose à la réalité sexiste du capitalisme. C’est l’inévitable résultat produit par la confrontation entre la réalité sexiste du capitalisme d’une part et les aspirations des femmes ainsi que la propagande pour l’égalité d’une partie de la classe capitaliste d’autre part.

La domination masculine liée à la société de classe

L’oppression sexuelle est profondément enracinée, mais elle n’est pas innée ou immuable. Au cours de la majorité de l’histoire humaine, elle n’existait pas. La domination masculine (le patriarcat), tant dans son origine que dans sa forme actuelle, est intrinsèquement liée aux structures et aux inégalités de la société divisée en classes sociales qui a vu le jour il y a environ 10.000 ans. L’essor de la domination masculine est lié au développement de la famille en tant qu’institution visant à maintenir les divisions de classes et de propriété de même que la discipline.

Aujourd’hui comme par le passé, les familles sont souvent composées de personnes qui se sentent les plus proches et en sécurité les unes avec les autres, il n’en demeure pas moins que l’institution de la famille, sous différentes formes, est un important agent de contrôle social pour toutes les sociétés de classes. La nature hiérarchique de la société s’est répercutée dans la structure même de la famille traditionnelle avec l’homme comme chef de famille et les femmes et les enfants obéissant à lui.

Bien que maintenant plus que jamais, l’institution capitaliste de la famille ait une emprise de plus plus faible sur la classe ouvrière, des millions de femmes à travers le monde restent encore « les esclaves des esclaves » et l’idée est encore profondément ancrée que les femmes sont la propriété d’hommes qui doivent être loyales et obéissantes à leurs partenaires. Toute la société est imprégnée de propagande qui ne cesse de revaloriser le ‘’rôle premier » des femmes, en tant que ménagères, mères, objets sexuels, etc.

Le fardeau de la famille

Pour le capitalisme, l’un des rôles importants de la famille est de porter le fardeau central d’élever la prochaine génération et de prendre soin des malades et des personnes âgées. Dans la seconde moitié du XXe siècle, du moins dans certains pays européens, cette situation a en partie été atténuée par les conquêtes obtenues par la classe des travailleurs (soins de santé gratuits ou bon marché, crèches, soins aux personnes âgées, etc.).

Aujourd’hui, dans tous les pays, ces conquêtes sont menacées, laissant les familles – et les femmes tout particulièrement – avec une charge horrible, souvent en même temps qu’elles travaillent à plein temps ou plus, dans des emplois mal rémunérés et précaires, et peinent désespérément à joindre les deux bouts. Le féminisme socialiste lutte pour l’égalité entre les sexes. Notre rôle, cependant, n’est pas d’accepter les fardeaux impossibles que le capitalisme impose aux familles – se contentant de débattre de la question de savoir qui porte la plus grande part du fardeau – mais plutôt de mener une lutte acharnée pour des services publics universels correctement financés et des emplois bien rémunérés avec une semaine de travail courte, afin de retirer le fardeau des tâches qui pèsent sur les familles de la classe des travailleurs et donner aux gens l’opportunité de profiter de la vie, y compris de passer du temps avec leurs proches.

Cette lutte est liée au combat en faveur des droits reproductifs, car ce n’est que sur cette base que les femmes peuvent obtenir le véritable droit de choisir quand et si elles veulent avoir des enfants. Les marxistes luttent pour que les femmes disposent du contrôle de leur propre corps – pour qu’elles puissent décider si et quand elles veulent avoir des enfants – mais aussi pour que les femmes aient des logements abordables de bonne qualité, des crèches gratuites, un revenu décent et tout ce qui est nécessaire pour pouvoir librement choisir d’avoir des enfants.

La lutte pour l’émancipation des femmes fait partie intégrante de la lutte de classe. Dans celle-ci, le combat des femmes contre l’oppression qui leur est propre s’harmonise avec les combats de la classe des travailleurs en général avec l’objectif d’une restructuration fondamentale de la société afin de mettre fin à toute inégalité et à toute oppression.

Le féminisme capitaliste n’est pas une solution

Nous sommes en désaccord avec le féminisme capitaliste parce qu’il n’adopte pas une approche de classe dans la lutte pour la libération des femmes. En termes simples, les femmes de la classe des travailleurs ont plus en commun avec les hommes de leur classe qu’avec Margaret Thatcher, Theresa May en Angleterre, Hillary Clinton aux États-Unis ou Sheikh Hasina Wazed au Bangladesh. Cela ne signifie évidemment pas que seules les femmes de la classe ouvrière sont opprimées. Les femmes de toutes les couches de la société souffrent d’oppression en raison de leur genre, dont la violence domestique et le harcèlement sexuel.

Cependant, pour obtenir une véritable égalité des sexes pour les femmes – y compris pour celles de l’élite de la société – il est nécessaire de complètement renverser l’ordre existant dans tous les domaines : économique, social, familial et domestique. Le point de départ d’un tel renversement est de mettre fin au système que Thatcher, May, Clinton et autres défendent – le capitalisme – et de placer les grandes entreprises sous propriété publique afin de permettre le développement d’un plan de production socialiste et démocratique. La classe des travailleurs, majoritaire dans de nombreux pays, est la force sociale de la société capable d’effectuer un tel renversement. Cela n’empêche bien entendu pas les femmes de l’élite de la société – même les filles de la classe capitaliste – de décider que la seule façon de mettre fin au sexisme dont elles souffrent est de rompre avec leur classe sociale et de se joindre à la lutte pour le socialisme.

Le rôle du mouvement des travailleurs

Les marxistes ne suggèrent aucunement que la lutte contre le sexisme doive être reportée sous le prétexte que ce ne serait qu’après le renversement du capitalisme qu’il faudrait s’en occuper. Au contraire, il est vital que tous les aspects de l’oppression des femmes soient combattus dès maintenant, y compris le harcèlement et les abus sexuels.

Le moyen le plus efficace d’y parvenir est au travers de la lutte unifiée du mouvement des travailleurs. Récemment, à Londres, des ouvriers de ferry ont mené une grève contre leur direction et ses méthodes d’intimidations, y compris de harcèlement sexuel systématique d’une secrétaire. La main d’œuvre – majoritairement masculine – a remporté une victoire. La seule chose qui donnerait moyens de riposter aux innombrables personnes victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail dans le monde entier serait de faire partie d’une organisation collective impliquant une majorité de leurs collègues de travail – un syndicat combattif – prêt à les soutenir concrètement. A une plus grande échelle, la classe des travailleurs a besoin de partis de masse, politiquement armés d’un programme socialiste, qui placent la lutte pour l’égalité de genre au centre de leur action.

Bien sûr, le mouvement des travailleurs n’est pas à l’abri des comportements sexistes et il est vital que les marxistes luttent pour que tous ces cas soient traités, dans le cadre d’une campagne de lutte de la classe des travailleurs pour l’égalité des femmes. La classe des travailleurs a le pouvoir potentiel de mettre fin à ce système capitaliste corrompu et sexiste, mais cela ne sera possible que sur base d’une lutte unitaire des femmes et des hommes de la classe des travailleurs. On ne peut y parvenir en ignorant ou en minimisant le sexisme, mais seulement en le combattant consciemment.

Il y a cent et un ans, en Russie, à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une grève et une manifestation de travailleuses ont déclenché des événements révolutionnaires qui ont conduit la classe ouvrière à prendre en main le pouvoir en octobre, sous la direction des bolcheviks, pour la première fois de l’Histoire. La dégénérescence stalinienne ultérieure de l’Union soviétique a écrasé la démocratie ouvrière mais aussi de nombreux gains obtenus par les femmes après la révolution. Néanmoins, ce qui a commencé en 1917 dans un pays pauvre isolé, donne un aperçu de ce que le socialisme pourrait signifier pour les femmes d’aujourd’hui si les énormes richesses, la science et la technique créées par le capitalisme seraient exploitées pour le bien de l’Humanité. L’égalité juridique pour les femmes – y compris le droit de vote ou encore le droit de se marier et de divorcer librement – a été introduite en Russie soviétique bien avant que cela ne soit le cas dans le monde capitaliste. Il en a été de même avec l’abolition de toutes les lois discriminantes à l’égard de l’homosexualité. Le droit à l’avortement a été introduit en Russie après la révolution de 1917. Des crèches, des blanchisseries et des restaurants gratuits ont commencé à être créés.

Un siècle plus tard, le mouvement grandissant pour l’émancipation des femmes sera à nouveau mêlé à la lutte pour un monde socialiste.

Ce pour quoi nous luttons :

• Non à toute discrimination raciste, sexiste, sur base de handicap, d’orientation sexuelle, d’âge et à toutes les autres formes de préjugés.

• Pour une campagne de masse, menée par le mouvement des travailleurs contre le harcèlement sexuel, la violence et toutes les formes de discrimination sexuelle.

• Pour des syndicats combatifs démocratiquement contrôlés par leurs membres.

• Pour des partis de masse de la classe des travailleurs basés sur des programmes socialistes comprenant la lutte pour l’égalité de genre.

• Pour une lutte de masse en faveur de l’égalité salariale, dans le cadre du combat pour un salaire décent pour tous, liée à une semaine de travail plus courte, sans perte de salaire.

• Non à TOUTES les coupes budgétaires. Des emplois, des salaires et un logement décents pour tous. Pour une expansion massive des services publics.

• Pour des allocations familiale qui reflètent le coût réel de l’éducation d’un enfant

• Pour le droit au congé parental payé.

• Pour la mise à disposition de structures publiques de garde d’enfants gratuites et flexibles de haute qualité, accessibles à tous les enfants.

• Pour le droit des femmes de faire un réel choix. Pour la contraception et le traitement de fertilité gratuits et de haute qualité pour tous ceux qui le souhaitent. Pour le droit à l’avortement sur demande.

• Pour la propriété publique de l’industrie pharmaceutique.

• Pour que les grandes entreprises et les grandes banques soient expropriées et placées sous propriété publique, sous contrôle et gestion démocratiques des travailleurs, avec compensation uniquement sur base de besoins avérés.

• Pour un plan de production socialiste démocratique reposant sur les intérêts de la majorité écrasante de la population, mis en œuvre d’une manière qui préserve l’environnement et pose les bases d’une véritable égalité pour tous dans un monde sans division des classes et sans guerre.

Déclaration du Comité pour une Internationale Ouvrière

Le féminisme est-il encore nécessaire?

Je suis programmeur. C’est quand même merveilleux qu’en 2017, une femme puisse être programmeur et, en tant qu’employée syndiquée, avoir le même salaire que ses collègues masculins. Après l’obtention du droit de vote, nous avons pu envahir le marché du travail et ne plus être cantonnées à des métiers de « femmes ». Ma mère n’a pas eu cette chance. Elle a obtenu un diplôme de programmeur sur cartes perforées à la fin des années soixante. Elle n’a jamais obtenu d’emploi. Les postes de junior étaient des postes de soir et les femmes mariées ne pouvaient pas travailler le soir.

« Je ne suis pas féministe », clame la ministre libérale de la condition féminine en février 2016. Elle précise sa vision : « je suis beaucoup plus égalitaire que féministe ». Plusieurs femmes bien connues du public font la même affirmation dans les jours qui suivent. Ont-elles raison? Le féminisme serait-il un combat entre hommes et femmes pour déterminer la supériorité de l’une sur l’autre? Est-ce encore nécessaire en 2017 d’être féministe? Et moi, en ai-je besoin puisque j’ai – du moins en apparence – les mêmes opportunités que mon voisin de bureau? Après tout, un collègue m’a expliqué, sur un ton à peine condescendant, que je ne vivais pas de sexisme au bureau.

Oui. Le féminisme est encore nécessaire.

En 2008, 60% des diplômées universitaires sont des femmes. Pourtant, le salaire des femmes ayant les mêmes diplômes que leurs homologues masculins est significativement inférieur: une variation de 25 à 15% selon l’âge des femmes1.

Mais les métiers dits « masculins » sont encore les mieux payés. Si on compare les métiers considérés masculins (médecins, informaticiens) et les métiers considérés comme féminins (infirmières, éducatrices), les différences salariales sont flagrantes malgré les lois d’équité salariale en vigueur au Québec.

Si nous remontons dans le temps, nous constatons que ce n’est pas d’hier que les femmes sont moins payés, même lorsqu’elles exercent le même métier que des hommes. En 1889, à Montréal, une femme opératrice de machine à coudre gagne de 3.00$ à 5.10$ par semaine alors qu’un homme gagne 7.50$2. On considérait normal de moins payer les femmes puisqu’elles ne font que répéter les mêmes gestes qu’à la maison. Une vraie job de femme, de mère, d’épouse.

Les temps ont bien changé. Mais ce sont les femmes qui occupent le plus d’emplois à temps partiel. Ce sont les femmes qui renoncent le plus souvent à leurs carrières pour s’occuper des enfants ou de leurs proches. Les services publics s’étiolent peu à peu, le soutien de l’État se réduit comme peau de chagrin et les femmes sont les premières à en souffrir. Elles sont majoritaires parmi les fonctionnaires et vont souvent sacrifier une carrière ou choisir un emploi à temps partiel pour s’occuper de la famille.

Susan Faludi l’expose dans Backlash : on fait croire aux femmes que leur rôle est entre le biberon et la casserole. Qu’il n’est pas possible d’avoir des enfants et une carrière! Que les femmes qui choisissent une carrière sont plus dépressives que les femmes qui restent à la maison. Ce choix repose sur les femmes – jamais sur les hommes. Pourtant, une étude du début des années 1980 suggère que les femmes qui travaillent souffrent moins d’anxiété et de dépression que celles qui restent à la maison3.

Or, les milieux de travail ne sont pas toujours agréables pour les femmes. Parfois, il s’agit de simples tournures de phrase: « ça va les gars?» Parfois, ce sont les commentaires déplacés et méprisants: « les seules filles qui ont réussi en génie, c’est parce qu’elles ont couché avec leurs profs » ou « elle est menstruée, c’est pour ça qu’elle se fâche ». Sans oublier le patron qui profite de l’anniversaire d’une employée pour lui faire la bise un peu trop longtemps ou qui se déguise en père Noël pour inciter les employées à s’installer sur ses genoux le temps d’une photo. Ou pire.

Les femmes subissent ce sexisme souvent paternaliste qu’on qualifie « d’ordinaire » tous les jours. Il n’y a qu’à allumer la télévision, sortir, travailler… vivre, c’est y être exposée. Les femmes sont sous-représentées dans le monde des affaires, en politique, dans les médias malgré leurs hauts taux de diplomation. La solution est pourtant simple: encourager les femmes en leur donnant la parole, en créant des quotas pour les conseils d’administration et les partis politiques, en cessant de couper dans les services publics, en montant le salaire minimum à 15$, en utilisant le langage épicène et inclusif.

En tant que société, nous profitons tou·te·s de l’inclusion de chaque citoyen·ne dans nos débats publics. En 2017, c’est encore nécessaire d’être féministe et de réclamer haut et fort l’égalité pour tou·te·s. Soyons solidaires, soyons dans la lutte et nous y arriverons.

Je suis programmeuse et je suis féministe.

La commission femmes d’Alternative socialiste existe pour promouvoir les droits des femmes et pour favoriser l’inclusion des femmes de toutes origines. Joignez-vous à nous!

Chantal I.

 


À lire :

Backlash, Susan Faludi
Les libéraux n’aiment pas les femmes, Aurélie Lanctôt

Notes :

1 Tiré du livre Backlash, Faludi, Susan
2 Tiré du livre FTQ, des milliers d’histoires qui façonnent l’histoire, Boudreau, Émile, Dumas, Evelyn et Roback, Léo
3 Tiré du livre Backlash, Faludi, Susan25

Feminisme marxiste

Dîner-causerie sur le féminisme marxiste [06-05-2014]

Dîner-causerie sur le féminisme marxiste

mardi 6 mai 2014, 12h
Cégep Drummond, Café rouge (960, rue Saint-Georges, Drummondville)

Anne Plourde
doctorante en sciences politiques à l’UQÀM et miliante féministe marxiste

L’approche marxiste du féminisme propose une grille d’analyse basée sur la division sexuelle du travail et sur les rapports de domination économique entre les hommes et les femmes. Elle met en lumière les effets conjugués du patriarcat et du capitalisme sur les femmes et la façon dont ces deux systèmes sont interreliés.

Les participant-e-s sont invité-e-s à apporter leur lunch pour ce dîner-causerie. Afin de favoriser l’interaction et la participation lors de l’activité, il est suggéré de penser à des questions à poser à la conférencière et/ou de se renseigner minimalement sur le sujet.

L’activité est organisée par le comité féministe du Cégep en collaboration avec Étudiant-e-s socialistes UQAM.

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