Les leçons sur le fascisme de Léon Trotski, toujours pertinentes aujourd’hui

Selon le révolutionnaire Leon Trotski les conditions pour la victoire du fascisme sont les suivantes :

« Le fascisme est chaque fois le maillon final d’un cycle politique spécifique ainsi composé : une crise des plus graves de la société capitaliste, une radicalisation croissante de la classe ouvrière, une sympathie croissante vis-à-vis de la classe ouvrière et une aspiration à un changement de la part de la petite bourgeoisie rurale et urbaine, une confusion extrême de la grande bourgeoisie, ses manœuvres lâches et perfides visant à éviter le point culminant de la crise révolutionnaire : suivie d’un épuisement du prolétariat et une confusion et une indifférence croissantes, une aggravation de la crise sociale, un désespoir de la petite bourgeoisie, son aspiration à un changement, une névrose collective de la petite bourgeoisie, sa prédisposition à croire aux miracles et aux mesures violentes, une hostilité croissante vis-à-vis du prolétariat qui l’a déçue dans ses espérances. Telles sont les prémisses pour une rapide formation du parti fasciste et pour sa victoire. »

Trotski base son analyse sur ses observations de la situation européenne avant le début de la Deuxième Guerre Mondiale, particulièrement sur l’expérience Allemande. Trotski explique que le fascisme est un dernier recours pour la bourgeoisie en situation de crise. Ce recours ultime les restreint sous une rigidité bureaucratique fasciste, mais elle est préférable à l’impasse, dont l’alternative est la révolution socialiste. La bourgeoisie préfère un pouvoir restreint que pas de pouvoir du tout. Le fascisme, pour changer le rapport de force dans la société, doit briser toutes les résistances démocratiques et, particulièrement, la colonne vertébrale de ces résistances, les organisations de la classe ouvrière. Ce qui caractérise le fascisme, c’est la mobilisation des grandes masses petites-bourgeoises militarisées, ensorcelées, car déçues par la paralysie de la classe ouvrière. Les élections, qui lui servaient de mascarade d’appoint, sont alors abolies et un État totalitaire s’établit, basé sur une constitution et ordre social fasciste.

Comment combattre la montée du fascisme?

Trotski, dans son ouvrage « Comment vaincre le fascisme », propose de barrer la route aux fascistes par la méthode stratégique du front unique des organisations de masse des travailleurs·euses. Peu importe leur affiliation politique, la lutte contre le fascisme peut servir de point d’unité. Trotski propose aussi la formation de milices d’auto-défense contre les violences des bandes fascistes. En Allemagne, cette situation explosive a posé la question de la prise du pouvoir, et il n’y avait pas d’issues à l’impasse autre que le fascisme ou la révolution socialiste. Le parti communiste Allemand était un parti stalinien et a donc saboté le mouvement ouvrier de l’époque avec les conséquences dramatiques que nous connaissons. Les communistes doivent développer un programme et une stratégie pour la prise du pouvoir par les travailleurs·euses et de ses allié·e·s dans la petite bourgeoisie.

À l’époque en Allemagne, le parti communiste stalinisé était le 2ième parti de masse des travailleurs·euses. Contrairement au front uni proposé par Trotski, il avait une position sectaire et menait la lutte principalement contre les sociaux-démocrates, que le parti considérait comme social-fasciste. Ainsi divisé·e·s, les travailleurs·euses se trouvaient dans l’incapacité d’être l’alternative au pouvoir et l’espoir des masses à leur impasse catastrophique.

La situation aujourd’hui

La petite bourgeoisie d’aujourd’hui est différente de celle des années 20 et 30. Elle est encore plus l’alliée naturelle de la classe ouvrière. Une partie de celle-ci est composée des professionnel·le·s salarié·e·s qui représentent les gains sociaux de la classe ouvrière en santé et éducation. Les petit·e·s agriculteurs·trices ne sont plus la majorité de la petite bourgeoisie, bien qu’ils restent les plus importants allié·e·s de la classe ouvrière avec les travailleurs·euses agricoles dans ce secteur stratégique de l’économie. Même dans les nouveaux domaines technologiques, les technicien·ne·s et professionnel·le·s sont des salarié·e·s qui endurent la compétition intense imposée par ces multinationales.

Nous sommes au début d’une crise prolongée de l’économie et d’une instabilité politique croissante de la démocratie bourgeoise. Cette situation devenant plus explosive, poussera la classe ouvrière, tel un besoin irrésistible, à l’action politique révolutionnaire. Contrairement à l’Europe des années 1920 et 30, nous n’avons plus devant nous les obstacles politiques sociaux-démocrates et staliniens. L’avant-garde de la classe ouvrière trouvera dans leurs confrères et consœurs du mouvement marxiste le programme qui dépasse l’impasse du capitalisme par la révolution socialiste.

Depuis la récession de 2008, nous sommes entrés dans ce type d’époque de régression profonde de longue durée du capitalisme. Elle se manifeste déjà par les guerres impérialistes régionales sans solutions, les soulèvements arabes, les crises en Grèce, en Espagne, le Brexit et la crise des partis traditionnels aux USA et en Europe, avec l’apparition de nouveaux partis à droite comme à gauche. La politique néolibérale, de plus en plus discréditée, crée une polarisation vers les extrêmes. Les partis d’extrêmes droite profitent de la libération de la parole xénophobe sur l’arène électorale et l’utilise pour tourner les mécontentements contre les travailleurs·euses les plus vulnérables comme les réfugié·e·s et les musulman·e·s. Les groupes fascistes commencent à s’affirmer, mais restent marginaux.

Nous avons une bonne avance sur l’extrême-droite. Par exemple, suite à l’élection de Trump, nous avons vu les plus grandes manifestations aux USA, dont celles des millions de femmes à travers le monde manifestant contre la misogynie de Trump le 21 janvier.

C’est le racisme systémique qui s’aggrave au profit de l’extrême droite et des fascistes. Renforcer la lutte contre les formes concrètes de racisme systémique, c’est une lutte contre la menace fasciste. Les libéraux ont décidé d’abolir la commission publique sur le racisme systémique revendiqué par les groupes des populations racisées. Le gouvernement a préféré éviter de confronter et d’identifier la source concrète de ce racisme systémique dont il est lui-même coupable. L’adoption de la loi 62 sur les services publics, qui ostracise les femmes musulmanes, est un exemple de racisme systémique. Aujourd’hui, combattre le fascisme passe par une lutte politique contre le racisme et le sexisme. C’est une nécessité politique pour le mouvement révolutionnaire de pointer précisément et de combattre les manifestations concrètes de cette discrimination qui nourrit la xénophobie.

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