Sélection, contingence, attrition

La Sélection

La France est en lutte. Plus précisément le mouvement étudiant français est en lutte. Mais contre quoi lutte-t-il ? Il lutte contre l’institution de la sélection universitaire qui s’impose déjà depuis longtemps et qui menace de s’étendre de plus en plus.

En novembre 2016, le gouvernement en fin de règne du « socialiste » Hollande sait déjà qu’il est en phase terminale, face à l’impossibilité d’une réélection il en profite pour faire passer les réformes les plus impopulaires, c’est à dire les plus réactionnaires1. C’est dans ce cadre que le gouvernement « socialiste » décide de légaliser la pratique clandestine et illégale2 de la sélection (par note ou par tirage). Cette technique était en effet largement pratiquée clandestinement et à l’encontre de la loi entre la première et la deuxième année (histoire d’empirer la chose en sabotant les études des gens en plein milieu de parcours) de la maîtrise. Et par largement pratiquée, j’entends que cette pratique a coûté ses études à 3500 étudiants et étudiantes rien que pour l’Automne 20163. C’est donc le 24 décembre 2016, profitant de la trahison du principal syndicat étudiant, l’UNEF (acronyme de l’Union Nationale des Étudiants Français, sorte d’UEQ-FEUQ française), qui donne son plein consentement, que l’État promulgue une loi légalisant la pratique clandestine de la sélection à la maîtrise. Pire, avec le consentement de l’UNEF, il la rabaisse à la première année de maîtrise (ce qui n’empêchera pas les universités de continuer à pratiquer la sélection en milieu de maîtrise, créant ainsi une double sélection). La pratique clandestine et artisanale des universités locales se voit désormais centralisée au grand jour par l’État via le système APB (Admission Post-Bac). Mais comment le Parti « Socialiste » a-t-il obtenu le consentement de l’UNEF ? C’est simple l’UNEF n’est qu’un paravent, elle est en fait noyautée de l’intérieur par le MJS (Mouvement des Jeunesses Socialistes), le mouvement Jeunesse du Parti « Socialiste ». Les dirigeants de l’UNEF étant en fait des membres du MJS, les membres du MJS se constituant en clique dans le but de noyauter l’UNEF, de la contrôler de manière informelle et antidémocratique, dans l’ombre du PS et dans l’intérêt du PS4. Les syndicats étudiants perdent donc leur pouvoir de contester légalement la sélection et donc de l’invalider (perte de pouvoir dont se fout l’UNEF qui ne prenait même pas la peine de contester)5.

Pourquoi donc cette pratique brutale de la sélection ? Déjà parce que les effectifs étudiants ne cessent pas d’augmenter6, en effet entre 1980 et 2015, les effectifs étudiants sont passés de 1 184 100 à 2 550 800, soit une hausse de 150 %. C’est-à-dire que pour un étudiant en 1980 nous sommes passés à 2,5 étudiants en 20157. Une augmentation des effectifs qui trouve plusieurs motifs, déjà l’augmentation de la population ; mais aussi l’augmentation de la diffusion de la culture, avec sa dématérialisation via internet, et l’urbanisation croissante qui permet une proximité des citadins avec les principaux centres culturels. Des gens donc plus nombreux et plus cultivés, mais aussi les conditions objectives du marché du travail. En effet, dans une France gangrénée par un chômage structurel de masse à hauteur de 10 %, il est dans l’intérêt des jeunes de retarder l’entrée sur le marché du travail, et d’y entrer le plus qualifié possible. Si l’accroissement des étudiants trouve ses causes dans les structures économiques, la sélection aussi. En effet, les effectifs étudiants excèdent, largement les « besoins du marché du travail », c’est-à-dire les besoins de travail en tant que marchandise, autrement dit les besoins et les intérêts du Capital et de la bourgeoisie. En effet, le capitalisme ne convertit qu’une frange des étudiants en travailleurs qualifiés, essentiellement en cadres de la production capitaliste (ingénieurs, administrateurs, économistes) ou en travailleurs productifs de haute compétence technique (chimistes par exemple). La surpopulation crée donc plus de diplômés que le capitalisme n’en a besoin, le système universitaire produit donc un surplus d’intellectuels qui ne peuvent être utilisés productivement par le Capital (c’est-à-dire utilisé à des fins de production de la valeur économique). Mais en plus les étudiants ont de fâcheuses tendances à intégrer des branches d’activités complètement stériles, c’est à dire improductive aux yeux du Capital et de la bourgeoisie, ou alors si peu (les programmes d’art, de lettre et les sciences humaines). Cette population étudiante non directement productive pour la bourgeoisie (en ce que son activité ne développe pas, c’est-à-dire n’accroît pas directement son Capital, voire pas du tout) constitue autant de dépenses inutiles aux frais des bourgeois. Il convient donc de supprimer ces dépenses superflues. Ajoutons à cela un état bourgeois aux prises avec une crise de déficit, causé non pas par les services sociaux, mais par les déboires des monopoles capitalistes d’État8 ; crise du déficit qui contraint les États à réduire leurs dépenses (essentiellement dans les programmes sociaux) sous la pression de marché de capitaux, des vampires de la créance qui vivent du parasitisme de l’État et de prêts usurier, et d’agences de notation capitaliste qui menacent de décoter les États et d’augmenter les taux d’usure de leur endettement. La sélection doit donc s’appliquer le plus brutalement possible. Ajoutons à cela que les étudiants tendent à s’allier au prolétariat dans les luttes de classe et donc constituent des adversaires directes des bourgeois dans la lutte des classes autant dans leurs alliances avec la classe ouvrière que de manière générale (pensons seulement à Mai 68). La bourgeoisie s’oppose donc aux étudiants tant par sa situation9 que par sa position10. Mais les rapports de productions capitalistes eux-mêmes engendrent la nécessité pour la bourgeoisie de la sélection, ce qui engendre une lutte de classe entre la bourgeoisie et les étudiants. Lutte de classe avec la particularité qu’elle oppose la faction prolétarienne et prolétarisée des étudiants, ce qui représente les 75 % d’étudiants salariés, dont un tiers salarié à temps plein11, contre les factions bourgeoises qui constituent une cinquième colonne au sein du mouvement étudiant12, avec une petite bourgeoisie qui vacille, représentée par l’UNEF et sa versatilité caractéristique. La sélection est donc une lutte de classe.

Mais la véritable lutte c’est maintenant, puisque l’arrivée au pouvoir de Macron13 (libéral parmi les libéraux !) qui consacre l’arrivée au pouvoir de la frange la plus libérale, ultra-droitière et économiquement réactionnaire de la bourgeoisie. Le 13 juillet déjà s’annoncent des coupures de plus de 331 millions d’euro14. Suivie de la nomination du tandem Vidal-Blanquer, composé de Jean-Michel Blanquer, ex-directeur de l’ESSEC15 et ex D.G. aux études secondaires sous Sarkozy en tant que ministre de l’Éducation, et de Frédérique Vidal (une autre très haute bureaucrate) à l’éducation supérieure. Dès août 2017, les Universités renouvellent avec leur pratique criminelle de la sélection, mais cette fois dès le début du baccalauréat (que les Français nomment licence). Les Universités sont d’ailleurs sûres que la sélection sera validée par le gouvernement. En effet, le tandem Vidal-Blanquer présente dès le 30 octobre son plan-étudiant. Ce plan comprend entre autres une réforme des bourses16 facilitant le développement des prêts usuriers, la suppression du système de compensation17. Et surtout la sélection dès la licence (équivalent de notre baccalauréat), et sur la base de la quantité arbitraire que décide d’accueillir chaque Université (nul quota n’étant fixés). Mais encore, le plan impose aussi l’orientation obligatoire, les étudiants ne formulent pas moins de 10 vœux représentant 10 programmes, on sélectionne ensuite le programme dans lequel ils pourront étudier, toujours via le système APB. Le système est ensuite supposé vous attribuer un programme selon votre « » profil » (vos notes, vos choix, les disponibilités), il n’existe cependant pas de procédure d’orientation, l’orientation s’effectue donc, vous l’aurez deviné, par tirage au sort ! Par cette mesure néanmoins l’État bourgeois s’assure un contrôle sur les niveaux d’étudiant dans chaque domaine, ainsi qu’un contrôle sur leur orientation (impossible de choisir le département dans lequel on veut étudier). L’État bourgeois s’arroge ainsi le monopole de l’orientation des études, aliénant ainsi les étudiants pour lesquels l’État capitaliste choisit désormais à leur place. Il liquide ainsi le problème des sciences humaines, lettres et autres, en réorientant les étudiants des filières « stériles » aux yeux du Capital vers les filières qui sont pour lui productives18. Cette orientation forcée supprime donc le problème de l’orientation vers des programmes non directement productifs, pour le Capital, se combinant à la sélection qui supprime le problème de la surpopulation étudiante. La réforme résout donc toutes les préoccupations du Capital. Ajoutons à cela la déréglementation des frais de scolarité, désormais soumis à l’arbitraire des rectorats bureaucratiques, qui jusque-là se bornait à des frais d’administration19. L’autonomisation des universités qui permet le financement direct des universités et centres de recherche par le Capital. Le plan étudiant est définitivement une contre-offensive réactionnaire.

Rajoutons qu’aucun bourgeois ne sera touché par ces mesures, grâce au système des grandes Écoles. Les grandes Écoles sont un réseau parallèle d’Écoles qui peuvent sélectionner leurs membres sur la base de concours hyper-sélectifs20 et de frais de scolarités hyper prohibitifs21. Ce réseau étant réservé aux seules écoles de commerce qui sont donc réservées à la grande bourgeoisie et qui lui réserve le monopole du contrôle des grandes entreprises. La sélection quant à elle fera de nombreuses victimes. Le gouvernement prévoit 32 000 places de plus sur cinq ans, mais si on extrapole la tendance 2010-2015, le nombre d’étudiants augmente de 46 200 étudiants par an, en considérant que le gouvernement n’offre que 6 400 places par an, la sélection fera 38 800 victimes par an.

Les étudiants français ont bien raison de le crier :

Derrière la loi Vidal se cache le Capital !

La Contingence

Et chez nous ? Nous l’avons vu, la mise en place graduelle d’une sélection qui est en fait de la contingence tend à se faire ainsi (1) contingence aléatoire (2) contingence aux notes (3) contingence selon les lycées/écoles (4) frais de scolarité. La contingence aléatoire permet à la bourgeoisie de réduire les dépenses sociales de l’État, de pratiquer une austérité par la réduction de places22. La contingence par les notes permet comme nous le verrons d’exclure les franges prolétariennes et prolétarisées des étudiants, ainsi que d’habiliter l’idéologie bourgeoise de l’élitisme. La contingence par les lycées couvre une mesure du plan étudiant permettant de déterminer la capacité des étudiants selon leur lycée d’origine23. Enfin, la forme de contingence que constituent les frais des scolarités permet d’instaurer un cens, et ainsi de réserver l’Éducation aux seuls bourgeois. La bourgeoisie privilégiant les méthodes de contingence dans cet ordre (de 4 à 1). L’École capitaliste québécoise est affectée par ces méthodes, les frais de scolarités (et la menace de hausse permanente), des passe-droits pour les collèges privés, seul le tirage au sort semble ne pas encore avoir été expérimenté. Mais surtout on pratique la contingence proprement dite (la sélection par les notes). Point qui nous intéresse ici particulièrement parce qu’il dresse des parallèles avec les étudiants français et donc ouvre des perspectives de solidarité internationale et de lutte commune !

La contingence est à la fois une mesure bourgeoise et petite-bourgeoise. Elle s’applique essentiellement à l’Université24. D’abord, la contingence s’applique à tous les programmes (il est impossible d’entrer à l’Université avec une côte R de moins de 20,00). Elle s’applique deux fois, au premier cycle (Baccalauréat) puis au deuxième cycle (Maîtrise, Doctorat). La contingence suivant la hiérarchie de la production capitaliste, c’est-à-dire que les programmes débouchant sur des fonctions de cadres au sein de la production capitaliste (fortement rémunérées) seront les plus contingentés. Les programmes de Médecine, Droit, Ingénierie étant les plus contingentés et les Lettres et Sciences humaines peu contingentées. L’État peut aussi manipuler artificiellement la contingence pour orienter le parcours des étudiants dans le sens des intérêts du Capital25. La contingence d’un programme n’est donc pas naturelle, mais sociale26. La contingence est une mesure bourgeoise et petite-bourgeoise, car elle reproduit dans l’éducation la division en classe de la société, la division du travail et du fruit de ce travail. L’École Capitaliste27 dans son ensemble crée un double réseau de scolarisation. D’une part, la mise sur le marché du travail le plus vite possible (c’est-à-dire l’exclusion la plus rapide possible du système scolaire) d’ouvriers plus ou moins qualifiés. D’autre part la formation de cadres d’encadrements de la production capitaliste à la fois bourgeois et petit bourgeois. Le but du Système d’éducation supérieure est donc d’exclure les prolétaires, les fils et les filles de la classe ouvrière. En plus des intérêts de classe bourgeoise de réduction et d’orientation de la population étudiante à des fins de régulation de la production capitaliste, viennent aussi se greffer des intérêts de classe petits-bourgeois. En effet, la contingence permet la constitution de monopole. L’intérêt de la petite bourgeoisie (et de ses factions libérales à contrat), est l’élimination de la concurrence. À ses fins elle se constitue en cartel d’ordre professionnel dans chaque branche. Les membres du Cartel-Ordre sont ainsi les seules prestataires d’un service donné (d’une marchandise donnée), ce qui veut dire qu’ils ont un monopole sur l’offre. Plus précisément, le Cartel institue un monopole sur l’offre d’un bien donné, il peut donc en fixer le prix à sa guise, en fixant des honoraires pour sa branche déterminée. C’est de la collusion. Le Cartel ainsi constitué peut ainsi écouler la marchandise largement au-dessus de sa valeur réelle. Cette situation de monopole n’est rendue possible, que par la contingence, elle devient en effet impossible si l’offre est fluctuante (l’offre doit être limitée pour pouvoir faire croître artificiellement non pas la valeur du bien, mais son prix). Car dans une situation dépourvue de contingence les professionnels viendraient se faire concurrence entre eux ce qui abaisserait le prix au niveau de sa valeur réelle28. C’était le cas de la médecine auparavant, ces jours-là sont depuis longtemps révolus.

Attaquons-nous enfin à l’essentiel en quoi la contingence (attrition par les notes) est-elle une mesure d’attrition sociale anti-Ouvrière, qui discrimine le Prolétariat ? D’abord parce que les étudiants issus du Prolétariat ont besoin de travailler pour payer leurs études, sinon leurs études, leur loyer et leur nourriture. Ces heures de travail en plus d’être des heures d’exploitation, d’extorsion de plus-value capitaliste à des fins d’accroissement du Capital, sont aussi des heures décomptées du temps d’études. Ces heures extorquées aux étudiants-prolétaires par les capitalistes le sont dans des conditions particulièrement exécrables. Une simple absence, voire un simple retard peut résulter en un renvoi pur et simple. Les heures de travail fournies dans le cadre d’un seul emploi sont extrêmement peu nombreuses, ce qui pousse les étudiants à combiner deux, voire trois emplois. Les horaires de ces multiples emplois entrant en conflit, ils entraînent automatiquement des renvois, et la recherche de nouvelles jobs. Les horaires sont souvent extrêmement conflictuels avec les cours, ils peuvent forcer l’absence en classe. Ces emplois assument souvent la disponibilité permanente de leur main-d’œuvre étudiante ce qui les amène à réclamer d’eux de rentrer à moins de 24h de préavis (sous peine de renvoi). Travail déqualifié, souvent au salaire minimum. S’ajoutent à cela les problèmes de logement qui résulte des hausses de loyer permanentes, avec en prime la menace d’éviction omniprésente. Voilà non pas la précarité abstraite du « précariat », mais la misère concrète du prolétariat ! Ces conditions matérielles d’existence s’attaquent objectivement aux études avec lesquels elles entrent en conflit. On ne peut même pas choisir ces cours, on est obligé de les régler sur des horaires éclatés au maximum. Dans ces conditions, comment les prolétaires peuvent-ils exceller dans leurs études ? Ajoutons que les prolétaires viennent de milieux dont les membres ont été déqualifiés et exclus par cette même École capitaliste, ils ne disposent donc pas dans leur entourage de professeurs, ou de diplômés du supérieur, ils sont donc contraints de compter sur leurs seuls moyens. Ensuite parce que comme les frais de scolarités excluent les étudiants qui ne sont pas dotés d’un certain Capital économique, la contingence exclut les étudiants qui ne sont pas dotés d’un certain Capital culturel29. En effet pour être admis à l’Université (et ce, précisément dans un programme contingenté) vous devez être cultivé. La totalité de la formation générale (philosophie, littérature, littérature anglaise) sert à évaluer votre niveau de culture. Vous devez donc posséder à la fois une certaine quantité de Capital culturel, d’une qualité déterminée. Cependant la quantité de Capital culturel exigé par les cours excède la quantité transmise par ces mêmes cours. Les Cégeps exigent donc une quantité extrascolaire de culture. Cette quantité de culture ne peut avoir été accumulée qu’antérieurement à partir du Capital culturel déjà contenu par votre milieu social. Ainsi les bourgeois disposent de plus de Capital culturel que les prolétaires. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle Culture (il doit s’agir une culture qualitativement appropriée). En effet, la culture requise est la culture classique, soit la classe dominante s’étant préalablement légitimée à l’aide de la violence symbolique, en l’occurrence la culture bourgeoise. Toutes les classes sociales renforcent leur superstructure idéologique de domination par l’élévation de leur culture en culture dominante. Cette légitimation se fait par le biais de la violence symbolique qui délégitime toute autre forme de culture. Ainsi peu importe que vous soyez expert en folklore, en pêche à la mouche ou en dessins animés japonais, si votre culture est populaire, votre culture est médiocre et sera comme telle pour la bourgeoisie. Par ce processus, il ne s’agit pas de détenir une grande culture, mais de détenir une grande quantité, déjà, de culture, mais une grande quantité de culture bourgeoise de surcroît. Voilà pourquoi les matières culturelles constituent la formation générale (et donc la majeure partie des DEC). Et voici comment sous couvert d’une apparente contingence de note on effectue une véritable contingence sur la base du Capital culturel.

On voit donc qu’au Québec l’École Capitaliste s’attaque aux fils et filles de la classe ouvrière, du Prolétariat, tout en maintenant les privilèges des autres classes. Il s’agit donc d’une institution fondamentale dans la reproduction des classes sociales et dans le maintien de l’asservissement du prolétariat. Il est donc essentiel que le prolétariat et le sous-prolétariat étudiant se joignent ensemble contre le système qui cherche à les éliminer, en l’attaquant au cœur de son système de sélection :

Par l’abolition de la côte R !

L’Attrition

Au point où nous en sommes rendus tout le monde aura compris les vices langagiers de la bourgeoisie, qui en essayant de nous enlever des mots essaye de nous empêcher de penser la réalité. La sélection met l’accent sur ceux qui seront sélectionnés, on sélectionne les meilleurs, nous dit-on ; c’est un terme connoté positivement. La contingence est un terme neutre, certains entrent d’autres non, mais qui masque une réalité qui n’a rien de neutre. L’attrition, voilà la réalité matérielle objective pour tous ! Cela crève désormais les yeux, le but n’est pas la «  sélection » des « meilleurs », mais l’élimination des prolétaires.

Nous connaissons désormais la réalité, voici donc le mot d’ordre que nous proposons : Combattons l’attrition !

Notre programme est extrêmement clair :

  • Suppression de la côte R
  • Suppression de la côte Z
  • Suppression des moyennes générales nécessaires (moyenne de B ou autres), pour un passage entre baccalauréat et maîtrise, entre maîtrise et doctorat.

On nous accusera, protestant alors qu’il faut les capacités nécessaires pour faire des études. Mais est-ce que cela n’existe pas déjà ? Est-ce qu’une maîtrise en physique n’est pas une garantie suffisante pour un doctorat en physique ? Est-ce qu’un baccalauréat en sociologie n’est pas une garantie suffisante pour une maîtrise en sociologie ? Votre système injuste refuse des gens qui ont déjà amplement les compétences. Mais est-ce que votre argument n’est pas tautologique ? Vous dites : il faut des gens qui a la base aient la compétence pour faire un bac, une maîtrise, un doctorat. Mais s’ils ont déjà la capacité d’obtenir ces diplômes à quoi bon leur enseigne-t-on ? On ne demande pas aux gens d’avoir les capacités d’avoir un bac, mais d’avoir la capacité d’étudier. Si les professeurs ne donnent des diplômes qu’à ceux qui ont déjà les capacités d’avoir ces diplômes pourquoi les paye-t-on ? On nous dit qu’il faut être compétent pour exercer un métier, et donc qu’il nous faut les meilleurs. Mais si vous voulez les meilleurs encore faut-il les sélectionner parmi le plus grand nombre de diplômés possibles. Et qu’est que cela signifie qu’un docteur en médecine n’est pas apte à pratiquer la médecine ?!?

Mais cela coûterait trop cher d’éduquer tous ces étudiants nous dit-on. Et cela est encore plus facile à réfuter. Déjà jusqu’à preuve du contraire nous payons encore des frais de scolarité. Donc au lieu de nous faire économiser de l’argent, votre mesure nous prive de revenus ! En coûte-t-il vraiment plus cher de scolariser plus d’élèves ? Lorsqu’un professeur fait cours à 30 étudiants dans un amphithéâtre de 90 places en quoi cela lui coûte-t-il plus cher de faire la classe à 45 ? Nous apportons aussi nos solutions si vous trouvez que les universités coûtent trop cher, supprimer les rétrocessions de plus-value aberrante aux professeurs et aux bureaucrates. Car professeurs et haute-bureaucratie ont tous les deux le privilège de jouir de salaires qui non-content d’excéder la valeur de la force travail excède la valeur du travail ! Il s’agit donc de rétrocession par l’État capitaliste de la plus-value qu’il extorque aux prolétaires. Cet argent devrait selon nous aller aux étudiants qui le produisent. Car enfin nous disent les bourgeois : qui va payer pour cela? Les impôts des travailleurs ! Mais nous l’avons déjà démontré les étudiants sont déjà des travailleurs qui payent des impôts ! Or vous faites en plus une erreur, car il s’agit de faire payer à la fois travailleurs et bourgeois, qui jusqu’à preuve du contraire payent encore des impôts dans ce pays ! Mais peut-être nos objecteurs bourgeois veulent-ils nous renseigner sur leur technique personnelle de fraude fiscale30. Rappelons qu’il n’est pas exclu de trouver de nouvelle source de financement pour un tel projet, nous serions ravis d’instaurer une taxe sur le Capital d’une poignée de bourgeois pour permettre à tout le monde de faire des études supérieures. On ne parle pas aussi de la richesse que créerait cette masse d’éducation. On pourrait aussi créer de nombreux postes de chargés de cours pour tous ces nouveaux étudiants, ce qui permettrait de financer les études des gens aux cycles supérieurs. Cela permettrait donc de finir leurs études, et donc d’avoir plus d’étudiants donc plus de chargés de cours et ainsi de suite créant une boucle vertueuse. Mais si la bourgeoisie persiste à faire de l’attrition, nous lui faisons la proposition suivante : Expulsions de tous les bourgeois et petit-bourgeois des écoles ! Université populaire réservée aux travailleurs (démonstration de 3 ans de fiche de paye obligatoire !). Éducation de la classe ouvrière avant tout !

Nous avons une campagne, des mots d’ordre combatifs, une lutte à mener, des perspectives de solidarité internationale, un programme composé d’exigences claires, nous venons de livrer un argumentaire apte à balayer toute opposition. Le tout regroupé sous une revendication claire :

Abolition de l’attrition, de la contingence et de toutes les formes de sélections !

À L’heure où le mouvement étudiant et l’ASSÉ semblent chercher un combat à mener, voilà ce que nous proposons. L’ASSÉ, en tant que seul syndicat de combat national, aurait selon nous intérêt à combiner cette revendication avec sa revendication historique pour la gratuité scolaire, afin de les combiner pour créer un mouvement qui permettrait réellement une éducation supérieure pour tous ! Nous croyons que l’ASSÉ gagnerait à créer des liens avec les syndicats étudiants français, notamment Solidaires Étudiant-e-s (syndicat de luttes), sur la base d’une unité concrète dans un combat réel et commun contre la sélection. Car des mêmes conditions naissent, les mêmes luttes, et une internationale des divers syndicats de combats étudiants serait en ces temps plus que nécessaire. Nous croyons qu’une telle revendication puisse faire l’unité puisqu’elle concerne tous les étudiants. Nous croyons que cette revendication est assez forte pour faire l’objet d’une grève générale illimitée, qui serait offensive et victorieuse ! Des comités locaux31 pourraient aussi agir dans ce sens, afin de créer une dualité des pouvoirs dans les cégeps et départements plus conservateurs (ou non affilié au syndicat de combat national). Ils pourraient aussi agir comme des comités de coordination de campus pour les divers départements en grève. Quoi qu’il en soit, nous posons ici une critique du système de l’École capitaliste, ainsi qu’une revendication pour la détruire en son cœur !

Un demi-siècle après Mai 68 nous souhaiterions voir réapparaître une critique radicale de l’École capitaliste ainsi que des alternatives socialistes à cette dernière. Mais surtout, nous souhaiterions comme en 1968, voir les étudiants initier un vaste mouvement de contestation qui, cette fois allant jusqu’au bout, puisse être repris par les ouvriers, lorsque…les ouvriers prendront des mains fragiles des étudiants le drapeau rouge de la lutte !

ASC

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1. En effet n’ayant plus la possibilité d’être réélu, le gouvernement dit « socialiste » n’a plus à conserver sa popularité (l’ayant perdue d’une part et étant ne pouvant la reconquérir d’autre part), il n’a donc plus à prendre des mesures selon leur popularité, mais selon les seuls intérêts de classe de ses représentants. C’est à ce moment que les gouvernements « sociaux-démocrates » révèlent leur vraie nature de classe, puisqu’ils appliquent leur propre politique de classe, c’est à dire des politiques bourgeoises et réactionnaires.

2. En effet la pratique contrevient au Code de l’Éducation (article 612-3), elle a d’ailleurs été déclarée illégale par le Conseil d’État le 10 février 2016

3. https://www.solidaires-etudiant.org/blog/2017/04/30/ni-tirage-au-sort-ni-selection-a-lentree-de-lenseignement-superieur/

4. Sur ce modèle on peut penser à la FECQ-FEUQ qui soutenu l’indexions des frais de scolarité du Parti Québécois après 6 mois de grève historique en 2012, et qui servit de caution illusoire au pseudo-sommet fantoche sur l’éducation du gouvernement Marois. Rappelons que Martine Desjardins et Léo Bureau Blouin se portèrent tous les deux candidats pour le PQ. Il ne s’agissait pas là de « candidats vedettes », fraîchement recrutés par le PQ, mais de militant de longue date qui noyautait la FECQ-FEUQ depuis l’ombre du PQ (via sa commission jeunesse) et dans son intérêt (notamment sur la question de l’indexation). Il en va de même pour l’UEQ.

5. Aussi à propos de l’UNEF, voir la série d’abus sexuels révélés par Libération et commis par les dirigeants sur leurs militantes. Libération y démontre que l’UNEF viole carrément ses militantes.
http://www.liberation.fr/france/2018/02/19/abus-sexuels-les-temoignages-qui-accablent-l-unef_1630845

6. Effectif d’Étudiants, sources par l’INSEE :

1980 : 1 184 100

1990 : 1 717 100

2000 : 2 160 300

2005 : 2 283 300

2010 : 2 319 600

2015 : 2 550 800

7. Le pic de la hausse entre 1980 et 1990 fut marqué par la première tentative d’imposer sélection, frais de scolarité et orientation obligatoire en 1986 avec la loi Devaquet. La tentative du gouvernement Chirac échoue devant la mobilisation monstre (plus d’un million de manifestants le 4 décembre), de l’UNEF-SE (communiste) et de l’UNEF-ID (trotskyste ; LCR+OCI). Les manifestations sont si violentes qu’elles provoquent un mort parmi les étudiants ; Malik Oussekine, scandale qui précipitera l’échec de la loi et la défaite du RPR et de Chirac en 1988.

8. Une économie monopolistique capitaliste d’État est une économie où le taux de profit (rapport de plus-value à L’ensemble du Capital) est rendu si bas dans une branche d’industrie que celle-ci nécessite le concours de l’État pour maintenir artificiellement son taux de profit. Ce phénomène est le produit d’un accroissement de la part constante du capital (moyen de travail, matière première, etc.) par rapport au capital variable qui seul contient la plus-value. En bref trop de machine pour peu de salariés. On retrouve des exemples avec les chemins de fer, les usines électriques (les barrages par exemple), l’extraction minière, l’agriculture et l’exploitation forestière. Le maintien artificiel du taux de profit dans ces industries est la principale dépense des états capitalistes modernes.

9. La situation de classe étant le rôle d’une classe au sein du mode de production capitaliste.

10. La position de classe correspondant au rôle adopté par une classe sociale dans la lutte des classes

11. Selon les chiffres donnés par l’Union des étudiants Communistes (UEC) ; http://www.etudiants-communistes.org/2015/02/25-statut-social-étudiants-12099

12. La bourgeoisie étudiante française se regroupant autour du syndicat de droite que constitue l’UNI, acronyme de l’Union Nationale interuniversitaire (sorte d’équivalent de nos carrés verts), organisation antigrève et pro-sélection fondée par des militants gaullistes après 68 (son président d’honneur étant d’ailleurs l’Amiral de Gaulle, fils du Général) ; voire à l’extrême droite autour des briseurs de grève fascistes du Groupe Union Défense (GUD).

13. Prise de pouvoir qui s’est effectué avec 24,01 % de 77,77 % d’électeurs soit 18,19 % des suffrages lorsqu’on retire les votes blancs et abstentions (et on ose appeler ça la démocratie !). Ainsi qu’une majorité législative absolue obtenue avec 13,44 % des inscrits (elle est belle la république !). Sources fournies par le Ministère de l’Intérieur https://www.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats

14. Soit 517,85 millions de dollar, ce qui correspond à plus que la totalité du budget de l’UQAM ! https://www.solidaires-etudiant.org/blog/2017/07/16/coupes-budgetaires-premiere-attaque-contre-lenseignement-superieur/

15. L’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales (l’ESSEC), grande École de commerce payante et réservée aux bourgeois situés à Paris et dont nos HEC ne sont qu’un pâle reflet.

16. Les bourses étant désormais attribuées sous contrats par les universités, sur la base d’un flou juridique permettant une attribution arbitraire (surtout quand on connaît la propension des universités françaises à ne pas s’embarrasser de considérations légales).

17. Système qui permet à un étudiant d’obtenir des crédits grâce à sa moyenne générale.

18. Les filières n’étant pas directement stériles pour le Capital, mais stérile pour la bourgeoisie en tant que les savoirs de ces filières ne peuvent être utilisés en tant que Capital, c’est à dire en tant qu’éléments constitutifs de la production de marchandise recelant une plus-value. Ne pouvant faire l’objet d’une consommation productive, elles sont donc considérées comme improductives par les capitalistes, comme autant de dépenses, de dilapidation d’argent pour l’État.

19. Licence : 184 euros ; Maîtrise : 256 euros ; Doctorat 396 euros

https://www.campusfrance.org/fr/frais-scolarite-France

https://www.solidaires-etudiant.org/blog/2018/01/24/les-experimentation-de-frederique-vidal-pour-des-frais-dinscription-exorbitants/

20. Au sujet des grandes Écoles lisez les travaux de Pierre Bourdieu.

21. Les frais des grandes écoles étant les suivantes pour les 5 plus coûteuses :

EM Lyon Business School: 52 500 euros

EDHEC : 44 200 euros

HEC : 44 00 euros

ESSEC : 43 500 euros

ESCP Europe : 43 200 euros

Rappelons, que le ministre de l’Éducation Blanquer était dirigeant de l’ESSEC, soit la quatrième université la plus chère de France ! Sources fournies par :

https://diplomeo.com/actualite-prix_des_ecoles_de_commerce_rentree_2014

22. Ainsi même si des bourgeois sont potentiellement touchés, les capitalistes effectuent quand même des gains en sabrant les dépensent sociales de l’État qu’ils pourront désormais réaffecter à des crédits d’impôt, des subventions aux entreprises. De plus, l’Université concernant principalement le prolétariat et la reproduction de la petite bourgeoisie (il n’est pas besoin d’aller à l’Université pour être rentier), la contingence aléatoire touche donc le prolétariat ainsi que la petite bourgeoisie au cœur de son système de reproduction sociale dédié. De plus, nous l’avons vu la bourgeoisie tend à créer un réseau parallèle d’Écoles.

23. Parce que vous comprenez (aux yeux de l’idéologie bourgeoise), on ne peut pas mettre sur un pied d’égalité les élèves de Louis-le-Grand et des ZEP ; le collège Brébeuf et une Polyvalente à Hochelaga. À note égale un 60 % dans un lycée de bourgeois vaudra toujours bien un 85 % dans une polyvalente sous financée, selon le raisonnement de nos augustes dirigeants capitalistes ! Et ce alors qu’il est souvent à l’inverse plus facile d’étudiant dans un collège de luxe que dans une polyvalente en décomposition ! Tout cela selon l’idéologie du classement des écoles que diffuse le Journal de Montréal, l’Actualité et autres feuilles réactionnaires.

24. Nous dénonçons bien évidement aussi les logiques de sélection qui requièrent des notes de 75 % pour avoir accès aux mathématiques supérieures et aux sciences (Math 436, Math 536, Chimie-Physique).

25. L’État peut ainsi maintenir un nombre faible de places en science humaines et faire augmenter artificiellement la côte R au lieu de créer plus de place. L’État contrôle ainsi un nombre de places fixes pour chaque programme, nombre qui correspond à la répartition exacte dont le Capital a besoin dans chaque domaine. Il n’est donc pas ainsi contraint comme en France d’augmenter le nombre de places puisqu’il dispose du ressort de la contingence pour exclure les surplus de population étudiante ou les étudiants s’orientant vers des filières improductives. Cela aboutit à ce que la population universitaire représente 3,8 % de la population française contre 2,9 % au Québec. http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/administration/librairies/documents/Ministere/acces_info/Statistiques/Effectif_etudiant_universitaire/Previsions_ensemble_des_universites_aux_fins_de_fonctionnement__2016-202….pdf

26. La contingence n’est pas naturellement due aux capacités intellectuelles réelles nécessaires à accomplir ce diplôme le droit n’étant pas spécialement plus dur que la physique (on pourrait même penser l’inverse). Elle est socialement due à la classe sociale qu’elle permet d’intégrer, et aux exigences de la production capitaliste.

27. Au sujet de cette division en classe de l’École capitaliste, lire absolument l’École Capitaliste en France, Maspero 1971 de Baudelot et Establet.

28. Pour maintenir dans des conditions standard le prix d’un bien (ex : une consultation) au-dessus de sa valeur, il faut maintenir de manière fixe l’offre (néanmoins si la demande augmente, le prix augmentera).

29, Au sujet du rôle du Capital culturel dans la reproduction sociale des élites, lire absolument Bourdieu, notamment Les Héritiers, 1964 pour sa critique de l’Université.

30. Tout comme Attrition-Contingence-Sélection, la fraude fiscale a été soumise au même genre de détournement de langage. Fraude-Évasion-Évitement, quand en dernier recours il s’agit d’escroquerie.

31. Sur le modèle des comités dits décentralisés ou horizontaux, comme les comités printemps 2015 ou les CUTE.

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Comité le plus grand et le plus dynamique du genre au Québec.

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