Grève Générale Illimitée 2019: Comment s’impliquer politiquement ?

Grève Générale illimitée 2019

Comment s’impliquer politiquement ?

Suite à notre article qui expliquait la nécessité de l’implication politique pour faire réussir la Grève Générale Illimitée (GGI) prévue à l’hiver 2019, nous avons décidé d’écrire un article expliquant la nature de l’engagement politique nécessaire.

Pour nous la mobilisation, et donc l’engagement politique, en faveur de la grève commence dès maintenant. C’est à dire actuellement au printemps 2018. Pour nous la mobilisation n’est qu’une longue escalade de moyen pour en arriver jusqu’à la grève générale. Nous rédigeons donc un plan d’action détaillant les diverses phases de la mobilisation. Nous convions toutes les forces progressistes en faveur de la rémunération des stages à s’en inspirer et à essayer de mettre en application ses revendications.

Phase 1 : Printemps 2018

Pour nous la phase un se déroule actuellement au printemps 2018. Si certaines tâches ne sont déjà plus applicables (en raison de la fermeture des universités), nous conseillons de les reporter à l’automne. À l’heure actuelle, les simples résolutions de soutien à la rémunération/compensation des stages ne sont plus suffisantes. Il est temps, nous l’avons déjà assez dit, de s’impliquer politiquement. Notamment (et surtout) pour les associations étudiantes. S’impliquer exige de passer à l’action pratique, or passer à l’action pratique exige de choisir une tactique. La simple position en faveur de la rémunération/compensation n’engage pas à une tactique bien précise. Deux tactiques s’opposent. La tactique à base de concertation pacifique prônée par l’UEQ, est une tactique qui ne vise que la compensation1 de certains stages. En revanche, la tactique des coalitions régionales pour la rémunération des stages2, repose sur le syndicalisme de combat puisqu’elle entend créer un rapport de force pour faire plier l’État et le gouvernement. Les simples déclarations de soutien à la rémunération/compensation sont dépassées. Elles ne se fixent pas un objectif clair, elles n’adoptent aucune tactique claire, elles ne définissent aucun allié clairement identifiable, elles tergiversent, mais pire elles n’engagent à aucune action.

La première phase consiste donc à adopter de nouveaux mandats. Des mandats de soutien à la Grève Générale Illimitée 2019. Cela fixe un objectif clair, une tactique précise, et des alliés définis, mais surtout cela engage à une action.

C’est pourquoi nous pensons que les associations devraient adopter (à peu près) les mandats suivants, afin de déclarer leur soutien à la grève générale et de permettre d’atteindre le plancher fixé de 20 000 grévistes dans trois régions :

  • Que l’association se fixe pour objectif la rémunération des stages d’ici 2019
  • Que l’association rejoigne sa coalition régionale locale pour la rémunération des stages
  • Que l’association entame immédiatement une campagne d’agitation-propagande en faveur de la rémunération des stages afin de mobiliser la masse étudiante
  • Que l’association lance dès l’automne un ultimatum au nouveau gouvernement pour la rémunération des stages
  • Que l’association organise des assemblées générales de grève à l’automne pour le 10 novembre (journée internationale des stagiaires) et la semaine du 19 novembre.
  • Que l’association organise des assemblées générales de grève pour partir en grève générale illimité à l’hiver 2019 si ses exigences ne sont pas reconnues.

Faute de tels mandats, l’association serait condamnée à une politique attentiste et à des dérives opportunistes.

La tâche principale du printemps est donc l’adoption de tels mandats. Pour les faire adopter, il faut faire signer des convocations d’AG aux membres afin de discuter la rémunération des stages. Ces mandats doivent être à l’ordre du jour. Pour cela, des tables sur les campus et des tournées de classes doivent être organisées (il faut donc impérativement se procurer un plan des cours et des horaires). Par la suite d’âpres débats devront être menés pour que les mandats soient adoptés tels quels.

Les partisans inconditionnels de la rémunération des stages doivent donc se regrouper dans des comités pour la rémunération des stages (qui existent déjà). Ainsi les partisans pourront combiner leur force, travailler leurs argumentaires, produire du matériel d’agit-prop et lutter contre les forces réactionnaires que représentent les associations bureaucratiques (UEQ, FECQ, FAECUM, CADEUL, etc.), et les exécutifs de droite ou centristes.

Phase 2 : Automne 2018

Pour nous, la seconde phase est la phase qui consiste à donner à la GGI les moyens de ses ambitions. Il s’agit de fournir à la grève toutes les ressources qui lui permettront de réussir.

Cette phase marque donc une lutte pour la direction du mouvement étudiant. Deux directions s’opposent ; la grève générale ou le statu quo. Il y a clairement des partisans du statu quo et des partisans de la grève générale. Leurs intérêts sont inconciliables, il ne peut y avoir à la fois grève générale et absence de grève générale. Il est donc important de faire élire une direction composée exclusivement de partisans reconnus et déclarés de la rémunération des stages et de la GGI 2019. Pourquoi, parce qu’on ne peut pas se permettre le luxe de sabotage intérieur de la grève comme nous l’avons vu en 2012 et 2015 en de nombreuses occasions. On nous accusera de vouloir prendre le pouvoir, c’est bien ce que nous voulons. Nous voulons que le pouvoir soit entre les mains des partisans de la grève et non entre les mains de ses ennemis. Si une association est en faveur de la grève, il est logique que ses exécutants le soient. Il est aussi logique que les exécutants soient le reflet des intérêts de la base. Et puis cette direction est élue démocratiquement au contraire de la direction des établissements scolaires dont on sait qu’elle jouera un rôle réactionnaire et antigrève.

Les partisans de la grève doivent donc se regrouper et s’assurer de mettre des partisans de la grève à la direction de leur association. Les mandats en faveur de l’agitation et de la rémunération doivent être pris avant pour fournir une base aux candidats progrève, leur permettant de devenir les exécutants fidèles des revendications étudiantes. Ces mandats doivent décourager les candidats briseurs de grève.

L’automne, c’est aussi l’occasion d’organiser les premières grèves. C’est l’occasion d’aguerrir tous les inexpérimentés et les nouveaux venus à la grève. Ces journées de grèves sont des vecteurs de politisation. Depuis 4 ans sans grève générale, il est temps de former les étudiants à leurs premières grèves et à leurs premières manifestations, il est temps de leur faire acquérir l’expérience combative de la lutte syndicale étudiante. La participation aux AG, aux actions de grève et aux manifestations se doit d’être massive. Les étudiants y acquerront l’expérience qui leur permettra d’agir lors de la grève. L’agitation et la propagande doivent s’intensifier non seulement sur l’enjeu de la rémunération, mais sur la tactique de la grève elle-même et finalement sur la nécessité d’une remise en cause profonde de l’institution académique au sein du capitalisme et de la société bourgeoise. Cette période doit gagner les gens à la grève illimitée.

Phase 3 : Hiver 2019

La troisième phase est la phase de la grève générale proprement dite. Ici il s’agit de tenir les assemblées générales de grève illimitée et d’y remporter le vote. Mais une fois la grève générale déclenchée, il convient de la maintenir.

Pour maintenir la grève générale, nous proposons la création de comités de grève au sein des associations étudiantes. Ces comités ont pour but de maintenir la grève et de coordonner les diverses actions de perturbation économique qui serviront de moyen de pression.

La période de la grève générale proprement dite est marquée par le plus haut niveau de conscience et d’engagement politique de toute l’escalade de la mobilisation. Ce haut niveau d’engagement et de mobilisation permet la création d’institutions de grève et l’emploi de stratégie qui ne seraient pas possibles autrement. La grève permet aussi de décharger les étudiants du poids de leur cours, ce qui permet l’implication des masses dans le mouvement. Cela permet aussi l’implication des franges prolétariennes et prolétarisées de la masse étudiante (c’est à dire des salariés et travailleurs étudiants) qui sont plus résolues, mais dont l’action politique est entravée par la surcharge de travail et d’étude.

La grève générale permet donc d’augmenter à la fois le tirage et la fréquence de la presse étudiante. En plus de la presse étudiante nationale, il est important de diffuser sous forme de bulletin ou de journal, une presse d’information et d’échange auprès des étudiants. Cela contribuera à forger une opinion publique, qui permet à la fois de diffuser les tactiques, mais aussi de faire vivre le débat au sein des associations et donc d’adapter le cours de la grève à la réalité du moment.

Le niveau de conscience et de mobilisation élevé, propre à la période de la grève, permet selon nous de lancer le mot d’ordre « d’occupation des campus ». L’expérience du mouvement actuel montre que l’occupation des cégeps et des universités se produit lorsque la grève atteint un certain niveau (mai 68 par exemple). À partir de ce moment, le maintien des occupations se doit de devenir l’impératif des comités de grève. Il s’agit d’utiliser les locaux des campus comme base pour des actions politiques. L’occupation peut être aussi maintenue en utilisant les salles de cours abandonnées pour y tenir des débats, des discussions, des exposés et des conférences. On peut aussi s’en servir pour des réunions de coordination. Cela permet de se réapproprier les espaces étudiants pour défaire les logiques bourgeoises et introduire de nouvelles pratiques révolutionnaires. La grève générale se doit d’être générale, elle doit être un vecteur de politisation pour la masse des étudiants. Elle ne peut être confisquée par une petite clique de révolutionnaires autoproclamés sans être condamnée à l’asphyxie.

Les syndicats ou associations étudiantes ont le défaut d’avoir en quelque sorte des membres qu’ils n’ont pas. En effet, nul ne choisit d’adhérer soi-même à une association étudiante, tous sont incorporés de facto. Une association disposant de 5000 membres ne dispose donc pas d’autant de membres qu’un parti de 5000 membres. Pour remédier à cette situation, nous suggérons de créer des coordinations pour les différents programmes (pour les cégeps) et de politiser massivement, c’est-à-dire d’investir avec des partisans de la grève, les associations modulaires départementales, leurs exécutifs et leurs comités (une lutte qui s’effectue déjà sous la deuxième phase). Nous conseillons aussi de diviser les étudiants en cellules de 3 à 5 personnes afin de disposer réellement des effectifs dont disposerait un parti avec le même nombre de militants. Nous recommandons aux étudiants mobilisés et conscients de se constituer en cellule afin de mener réellement la lutte. De telles cellules étudiantes répondront certes aux appels de leur exécutif associatif modulaire départemental, facultaire, générale ou nationale avec plus de vigueur que si elles ne s’étaient pas constituées. Mais leur existence leur permet d’entreprendre une politique autonome dans l’intervalle des grandes actions unitaires. Cela permet d’acquérir une expérience qui va de la connaissance théorique au savoir-faire pratique. Cela permettra aussi de décupler les actions et les luttes. On pourra ainsi réellement épouser une pluralité de tactiques nécessaires plutôt qu’une diversité de tactiques contradictoires3. Cela permet aussi l’implication réelle de la masse et donc l’action de masse, seule capable de faire plier le gouvernement.

En guise de mot d’ordre

Nous présentons donc une base de plan d’action qui puisse servir d’ébauche à toute planification future de la grève illimitée. Nous rédigeons cette ébauche sur la base de principes généraux qui ont été acquis par le mouvement contestataire étudiant et qui ont fait son succès au cours des années précédentes. Nous n’écrivons pas de plan à base d’action particulière à mener, mais sur la base de principes qui présideront à la rédaction de tels plans d’action particuliers et concrets. Nous espérons par-là apporter une expérience révolutionnaire et socialiste au mouvement étudiant (qui a lui-même longtemps bénéficié de l’implication et de l’expérience des communistes). Il s’agit donc d’une contribution aux nombreux débats au sein de la gauche et de l’extrême gauche étudiante, qui avec nos autres articles sur le sujet, pourront servir de base d’unité d’action à l’ensemble plus large de tout le mouvement étudiant et des partisans de la rémunération des stages.

ASC

 

  1. Compensation cela signifie que les stagiaires ne seront ni couverts par les normes du travail, ni par une convention collective et qu’ils n’auront aucune possibilité de se syndiquer. Un stagiaire dans la fonction publique ne bénéficiera pas non plus des avantages du statut de fonctionnaire. En plus les stagiaires pourront être compensés sous le salaire minimum.
  2. C’est cette campagne qui inclut les comités unitaires sur le travail étudiant.
  3. Mais aussi de réaliser réellement et pratiquement ce qui est contenu en germe de manière informe et protéiforme sous le mot d’ordre de diversité des tactiques. Ce que nous voulons dire, c’est que c’est probablement cela qu’entendent ceux qui prônent la diversité des tactiques. Or cette forme de pluralité tactique a l’avantage de s’effectuer à l’intérieur du cadre du centralisme démocratique, puisque les actions unitaires centralisées ne sont pas supprimées, mais au contraire renforcées par l’existence de cellules de bases servant à l’application de la tactique collective, commune et unitaire. En somme les avantages escomptés sans les désavantages rencontrés de la diversité des tactiques.
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