La conquête des Premières Nations : Le capitalisme institué par le génocide

Les livres d’histoire dépeignent les batailles entre la bourgeoisie américaine en devenir et les tribus amérindiennes comme une simple incident de parcours dans la colonisation des terres américaines. Or, le capitalisme s’est bâti par l’élimination consciente et intentionnelle des formes tribales de société qui existaient avant l’arrivée des colons.

L’élite capitaliste actuelle aux États-Unis a gagné sa place en engageant une lutte sanglante contre les forces au pouvoir avant l’ère capitaliste, soient celles des pays colonisateurs au service de leur monarques. Le déracinement des Autochtones a été un élément central dans l’édification de la suprématie bourgeoise sur le continent américain.

Les livres nous enseignent que nos ancêtres ont fait subir des traitements innommables aux Autochtones. Mais, jamais ils ne parlent de la manière dont s’est consciemment établit le planification d’un système de propriété privée. Pour cela, les nouveaux bourgeois ont avant tout dû vider le continent de ses premiers et premières occupantes afin d’avoir toute la liberté de posséder les terres, de les occuper et de les exploiter. Les colons et colonnes considéraient les Premières Nations comme des obstacles indésirables dont on pouvait disposer comme on dispose de la végétation ou des animaux. Les historiens et les historiennes qui se casent du côté des conquérants ne voient pas de mauvaises intentions chez les groupes colonisateurs. Ces derniers s’établissent par la force sur les terres du nouveau continent puisque, selon la vision d’un système de propriété privée, cela est tout à fait dans l’ordre des choses. Il s’agit d’un processus « normal et inévitable » vers l’évolution sociale.

La révolution bourgeoise des États-Unis

Le capitalisme du nouveau monde est né à partir de deux conflits distincts. Celui opposant la nouvelle bourgeoisie au féodalisme européen et celui l’opposant au communisme primitif amérindien. Bien entendu, les livres d’histoire mettent beaucoup plus l’accent sur la partie concernant la bataille révolutionnaire du nouveau système capitaliste face à l’ancien empire britannique. Or, la nouvelle bourgeoisie américaine a combattu les tribus amérindiennes pendant des centaines d’années. La transplantation de la civilisation européenne dans les Amériques s’est faite au détriment de la vie des Autochtones.

Les Autochtones occupent le territoire nord-américain depuis des dizaines de milliers d’années. Jusqu’alors, les autochtones ont adapté leur mode de vie admirablement bien à la nature sauvage. Organisées en tribus dispersées, les personnes autochtones se sont liées avec la Mère-Terre. Les tribus ont toutes été constituées en entités économiquement autosuffisantes. À part les tribus qui longent les rives, développant l’agriculture et un certain sédentarisme, celles dans les terres ont constamment dû se déplacer afin de pouvoir s’alimenter par la chasse et la cueillette. Cette occupation de base ne leur permettait pas de s’unir en de gros groupes ou d’avoir le temps d’organiser une armée capable de se mesurer à la force de frappe des colons européens. Même les tribus qui pratiquait l’agriculture n’ont pas domestiqué d’animaux pour soutenir une production, contrairement aux Européens et aux Asiatiques.

Les cultures autochtones alors les plus développées sont celles des Mayas et des Aztecs. Ces dernières ont réussi à profiter de leur agriculture pour agrandir leur communauté en subvenant aux besoins alimentaires d’un plus grand nombre d’individus. Mais le commerce ne pouvait pas être développé, car les cultures Autochtones étaient limitées au niveau technologique. Elles n’ont encore jamais utilisé le fer et n’ont pas inventé ni le levier ni la roue. Leurs instruments se limitent aux éléments tels que le bois, la pierre, les os et la fibre. Les nouvelles personnes arrivant d’Europe sont avancées non seulement d’un point de vue de subsistance personnel et communautaire, mais au niveau du commerce élargi, fondement de la nouvelle société capitaliste.

L’établissement de la propriété privée

Les peuples Autochtones, bien qu’ils s’approprient d’une certaine manière le territoire pour les besoins personnels de subsistance, ne connaissent pas le concept de propriété privée. Les moyens de production sont propriété collective. Les nouveaux capitalistes ont donc saisi sans vergogne et sans embûche tout le territoire encore vierge de contrats privés de propriété en vue d’une exploitation et d’une production commerciale. Même quand les capitalistes bourgeois ont acheté des terres aux Autochtones, ces derniers n’ont pas pu imaginer la « prise de possession » d’un territoire après laquelle plus personne ne pourrait plus jamais le traverser.

La propriété privée ne se limite pas seulement au territoire. Elle va aussi loin que l’humain lui-même, achetant et vendant des Autochtones comme de la marchandise. Les Européens ne sont pas venus pour la chasse et la cueillette. Ils sont venus exploiter le territoire, extraire les ressources, étendre le commerce et établir un système de propriété privée. Ceux et celles qui utilisent l’euphémisme « amitié » pour décrire les relations entre Européens et Autochtones ne prennent pas en considération la vision diamétralement opposée qu’ils avaient de la société et de l’utilisation du territoire.

Le constat est lourd pour les soit-disant « découvreurs » de l’Amérique. Dès Christophe Colomb, les colonisateurs ont amené avec eux un modèle de société qui introduit et favorise le vol, la violence, la débauche et la mesquinerie. Avec l’exploitation des peuples, ils ont aussi amené l’abus, le surmenage, la famine, le désespoir et la maladie. À l’arrivée des Espagnols aux Caraïbes, ces derniers ont décimé la population autochtone, passant de 300 000 âmes à 500 en l’espace de seulement 50 ans. En pourcentage, cela représente l’élimination de 99,8% de la population. Ça s’appelle un génocide.

La démocratie bourgeoise contre la démocratie autochtone

Certains historiens et historiennes soulignent que les colonisateurs e sont révoltés contre leur propre royaume en rejetant l’idée que des terres leur reviennent par le droit du sang ou le droit divin. Quelle hypocrisie lorsque l’on sait que les nouveaux colonisateurs ont traité les Autochtones avec le même mépris que l’ont fait les nobles et les sangs bleus d’Europe. Les Européens ont catégorisés les Autochtones de « race inférieure » dont ils pouvaient disposer comme de la vulgaire marchandise. Le nouveau droit établit dans la nouvelle société n’était pas celui du droit divin, mais celui de la classe sociale déterminée essentiellement par les droits acquis par l’argent.

La démocratie politique pratiquée par les tribus amérindiennes a été hautement plus authentique que celle de leurs successeurs européens. Les administrateurs autochtones sont choisis par le conseil des aînés. La communauté discute de tous les sujets qui touchent sa vie. La chefferie, bien qu’acquise par hérédité, n’a pas le droit ’agir impunément sur les autres sans l’autorisation de la communauté. Les chasseurs et militaires sont choisis selon leurs talents et leurs capacités. Être guerrier est une pratique volontaire. La société des tribus n’impose pas de mesures coercitives comme la police, la prison, la cour, les taxes ou la conscription. C’est une société égalitaire basée sur un humanisme primitif.

La colonisation actuelle dans la réalité québécoise

« JE SUIS UNE MAUDITE SAUVAGESSE »          – An Antane Kapesh, 1976

Anatane Kapesh est une écrivaine et militante innue née en 1926 et décédée en 2004. Au début du 20e siècle, la colonisation intérieure n’est pas encore ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Les Innu·es dépendent néanmoins déjà de produits fabriqués par les « Blancs ». Kapesh va rencontrer graduellement connaître les changements qui s’opèrent après la Deuxième Guerre mondiale :

Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n’a demandé de permission à personne, il n’a pas demandé aux Indiens s’ils étaient d’accord. Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n’a fait signer aux Indiens aucun document disant qu’ils acceptaient qu’il exploite et qu’il détruise tout notre territoire afin que lui seul y gagne sa vie indéfiniment.

Le grand territoire québécois habité par les Innu·es s’appelle le Nitassinan. Il recoupe principalement la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-St-Jean et le Labrador. Les personnes innues n’ont jamais cédé ou officiellement autorisé quiconque à accéder à ce territoire. Les minières se sont installées (OU?) à partir des années 1940 avec la bénédiction des gouvernements. Le gouvernement fédéral a créé des réserves, comme celle de Mani-utenam en 1949, pour mieux contrôler les Innu·es. Les compagnies Hollinger-Hanna et Iron Ore of Canada prennent alors possession du territoire pour la construction d’infrastructures. Les capitalistes imposent une vie de sédentarisme aux personnes innues qui jusqu’alors vivaient librement de la forêt.

Pendant les vingt années ou j’ai habité au même endroit ici au Lac-John, notre maison était lamentable, j’ai eu toutes les misères inutilement et mes enfants ont été gâchés inutilement
– An Antane Kapesh, 1976

L’occupation des territoires par les minières s’intensifie. On interdit de plus en plus l’accès aux Innu·es à leur territoire de chasse. On place les enfants en pensionnat. On les rend dépendant de l’aide gouvernementale. Ces enfants subissent le racisme systémique. On les achève avec l’introduction de l’alcool vers les années 60. Après les minières, c’est Hydro-Québec qui vient s’installer en arnachant les rivières. La lutte politique des Innu·es se fait en maintenant leurs traditions et s’attaquant aux compagnies qui leur ont arraché leur territoire ancestral. On se rappelle le blocage de la Romaine, en 2018. Le développement de ce complexe hydroélectrique n’a pas respecté l’écosystème de la région.

Quelles perspectives pour les Premières Nations?

S’il y a des peuples capables de comprendre l’idéal de vie d’une société communiste, ce sont bien les peuples autochtones. En Amérique, ce sont probablement les personnes qui ont connu un type de société qui s’en rapproche le plus, du moins du point de vue de son humanisme, de sa vie en communauté et de son absence de concept de propriété privée. Or, il ne s’agit pas d’oeuvrer pour un retour à une situation pré-capitaliste, à un anéantissement des civilisations basées sur l’industrie, le commerce, les centres urbains, etc. Cela entraînerait un énorme recul dans les conditions de vie des populations. Des millions de morts inutiles s’en suivraient.

Seule la lutte pour une société socialiste respectueuse des nations et des écosystèmes permettra solidifier les ponts entre les différentes communautés qui peuplent le territoire du Québec et du Canada. Les Autochtones sont objectivement des allié·es du peuple québécois dans la lutte contre le colonialisme et l’extractivisme de l’État fédéral capitaliste canadien.

Les peuples autochtones ne peuvent pas être négligés dans la planification de la lutte socialiste, au risque d’utiliser un outil de combat mal ajusté. Prenons conscience de la distance à parcourir pour gagner la confiance des peuples autochtones. Ce chemin, c’est celui du renversement du capitalisme, car c’est ce système qui a détruit les relations entre les Premières Nations et les Blancs.

Carlo Mosti

Sources :
Genocide Against the Indians, par George Novac, 1981
Je suis une maudite sauvagesse, par An Antane Kapesh, 1976

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Après Polytechnique, continuons à lutter contre les violences faites aux femmes!

Le 6 décembre 1989, un homme est entré à Polytechnique. Dans une salle de classe, il a séparé les femmes des hommes, a dit qu’il était là pour combattre le féminisme. Malgré le courage de Nathalie Provost qui tente de discuter avec lui, il ouvre le feu, tuant six femmes et en blessant trois. Il sort de la classe et continue à semer la terreur. Une vingtaine de minutes d’enfer, qui se soldera par la mort de 14 femmes et 14 autres personnes, dont 10 femmes, seront blessées. Sans oublier le traumatisme causé aux familles des victimes, aux survivant·e·s et à la population québécoise en général.

Au fil des années, on a tenté d’expliquer le geste de Marc Lépine. On a dit, entre autres, qu’il ne s’agissait que d’un acte de folie. Mais, c’est minimiser l’acte que d’évacuer le féminicide d’un geste qui était clairement dirigé vers les femmes. La lettre qu’a laissée Lépine en témoigne.

Des violences toujours présentes
Vingt-neuf ans plus tard, nous avons encore du mal à nommer la violence faite aux femmes en la cachant sous des termes plus politiquement corrects comme « drame familial » ou « crime passionnel ». On nie la violence faite aux femmes quand on fait semblant d’ignorer que nos sœurs autochtones sont plus à risque de subir des violences, de disparaître ou d’être assassinées. On nie la situation des femmes quand ont sait que l’itinérance des femmes est particulièrement taboue et que les maisons d’hébergements pour femmes sont moins subventionnées que celles pour hommes. On refuse aux femmes le droit de se vêtir comme elles le veulent quand on tente de contrôler ce qu’elles peuvent porter ou non dans l’espace public. Et on ose les menacer de perdre leurs emplois si elles refusent de s’y conformer. Et j’en passe.

Le système est basé sur les inégalités
En taisant les violences économiques et politiques que subissent les femmes, on détourne le regard de leur cause profonde : le système actuel. Notre société capitaliste est basée sur les inégalités, qu’elles concernent le sexe, la couleur de la peau ou la religion. Ce système nous divise pour nous en donner toujours moins. Au bout du compte, il ne profite qu’aux élites.

Les politiques d’austérité, les salaires insuffisants et le manque de services sociaux sont des réalités qui diminuent l’indépendance financière des femmes qui souffrent de violences. En luttant contre les inégalités économiques, nous luttons pour l’amélioration des conditions de vie des femmes. En luttant pour des emplois stables, un salaire décent tout au long de la vie ou pour une éducation gratuite, accessible et de qualité, nous aidons à construire une société où tout le monde peut développer ses capacités.

Le capitalisme en crise est de moins en moins capable d’offrir à la majorité de la population des perspectives d’avenir positif. Des tueurs de masse comme Marc Lépine à Montréal ou plus récemment Alek Minassian à Toronto en sont venus à prendre les femmes comme boucs émissaires des problèmes que la société leur a fait subir.

C’est pour ces raisons que nous luttons pour une société socialiste : pour l’élimination des violences économiques que subissent les femmes, les travailleurs·euses et la jeunesse! Et notre solidarité sera notre outil pour y arriver!

Aujourd’hui, pour ne jamais oublier les victimes de Polytechnique ainsi que toutes les femmes qui ont subi et qui subissent des violences, prenons un instant pour nous souvenir de :

Geneviève Bergeron
Hélène Colgan
Nathalie Croteau
Barbara Daigneault
Anne-Marie Edward
Maud Haviernick
Barbara Klucznik-Widajewicz
Maryse Laganière
Maryse Leclair
Anne-Marie Lemay
Sonia Pelletier
Michèle Richard
Annie St-Arneault
Annie Turcotte

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Réforme de l’immigration : La CAQ recule sous le feu groupé

Des milliers d’étudiantes et d’étudiants étrangers du Québec peuvent maintenant dormir la nuit. Le gouvernement de la CAQ a finalement retiré son plan de réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) le 8 novembre dernier, suite à une semaine de critiques provenant de toutes parts. Si la menace est écartée pour l’instant, elle demeure toutefois entière.

Les étudiantes et les étudiants étrangers, les partis d’opposition ainsi que les représentants du milieu des affaires et du système de l’éducation n’ont pas manqué de souligner le rôle qu’ils ont joué dans le recul du gouvernement. Est-ce que ces congratulations sont toutes méritées? Ce qui semble avoir été déterminant dans cette histoire est le schisme opéré entre le gouvernement et le secteur des affaires suite à l’annonce de la réforme.

Les rappels à l’ordre de l’élite économique pèsent lourd dans la balance. Le premier ministre François Legault révisera la réforme mise de l’avant par son ministre Simon Jolin-Barrette afin de la représenter dans le futur. Gageons que cette fois, elle conviendra davantage aux boss. Si tel est le cas, il faut concevoir dès maintenant la meilleure stratégie de lutte pour obtenir une victoire durable.

La CAQ n’a pas fait ses devoirs

Les nouvelles directives du PEQ, qui devaient s’appliquer rétroactivement, visaient à limiter les programmes d’études offerts aux personnes immigrantes en fonction des « besoins » du marché. Les candidatures pouvant recevoir un Certificat de sélection Québec (CSQ) grâce au PEQ s’en trouvaient réduites, coupant court aux études de personnes installées au Québec depuis des années. Or, la nouvelle liste d’admissibilité comprenait des programmes inexistants, des formations données au siècle dernier et d’autres encore auxquels les étudiantes et étudiants internationaux n’avaient même pas accès.

Legault a vanté son projet de loi comme étant le fruit d’une collaboration mûre avec plusieurs acteurs concernés, acteurs qui l’ont rapidement contredit et qui ont souligné ne jamais avoir été approchés. La CAQ a tenté de vendre sa réforme comme une tentative de rapprochement entre l’immigration et les demandes du marché du travail. Cependant, les organismes représentant les milieux des affaires avaient un discours différent. Elles ont indiqué que la réforme allait nuire à l’entrée de main-d’œuvre bon marché au Québec.

Isolement complet

En plus de soulever l’ire dans le milieu de l’éducation, la réforme bâclée de Legault l’a fait nager à contre-courant des intérêts des grands capitalistes du Québec. L’isolement flagrant de Legault s’est révélé à la suite de son incapacité à nommer un seul allié dans le Québec Inc. À l’Assemblée nationale, il a été réduit à justifier ses appuis en mentionnant l’activité sur son profil Facebook. Après avoir perdu la face, le geste logique était de rebrousser chemin, non sans avoir terni le vernis d’appui dont la CAQ bénéficiait toujours.

Un populisme de droite de plus en plus difficile

La CAQ tire son large appui parmi la population de par son populisme identitaire blanc, francophone et catholique. Elle s’appuie également sur l’élite économique des PME de région qui ne se retrouve ni chez les libéraux ni chez le Parti québécois. Il n’est pas surprenant que Legault se soit attaqué autant aux rectorats des universités – qui accepteraient des étudiants et étudiantes de l’étranger uniquement pour l’argent – qu’à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain qui ne voudrait que de la main-d’œuvre à bas prix. En s’en prenant à ces deux institutions perçues comme élitistes, Legault a tenté de gagner des points auprès des travailleuses et des travailleurs prêts à croire que Legault est capable de se tenir debout face aux grands pouvoirs du Québec. Est-ce vraiment le cas?

Maintenant que la CAQ prévoit des consultations afin de « refaire » sa loi, est-ce qu’elle maintiendra un dialogue combattant avec les représentants économiques? Est-ce que Legault demandera aux personnes venues raconter leur histoire, en larmes, ce qu’elles en penseront? Non. Mais, les acteurs économiques critiqués par la CAQ seront, quant à eux, bien invités à rencontrer le premier ministre.

Opposition au parlement

Tous les partis d’opposition sans exception se sont rangés du côté des étudiantes et des étudiants étrangers. Après le recul de la CAQ, plusieurs étudiants et étudiantes ont remercié l’action des parlementaires libéraux et péquistes. Or, les mesures prises du temps où ces partis étaient au pouvoir ont de quoi refroidir certaines accolades.

Les libéraux de Philippe Couillard sont responsables des plus fortes hausses de frais de scolarité payés par les étudiantes et les étudiants internationaux dans l’histoire récente du Québec. En mai 2018, le gouvernement libéral a déréglementé leurs frais de scolarité. Les universités ont depuis le champ libre pour augmenter ces frais comme bon leur semble. Les étudiants et étudiantes de France avaient déjà vu leur facture tripler en 2015. De son côté, le Parti québécois, confus, n’a fait que suivre la vague.

Seuls les membres de Québec solidaire (QS) et de son caucus parlementaire se sont mobilisés lors du rassemblement contre la réforme du PEQ devant l’Assemblée nationale le 7 novembre. Des membres de QS jouent aussi un rôle moteur dans l’organisation d’actions pour les étudiantes et étudiants étrangers. Comme la motion exigeant l’annulation de la réforme a été déposée par un député libéral, le PLQ récolte les bénéfices d’une lutte qu’il n’a pas menée.

Mobiliser sur le terrain

Dès l’annonce des modifications rétroactives au PEQ, des centaines d’étudiants et d’étudiantes se sont mobilisées partout au Québec, à l’Institut Teccart, à l’Université de Sherbrooke, dans certaines écoles de la Commission Scolaire English Montréal et ailleurs. Ces personnes sont allées à Québec partager leur histoire. Elles se sont organisées en groupes pour défendre leurs intérêts. Cette mobilisation spontanée est inspirante. Cette force doit être investie et organisée plus largement pour les luttes futures.

La CAQ va continuer de blâmer les « autres » pour les problèmes que connaît le Québec. Sa loi 9 et ses 18 000 dossiers d’immigration jetés aux poubelles, sa loi 21 et sa discrimination aux études et au travail ou encore son test des valeurs sont toutes des manières de nous diviser. Mais comment peut-on y faire face?

S’organiser sur le terrain

En s’organisant. En créant la solidarité sur la base de ce qui nous unit tous et toutes, peu importe notre pays d’origine. Que nous soyons aux études ou non, nous sommes tous et toutes des travailleurs et des travailleuses (ou en train de le devenir). Cette solidarité a débuté avec la mise sur pied de réseaux de support, de communication et de lutte. Les pages Facebook, WeChat, etc. sont un bon début. Mais elles ne remplacent pas les espaces d’organisation démocratique où des stratégies communes peuvent se décider face à face, ensemble. Faisons vivre des groupes d’action composés d’étudiants et d’étudiantes touchées par les réformes du PEQ! Une lutte sérieuse nécessitera un partage du travail, une flexibilité des tactiques ainsi que la poursuite d’objectifs concrets.

Construire un appui large

Les étudiantes et étudiants étrangers ne sont pas seuls. Outre Québec solidaire, de nombreuses associations étudiantes locales ont agi en leur faveur. Les deux associations étudiantes panquébécoises subsistantes (UEQ et FECQ) ont démontré l’utilité d’avoir une structure nationale étudiante pour ce type de lutte. Il est urgent de reconstruire une association nationale démocratique armée d’un programme socialiste si nous voulons réellement mettre fin à l’exploitation et à la précarité.

La bataille contre la réforme du PEQ s’inscrit dans un mouvement de résistance des travailleurs et des travailleuses contre les attaques de l’élite capitaliste. La classe travailleuse doit se mobiliser contre la précarisation, l’austérité et le racisme créé par et pour la classe dirigeante. Les membres d’Alternative socialiste croient qu’une atteinte aux droits des futurs travailleurs et travailleuses, peu importe leur pays d’origine, est une atteinte contre tous les travailleurs et travailleuses du Québec. Si nos perspectives de lutte vous intéressent, contactez-nous et joignez Alternative socialiste!

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Grève des employé·es de soutien de l’UQAM : 2 000 personnes manifestent en solidarité

Les employé·e·s de soutien de l’UQAM ont fait monter la pression d’un cran dans leur négociation en organisant la plus grande manifestation intersyndicale de l’histoire du l’UQAM. Le 12 septembre dernier, plus de 2 000 personnes ont participé à une marche afin de réclamer la juste rémunération des grévistes. Le trajet s’est terminé devant les bureaux montréalais du Ministère de l’Éducation. Alternative socialiste a recueilli plusieurs témoignages de grévistes concernant les difficultés vécues au travail au fil des ans.

Affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 1294), le Syndicat des employées et employés de l’UQAM (SEUQAM) regroupe autant le personnel de la cafétéria de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) que les architectes, en passant par les cols blancs des bureaux et les cols bleus des terrains et bâtiments.

Pour son 8e jour de grève, le 12 septembre, le SEUQAM a organisé une grande marche unitaire en compagnie d’autres syndicats, d’associations étudiantes et de partis politiques. L’atmosphère y était combative. « En 14 ans à l’UQAM, je n’ai jamais vu le SEUQAM aussi galvanisé, affirme un technicien aux travaux pratiques. À l’assemblée générale du 9 septembre, une proposition de grève générale illimitée a recueilli le tiers des appuis! »

Grande solidarité

Des collègues du SCFP provenant de syndicats d’employé·es d’universités situées à Trois-Rivières, Québec et Montréal se sont déplacé·es pour afficher leur solidarité. La marche a même compté des chauffeurs d’autobus, des professeurs, des chargé·es de cours et des employé·es des services de santé et des services sociaux de la Montérégie. « Nous avons beaucoup de soutien, souligne une secrétaire de l’UQAM. Plusieurs employés d’universités seront bientôt en négo. Ils savent que quand ça va être leur tour, on sera là pour les appuyer et leur donner des fonds. »

Invité à prendre la parole à la fin de la marche, le député solidaire critique en matière de travail, Alexandre Leduc, a souligné que cette lutte est celle de toute la « classe moyenne », celle qui fait vivre l’UQAM. Pour sa part, le président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain, Marc-Édouard Joubert, a sommé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’écouter « cette classe ouvrière qui réclame le respect et la dignité ».

L’appui est aussi venu de plusieurs associations facultaires de l’UQAM, notamment celle des arts, d’éducation et de sciences humaines. Le représentant de l’Association facultaire étudiante des sciences humaines, Vincent Pouliot, a livré un témoignage bien senti en s’adressant aux grévistes. « Comme étudiant, on ressent votre absence. Plusieurs n’ont pas de réponse pour leurs prêts et bourses ou leur stage. Quand on se plaint à l’administration, elle nous répond On a ça sous contrôle. C’est faux! Il nous faut des employés de soutien! »

Jusqu’ici, plusieurs éléments des propositions syndicales ont été acceptés, notamment les cursus de carrières à l’UQAM, les horaires, les congés personnels et de maladie ainsi que pour le travail à distance. Or, si les négociations entre l’UQAM et le SEUQAM sur les conditions générales de travail se sont bien passées, ce n’est pas le cas de celles concernant la question des salaires.

Des augmentations qui appauvrissent

L’offre monétaire proposée par l’UQAM en juillet comprenait des augmentations de 1% pour 2019 et 2020, puis de 1,25% de 2021 à 2024. Insatisfaisante aux yeux des syndiqué·es, cette offre a été modifiée en septembre. Pour la majorité des membres, la nouvelle proposition est encore pire que la première. L’UQAM recommande maintenant des augmentations salariales minimales de 1,5%/an, pour les trois prochaines années. Si les négociations du secteur public 2020 débouchent à des augmentations plus élevées, c’est cette politique salariale gouvernementale (PSG) qui prévaudra.

Or, les banques canadiennes prévoient un taux d’inflation d’environ 2% pour 2019 et 2020. Dans les faits, la proposition de 1,5% de l’UQAM engendrerait une perte du pouvoir d’achat des employé·es de soutien.

« J’ai des collègues qui ont 25, 30 ans d’expérience et qui ont vécu des gels de salaires dans les années 90. Je ne peux pas croire qu’on est encore là, à se battre contre l’appauvrissement » lance une secrétaire de direction de l’UQAM. « Les employés de soutien de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ont eu 2% d’augmentation par année pendant 6 ans. Je ne vois pas pourquoi on aurait moins » estime quant à lui un technicien rencontré par Alternative socialiste.

D’autre part, l’arrimage à la PSG en laisse plusieurs perplexes considérant le fiasco des négociations du secteur public en 2015. « On est un peu les premiers à aller au bat sur cette question-là », pense un agent de recherche. Il croit que l’issue du conflit en dira long sur les négociations à venir dans le secteur public. Le premier ministre Legault vient d’ailleurs de déclarer que les prochaines augmentations salariales de la majorité des employé·es de l’État se limiteront à l’inflation.

De plus, les augmentations proposées par l’UQAM pour les années 2019 et 2023 sont à forfait. Cette formule de style « bonus » représente un montant d’argent fixé par rapport à l’année 2019 (2% et 1,5%). Au final, ces montants forfaitaires s’avèrent moins élevés que ceux qui découleraient des augmentations cumulatives de 1,5%.

Toujours moins de postes…

Le technicien auquel nous avons parlé souligne qu’après 15 ans de coupures, la situation ne fait qu’empirer à l’UQAM. « Durant l’ère du recteur Roch Denis, 1 départ à la retraite sur 3 a été remplacé. Ces postes n’ont pas été comblés depuis », soutient-il. Dans son unité, le poste de secrétaire à l’accueil n’est plus permanent. Il n’est pleinement assumé par une personne qu’un mois par année. Selon le technicien, cette situation engendre une surcharge de travail qui empoisonne l’ambiance de travail.

… toujours plus de travail

Une agente d’étude renchérit : « Je suis arrivée à l’UQAM il y a 6 mois. En raison des abolitions de postes, je me retrouve à faire le travail de deux employées en même temps. » Elle signale que le travail est « hyper demandant », mais qu’elle est quand même capable de l’assurer étant donné qu’elle possède 25 ans d’expérience en administration. En revanche, « la direction n’a pas tenu compte de ça pour déterminer mon salaire », souligne-t-elle. Si l’UQAM vit des problèmes de recrutement, c’est notamment en raison du faible attrait des salaires, estime l’agente d’étude.

Une situation en chute libre

« On vit notre plus grosse grève en 25 ans sous le règne de la « rectrice du peuple », ironise le technicien de l’UQAM, en référence à un article de la web radio étudiante de l’UQAM sur Magda Fusaro. La direction n’est plus celle de l’université de gauche des débuts. Les années Charest ont rendues les choses bien verticales et centralisées. »

Le technicien comprend que l’enveloppe budgétaire dont dispose le rectorat pour payer les salaires est fixée d’avance. « Mais, c’est la job de la rectrice d’aller à Québec pour demander plus! On est en train de faire sa job à sa place! », lance-t-il hors de lui.

Le technicien souligne que le gouvernement du Québec nage dans les plus gros surplus budgétaires de son histoire. De plus, les négociations avec les chargé·es de cours de l’UQAM, puis celles avec les étudiant·es employé·es suivront les siennes. « Le refinancement de l’éducation ne se fera du jour au lendemain, soutient-il. Tout le monde est écœuré. Tout le monde est prêt. Tout le monde est mobilisé. »

Il signale que la grève est un moment de réseautage important entre employé·es. « On se parle entre nous. On sait que les cadres l’ont eue, eux, leur augmentation de salaire, dit-il l’air sévère. C’est rassurant de sentir que son syndicat est prêt à se battre ».

Retour sur le conflit

En négociation depuis 2 ans, les membres du SEUQAM sont en moyen de pression depuis la mi-juillet. Au début du mois, la direction de l’UQAM présente une « offre monétaire finale » au syndicat. Jugée insatisfaisante, les 679 membres du SEUQAM réuni·es en assemblée générale décident à 93% de se doter d’un mandat de grève de 5 jours applicables au moment jugé opportun. La direction rompt les négociations et l’escalade des moyens de pression débute.

Sous le thème du flamant rose, les chaudes journées de juillet sont ponctuées de deux « pauses cocketel » d’environ 1h . La première action regroupe près de 300 employé·es devant les bureaux de l’administration de l’UQAM.

Avec la rentrée, les 1 800 syndiqué·es se mettent en grève dès le 3 septembre. Les membres tiennent des piquets devant la plupart des entrées des pavillons de l’UQAM depuis. Les grévistes ne bloquent toutefois pas les entrées afin d’éviter une injonction de l’UQAM qui les obligerait à faire pression hors du terrain de l’université.

Le 6 septembre, l’employeur dévoile une nouvelle « offre monétaire finale » en rencontre paritaire. Les syndiqué·es réuni·es en assemblée générale trois jours plus tard rejettent la nouvelle proposition. Un vote de reconduction de grève pour 10 jours supplémentaires est adopté à 73%.

Le lendemain de la manifestation intersyndicale, une séance de conciliation se tient au Tribunal administratif du travail.

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Pour un mouvement étudiant uni, démocratique et socialiste!

Avec la campagne grandissante pour la rémunération de tous les stages, le mouvement étudiant québécois connaît sa plus grande activité depuis le printemps 2015. Toutefois, pour éviter de se buter aux mêmes écueils, il convient de dresser un bilan de l’action étudiante des dernières années. C’est en s’inspirant de ses réussites et en tirant les leçons de ses échecs que nous pourrons élaborer les meilleures perspectives de combat et gagner nos luttes.

À l’image du syndicalisme, le mouvement étudiant traverse une crise politique après la chute du bloc soviétique et le triomphe du néolibéralisme. Au tournant des années 90, des jeunes du Parti québécois (PQ) créent la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Ces fédérations adoptent une approche de concertation et de collaboration avec le patronat, les centrales syndicales et les gouvernements néolibéraux.

En 1994, les deux fédérations sont les seules organisations étudiantes nationales au Québec. Elles ne favorisent pas la démocratie directe en leur sein et utilisent uniquement le lobbying pour représenter le mouvement étudiant auprès du gouvernement péquiste.

Refondation d’un mouvement étudiant combatif et démocratique

En 1995, le paiement des transferts fédéraux pour l’éducation post-secondaire est arrêté. La lutte contre cette réforme donne naissance au Mouvement pour le droit à l’éducation (MDE). Le MDE conteste l’hégémonie des fédérations étudiantes et revendique notamment la gratuité scolaire. Il oppose son approche de mobilisation de masse à celle de lobbyisme et de concertation des fédérations.

Le MDE rassemble entre 12 000 et 25 000 membres issues d’une demi-douzaine d’associations étudiantes. Les comités locaux étudiants ainsi que les individus peuvent aussi être membres du MDE. Cette ouverture permet à des éléments d’extrême gauche non étudiants de noyauter la direction du MDE.

Grève de 1996

En 1996, la ministre péquiste de l’Éducation, Pauline Marois, laisse planer la menace d’un dégel des frais de scolarité et de compressions en éducation dès l’automne. Le MDE lance un appel à une grève générale illimitée (GGI) devant débuter lors du Sommet socio-économique de la fin octobre. Une trentaine d’associations étudiantes de cégeps débrayent jusqu’à cinq semaines.

La FECQ et la FEUQ, qui s’opposent aux actions de grève, sont dépassées par le mouvement. Elles claquent la porte du Sommet – auquel elles étaient les seules conviées – et tentent de reprendre la direction du mouvement étudiant. Seules interlocutrices étudiantes accréditées par la ministre, les fédérations négocient une sortie de crise sans le MDE. Lors d’un point de presse avec la FEUQ, la ministre déclare le maintien du gel. Du même souffle, elle annonce une série de compressions et de privatisations en éducation, dont la taxe à l’échec.

Le MDE contribue à la mise sur pied d’une campagne de boycottage de la taxe à l’échec. À l’automne 1999, le MDE tente un nouveau mouvement de grève générale pour une meilleure accessibilité en éducation. La mobilisation est un échec.

L’année suivante, la FECQ et la FEUQ donnent leur aval aux politiques universitaires néolibérales du gouvernement lors du Sommet du Québec et de la jeunesse. Le MDE, non invité aux discussions, boycotte ce Sommet et manifeste à l’extérieur.

À l’automne 2000, le MDE se liquide. Les luttes politiques internes déchirent sa direction qui s’écroule, endettée.

Création de l’ASSÉ

Néanmoins, le mouvement de boycottage contre la taxe à l’échec et la mobilisation contre le Sommet des Amériques donne naissance à l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) en 2001. L’ASSÉ cherche à dépasser les limites organisationnelles du MDE, tout en conservant son héritage de mobilisation et de démocratie. Le membership individuel n’est plus admis. L’ASSÉ organise désormais le mouvement étudiant à un niveau national sous l’étiquette d’un syndicalisme étudiant de combat. Elle regroupe presque autant d’associations que le MDE avant elle. La taxe à l’échec est abolie la même année.

Grève de 2003

En 2003, les libéraux de Jean Charest l’emportent sur les péquistes de Bernard Landry. L’ASSÉ lance un mot d’ordre de GGI contre la hausse des frais au niveau collégial. L’échec de la mobilisation permet aux militant·e·s de constater l’ampleur du travail que nécessite l’organisation d’une telle grève.

Grève de 2005

Au printemps 2004, les libéraux annoncent que les bourses étudiantes seront réduites 103M$ et que ce montant sera reconverti en prêts. Au début 2005, l’ASSÉ entame un mouvement de GGI contre ces coupures dans le régime d’aide financière aux études. Les fédérations opposent leur approche de lobbyisme à celle de la grève. L’ASSÉ élargit alors ses structures pour favoriser la plus grande mobilisation possible. Sa coalition large, la CASSÉÉ, regroupe 47 000 étudiant·e·s contre les coupures dans une perspective de gratuité scolaire.

En mars, 70 000 étudiant·e·s sont en grève. Dépassées par le mouvement qui touche aussi leurs associations, la FECQ et la FEUQ finissent par appeler à la grève. Le ministre de l’Éducation Jean-Marc Fournier décide alors d’exclure la CASSÉÉ, jugée « violente », de la table de négociation. Le 16 mars, alors que 170 000 étudiant·e·s sont en grève, près de cent mille participent à une marche appelée par les trois organisations nationales.

Au terme de négociations secrètes au début avril, la FECQ et la FEUQ signent une entente à rabais avec le gouvernement. La FEUQ recommande cette entente à ses associations, tandis que la FECQ et l’ASSÉ la soumettent en assemblées générales. Plus de 110 000 étudiant·e·s la rejettent. Toutefois, la majorité des associations étudiantes décident de cesser la grève dans l’esprit de repli stratégique mis de l’avant par la direction de l’ASSÉ. Cette grève – qui a duré 7 semaines pour certaines associations – est alors la plus longue de l’histoire du mouvement étudiant québécois.

Grève de 2007

Réélu en mars 2007, le Parti libéral hausse les frais de scolarité. L’ASSÉ, qui compte désormais 40 000 membres, tente seule une GGI de quelques semaines. Elle échoue à mobiliser sa base et la hausse est confirmée.

Grève de 2012

En 2011, le gouvernement libéral de Jean Charest annonce une augmentation des frais de scolarité universitaires de 1 625$ sur 5 ans. Après avoir effectué une campagne d’information partout au Québec, l’ASSÉ déclenche un mouvement de GGI en février 2012 contre la hausse, dans une perspective de gratuité scolaire.

L’ASSÉ élargit de nouveau ses structures. La CLASSE réussit à coaliser 102 000 membres. Son agenda militant fait adhérer de nouvelles associations aux dépens de la FECQ et de la FEUQ.

La Coalition large de l’ASSÉ coordonne la grève au niveau national avec la FECQ et la FEUQ. En mars, plus de 300 000 étudiant·e·s sont en grève sur un total d’environ 400 000. Pendant 8 mois, des manifestations de centaines de milliers de personnes et d’innombrables actions font de cette grève la plus longue et la plus imposante de l’histoire du Canada. En référence au Printemps arabe, le mouvement est surnommé Printemps érable. Ce mouvement aura une influence politique déterminante pour toute une génération de militant·e·s.

Perdant le contrôle de la situation, le gouvernement adopte en mai une loi restreignant le droit de manifester et de rassemblement. Une répression policière brutale s’abat sur le mouvement de contestation à travers tout le Québec. Au terme du conflit, 3 509 personnes ont été arrêtées. Environ 1 400 n’auront aucune accusation portée contre elles. Le service de police de la ville de Montréal signale que « jamais un corps policier au Québec, voire au Canada ou aux États-Unis, ne fut confronté, quotidiennement, a un mouvement social d’une telle intensité.»

La répression, qui vise également l’activité syndicale, polarise la situation. Le mouvement de contestation s’étend alors à toute la population. Le gouvernement Charest est forcé de tenir des élections générales anticipées en septembre. Non seulement les libéraux perdent les élections, mais son chef n’est même pas réélu dans sa propre circonscription.

Durant l’été, les membres de l’ASSÉ élisent une nouvelle direction. Plutôt que d’appuyer Québec solidaire (QS) – le seul parti qui défend toutes les revendications des étudiant·e·s – cette direction fait la promotion du boycottage des élections et de la poursuite de la grève, malgré l’essoufflement. Cette stratégie isole le secteur le plus combatif du mouvement étudiant et laisse tout l’espace politique au PQ de Pauline Marois. Les jeunes votent massivement pour le PQ, qui présente la présidente de la FEUQ et le président de la FECQ sous sa bannière. Ce dernier est élu. Sitôt élu, le PQ annule la hausse des frais de scolarité, mais les indexe par la suite.

Fragmentation du mouvement étudiant

Après la grève, les fédérations étudiantes traversent une période de crise. La FECQ connaît une vague de désaffiliation dès 2012. Des associations universitaires désaffilient la FEUQ à partir de 2013.

Cette dernière se dissout en février 2015. Deux fédérations étudiantes universitaires en émergent: l’Union Étudiante du Québec (UEQ) et l’Association pour la Voix Étudiante du Québec (AVEQ). Si plusieurs référendums d’affiliation à l’UEQ ont lieu, la plupart se soldent par une victoire du non. Comme la FEUQ avant elles, ces fédérations sont proches du PQ et du Bloc québécois. Peu militantes, ces fédérations étudiantes misent sur le lobbyisme et la concertation avec les gouvernements.

Déclin de l’ASSÉ et décentralisation

Après 2012, l’ASSÉ décline lentement. Sa direction traverse une crise politique et organisationnelle qui désoriente son action. Au printemps 2015, un mouvement de grève se forme en réaction aux coupures dans les services publics effectuées par le nouveau gouvernement libéral de Philippe Couillard.

L’ASSÉ perd l’initiative du mouvement au profit des comités Printemps 2015 (P15), un réseau décentralisé des militant·e·s principalement basé dans les cégeps et universités de Montréal. Les dirigeant·e·s informel·le·s de P15 sont en conflit ouvert et en compétition avec la direction nationale de l’ASSÉ.

Plutôt que de mener une campagne sur des enjeux étudiants concrets, les comités P15 proposent une lutte abstraite contre « l’austérité et les hydrocarbures ». P15 souhaite être la bougie d’allumage d’une « grève sociale », censée enflammer l’ensemble de la société. Son horizon stratégique est celui d’une grève qui doit s’étirer jusqu’à la chute du capitalisme.

Plusieurs associations étudiantes « sous-traitent » aux comités P15 le travail de mobilisation et d’information de leurs membres. À son paroxysme, le mouvement étudiant de 2015 regroupe 60 000 étudiant·e·s en grève pendant trois semaines. Appelée par l’ASSÉ, une manifestation nationale rassemble 135 000 personnes le 2 avril.

Le mouvement tombe immédiatement après. D’un côté, la direction de l’ASSÉ est politiquement faible et veut suspendre la grève pour la reprendre à l’automne. De l’autre, le discours radical abstrait, les pratiques démocratiques affinitaires (représentation non élue et non redevable aux assemblées générales étudiantes) ainsi que la structure décentralisée des comités P15 ne favorisent pas la participation des étudiant·e·s aux décisions et aux actions. Ces pratiques nuisent à leur légitimité auprès de la base étudiante et de la population en général.

Le mouvement étudiant de 2015 est incapable d’établir des liens de solidarité réels avec le mouvement syndical et ne réussit pas à mobiliser des alliés hors des établissements scolaires. Il échoue à établir un rapport de force avec le gouvernement.

Le soulèvement spontané d’une « grève sociale » tant espérée ne se produit pas. Les éléments les plus radicaux se retrouvent isolés et face à une répression, notamment à l’UQAM. Cet échec accélère la dynamique de repli des éléments de P15.

Lors du congrès de l’ASSÉ en avril 2015, la tendance décentralisatrice issue de P15 réussit à faire destituer tous les membres de l’exécutif national. L’absence prolongée d’une direction à l’ASSÉ entraîne une déstructuration interne grave. Des luttes de tendances suivent et mènent à plusieurs suspensions et désaffiliations d’associations étudiantes.

Campagnes contre les violences sexuelles

À partir de 2014, des cas d’agressions sexuelles dans des universités poussent les étudiant·e·s à s’organiser. La campagne de sensibilisation sur le consentement sexuel menée par l’Université de Montréal, son Bureau d’intervention en matière de harcèlement (BIMH) et la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) favorise la convergence des forces sur le sujet. Au printemps 2016, 16 établissements universitaires et 19 associations étudiantes locales lance la campagne Sans oui, c’est non.

En octobre 2016, un étudiant de l’Université Laval agresse sexuellement plusieurs femmes dans une résidence étudiante. Deux jours plus tard, des centaines de personnes se rassemblent devant la résidence en solidarité avec les victimes. Cet événement propulse les initiatives contre les violences sexuelles.

De nombreux comités femmes autonomes se forment sur les campus pour dénoncer le sexisme, la culture du viol et les agressions à caractère sexuel dans les milieux d’enseignement. Durant l’année 2017, celle du mouvement de dénonciations #MeToo, les fédérations étudiantes nationales ainsi que les associations de l’université et du cégep de Sherbrooke mettent sur pied des campagnes contre les violences à caractère sexuel. Un projet de loi déposé en décembre oblige les établissements post-secondaires à se doter d’un plan de lutte contre les agressions sexuelles.

À partir de 2016, c’est la revendication pour la rémunération des stages, position adoptée par la FECQ et l’ASSÉ, qui commence à mobiliser les étudiant·e·s. Face à l’inaction des associations nationales sur cet enjeu, la campagne s’organise hors de leurs structures.

Lutte pour la rémunération des stages

À l’automne 2016, des éléments critiques de l’ASSÉ font désaffilier leur association étudiante au cégep Marie-Victorin. Ces personnes mettent ensuite sur pied le premier Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE). À l’image de P15, le CUTE est un réseau de comités décentralisés présents sur des campus de cégeps et d’universités. Officiellement, le CUTE n’a pas de membership ni de direction. Ses architectes opposent leur mode de fonctionnement à celui des fédérations et des associations étudiantes locales jugées trop centralistes et bureaucratiques, raison de leur incapacité politique.

Théoriquement ancré dans l’autonomisme italien, le CUTE milite pour la rémunération du travail intellectuel étudiant (salariat étudiant universel). Sa campagne principale dans le milieu étudiant est celle de la rémunération de tous les stages.

Dès le départ, le CUTE souligne que la majorité des stages non rémunérés appartiennent au domaine des services sociaux – où œuvrent principalement des femmes – tandis que ceux qui sont rémunérés se trouvent dans des domaines traditionnellement masculins comme la médecine, l’ingénierie ou l’informatique. Cet angle féministe attire plusieurs femmes qui étudient en travail social, en enseignement et en soins infirmiers. Elles prennent la tête de la campagne.

Le mouvement pour la rémunération des stages est essentiellement féminin. L’approche féministe du CUTE lui permet d’être la seule campagne qui organise et mobilise les nouvelles couches de jeunes femmes radicalisées.

À l’automne 2016, le CUTE joue un rôle dans la grève des stages menée par des étudiantes en psychologie. La grève de 3 mois se solde par le gain d’une compensation pour l’internat. La campagne s’étend dans plusieurs régions du Québec. Le 2 novembre, le CUTE rassemble une centaine de personnes à Montréal pour une manifestation sur la reconnaissance du travail étudiant.

À partir du printemps 2017, l’ASSÉ est au bord de l’implosion. D’une part, l’influence de l’identity politic sur les pratiques de l’association empoisonne les débats et paralyse l’action politique de masse. À titre d’exemple, le Comité femmes de l’ASSÉ propose de suspendre 12 associations membres (soit 30% du membership) en raison de leur absentéisme et de leur absence de campagne féministe. D’autre part, certains éléments du CUTE jouent sur le mécontentement des associations de région pour favoriser une rupture d’avec l’ASSÉ. Les militant·e·s du CUTE du cégep de Sherbrooke, également exécutant·e·s de leur association étudiante, proposent à plusieurs reprises la dissolution de l’ASSÉ en congrès.

Pour la première fois à l’appel du CUTE, des associations étudiantes représentant 30 000 étudiants votent une journée de grève pour la rémunération des stages le 16 février. Le CUTE rassemble alors quelques centaines de personnes lors d’une manifestation à Québec.

Les comités régionaux du CUTE s’organisent en région. En novembre 2017, QS fait adopter une motion d’appui aux stagiaires en enseignement à l’Assemblée nationale. Deux autres journées de grève étudiante pour la rémunération des stages sont votées. Celle du 10 novembre compte 20 000 étudiant·e·s en grève et celle du 20 février 2018, 15 000. Un mois plus tard, la ministre de l’Enseignement supérieur annonce une compensation pour le stage final en enseignement.

Le 8 mars, alors que 30 000 étudiant·e·s font grève, la manifestation du CUTE rassemble quelques centaines de personnes, essentiellement de jeunes femmes combatives.

À l’occasion des élections provinciales d’octobre 2018, le CUTE refuse de considérer la lutte politique partisane aux côtés de QS comme une option. Le réseau se coupe volontairement du front parlementaire et profite des élections pour lancer un ultimatum au futur gouvernement.

Suivant cette approche jusqu’au-boutiste, le CUTE organise une semaine de grève en novembre comme prélude à une grève générale illimitée en février 2019. Plus d’une trentaine d’associations étudiantes totalisant 58 000 membres vote au minimum une journée de grève le 21 novembre 2018. Près de 2 000 personnes se rassemblent à Montréal et 125 autres à Sherbrooke afin de manifester pour la rémunération de tous les stages. Cet enjeu bénéficie d’une couverture médiatique relativement positive et s’impose comme débat dans la sphère publique.

Depuis 2016, seule la campagne de terrain des CUTE donne une consistance politique massive au mouvement étudiant. L’ASSÉ y joue un rôle de second plan. Cette association en souffre et passe de 80 000 membres à environ 50 000 en 2018. La FECQ, l’UEQ et l’AVEQ, qui représentent respectivement 78 000, 79 000 et 42 000 membres, ne jouent aucun rôle durant les mobilisations de novembre. L’inertie politique et les problèmes financiers de l’AVEQ provoquent la désaffiliation de 2 de ses 3 associations membres en automne 2018.

Plusieurs associations étudiantes sans affiliation nationale se retrouvent isolées en terme politique et organisationnel. Cette décentralisation célébrée par les CUTE joue le jeu des fédérations étudiantes qui retrouvent leur représentativité d’antan.

Stages et tarification

À l’aube de 2019, la volonté du nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de revoir la tarification d’une série de services, notamment de transport en commun, annonce de nouveaux combats pour le mouvement étudiant. Une lutte contre une hausse des frais de scolarité et pour la gratuité scolaire pourrait réémerger. L’opposition actuelle des CUTE à ces revendications risquerait de mettre leur pertinence et leur utilité à rude épreuve. Une telle lutte offrirait la possibilité de reconsolider une association étudiante nationale combative.

Malgré l’ouverture de façade du nouveau ministre de l’Éducation, la lutte pour la rémunération de tous les stages demeure nécessaire. Le mouvement actuel peut établir un rapport de force économique important avec le gouvernement en coordonnant une grève des stagiaires. Toutefois, si certains programmes universitaires avec stage obligatoire sont déjà mobilisés, de nombreux autres ne le sont pas, notamment dans les cégeps.

La meilleure arme dont dispose le mouvement étudiant est sa capacité à déclencher une grève générale illimitée. Une GGI victorieuse implique toutefois deux conditions : mobiliser les associations étudiantes en faisant vivre leurs structures démocratiques et assurer une collaboration et une concertation nationale des associations afin d’agir simultanément.

Les CUTE sont de formidables comités de mobilisation étudiants. Leurs principes de décentralisation excluent néanmoins toute forme de représentation et de coordination nationale. Le mouvement étudiant devra reconstruire une direction politique nationale légitime, combative et démocratique afin de surmonter cette contradiction et réaliser des gains d’envergure nationale.

Une grève massive des stagiaires dans l’ensemble du Québec semble donc peu probable à l’hiver. L’absence de coordination nationale de la lutte constitue le principal obstacle à cette mobilisation de masse. Le mouvement actuel est vulnérable à la division et à la logique d’arrangements au cas par cas promu par les fédérations étudiantes.

Pour un mouvement étudiant socialiste

Seul un mouvement démocratique de grève étudiante, étendu massivement à l’échelle du Québec, soutenu par des organisations syndicales — dont celles des auxiliaires de recherche et d’enseignement — et finalement capable d’utiliser QS comme caisse de résonance à l’Assemblée nationale est en mesure de gagner son bras de fer avec le gouvernement de François Legault.

Le combat pour la rémunération de tous les stages est un jalon important de la lutte contre la précarité et la pauvreté des étudiant·e·s. Il pourrait constituer le premier mouvement de masse capable de porter un coup au gouvernement caquiste.

Le mouvement étudiant doit s’armer d’un programme socialiste s’il veut réellement mettre fin à l’exploitation et à la précarité. Cette lutte doit se mener avec la classe des travailleurs et des travailleuses, la seule force sociale capable de s’emparer du pouvoir politique et de mettre un terme aux inégalités vécues par les étudiant·e·s et l’ensemble de la population.

En plus des stages rémunérés, les étudiant·e·s ont notamment besoin d’un enseignement gratuit, accessible et de qualité. Des luttes massives de l’ensemble des travailleurs, des travailleuses et des étudiant·e·s seront nécessaires pour obtenir un refinancement public massif de l’enseignement et des services publics. La rémunération des stages doit également aller de pair avec le refinancement public du milieu communautaire qui repose notamment sur le travail non rémunéré des stagiaires. Seule une société socialiste, où la classe des travailleurs et des travailleurs a renversé le capitalisme et s’est emparée des principaux leviers politiques et économiques, peut garantir une telle amélioration de nos conditions de vie.

L’animation de comités d’Étudiant·e·s socialistes est un outil essentiel pour défendre un programme socialiste dans la base étudiante ainsi que pour gagner la direction nationale du mouvement étudiant à ce programme.

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5 conseils pour un piquet de grève réussi

Lors des journées de grèves régionales et nationales, nous allons voir les piquets de grève fleurir à travers le Québec. Comment s’assurer du bon succès de notre piquet ?

1. Mobiliser pour le piquet

Un piquet, c’est une démonstration de force. Il faut convaincre par la discussion ceux et celles qui voudraient travailler à soutenir la grève, passer du temps entre collègues pour discuter de la lutte et des mesures à prendre pour la faire progresser tout autant que de l’alternative à proposer contre l’austérité. Pour tout ça, il faut assurer la présence de tout le monde au piquet, pas seulement de deux ou trois délégué·e·s. Pour que le piquet puisse tenir un certain temps, il faut organiser un plan précisant qui vient à quelle heure. En général, le mieux est de tenir le piquet en suivant l’horaire habituel de chacun.

2. Organiser le piquet

Les actions prennent place en novembre et en décembre : il y a donc de fortes chances qu’il fasse froid et qu’il pleuve! Ce n’est pas évident de rester debout dehors toute la journée en pareilles circonstances. Le minimum est donc de prévoir de quoi faire un brasero et une tente pour s’abriter : ce sont de petites choses, mais l’action risque de tomber à l’eau sans cela. L’idée d’un piquet, ce n’est pas de venir y passer cinq-dix minutes, mais bien plusieurs heures d’affilée. En plus d’une tente et d’un feu, c’est toujours bien de penser aussi à assurer des collations et des boissons.

3. Discuter sur le piquet

Nous ne restons pas dehors toute la journée parce que ça nous amuse ; ce n’est pas non plus pour profiter du beau temps ni pour jouer au ballon. Un piquet, c’est l’occasion d’apprendre à connaître ses collègues d’une autre manière, mais, au final, nous sommes en grève pour obtenir quelque chose.

Quitte à passer plusieurs heures debout au piquet, autant que ce soit pour discuter des arguments à utiliser pour convaincre plus de camarades de s’impliquer dans le mouvement, etc. Pourquoi ne pas imprimer un tract pour les exposer?

En même temps, ce tract pourrait aussi appeler à une assemblée du personnel afin d’évaluer le mouvement et préparer la suite.

4. Aller visiter les autres piquets

Une fois que le piquet est bien installé et qu’il y a suffisamment de monde pour le tenir, cela peut être intéressant d’envoyer une délégation visiter les autres piquets aux alentours. Ces visites de solidarité peuvent servir à ce que les travailleurs·euses d’un même coin apprennent à mieux se connaître, à nouer des liens qui permettront de créer un réseau de solidarité dans un même quartier ou une même ville. Il faut évidemment aussi être prêt à bien recevoir les délégations qui visitent notre piquet pour stimuler la discussion. L’union fait la force !

5. Évaluer le piquet

Le lendemain de la grève, tous les journaux déborderont d’articles sur la grève pour évaluer les ‘‘dégâts’’ (selon eux). Mieux vaut évaluer nous-mêmes notre propre mouvement!

Le fait de convoquer une assemblée du personnel après l’action pour évaluer la grève, le piquet et les objectifs ainsi que pour préparer les prochaines étapes du mouvement constitue la cerise sur le gâteau pour un piquet réussi. Cela nous donne en même temps l’espace d’élaborer nos revendications et propositions pour les rendre plus concrètes, au niveau de l’entreprise comme du secteur.

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Pour la rémunération de tous les stages!

Au printemps dernier, plusieurs dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants en lutte pour la rémunération de tous les stages ont entamé des journées de grève ponctuelles dans une perspective d’escalade des moyens de pression. Une nouvelle phase de ce processus d’organisation est en cours. Il est de plus en plus question d’une grève générale illimitée en 2019.

Il ne fait aucun doute que l’absence de rémunération des stages est tout à l’avantage de la classe capitaliste. Les premières institutions qui bénéficient de cette aberration sont évidemment les banques qui profitent d’un endettement étudiant fortement gonflé par l’absence de salaire pour les stagiaires. De plus, la classe capitaliste bénéficie d’une main-d’œuvre supplémentaire qui doit vendre sa force de travail, souvent dans des emplois très mal payés, pour gagner de l’argent tout en effectuant des dizaines d’heures non rémunérées chaque semaine.

Une inégalité sexiste

La lutte pour la rémunération des stages a également le mérite de montrer très clairement comment s’imbriquent le capitalisme et le sexisme. Les stages non rémunérés se retrouvent principalement dans les domaines traditionnellement féminins associés aux services. Ces stagiaires effectuent du travail entièrement gratuit avec un horaire épuisant et fragilisant. Cette situation particulière a pour conséquence de pousser les étudiantes et les étudiants vers des emplois temporaires, souvent mal rémunérés où les syndicats ont de la difficulté à s’implanter. Ce n’est pas un hasard si cet aspect de lutte féministe se retrouve au cœur des assemblées générales des différentes associations étudiantes qui se dotent de mandats de grève.

Une lutte dans l’intérêt de tout le monde

Si les femmes sont les premières à bénéficier de la rémunération de tous les stages, une telle mesure est dans l’intérêt de tout le monde. La solidarité avec les étudiantes et les étudiants en lutte doit s’étendre au-delà des campus et des cégeps. Une telle solidarité peut servir de tremplin vers de nouveaux combats qui participeront à construire la conscience que nous appartenons toutes et tous à la même classe sociale. C’est ensemble que nous pourrons élaborer un projet de société exempte de toute forme d’exploitation, un projet de société socialiste.

Afin de garder nos intérêts communs bien en vue, le mouvement étudiant doit se prémunir contre un des principaux dangers qui guettent la lutte pour la rémunération de stages : la présence d’organisations et de discours « concertationistes ». Comme en 2012, ces groupes et ces individus opportunistes n’attendent que le bon moment pour s’asseoir à la table de négociation et proposer des demi-mesures telles que la rémunération de tel ou tel stage précis et présenter ces miettes comme des victoires suffisantes. En jouant sur cette corde, les représentants et les représentantes de ces groupes risquent d’affaiblir la solidarité dans le mouvement. Ces failles risquent d’être exploitées à la première occasion par l’establishment politique qui voudra opposer le camp des « respectables » et « raisonnables » à celui des « radicaux ». Il faudra rester à l’affût pour éviter la victoire de cette tendance dans le mouvement. Le meilleur moyen d’y parvenir demeure le travail de terrain : les membres des associations étudiantes doivent être au courant des enjeux, en débattre constamment et rester mobilisé·e·s.

Certes, la lutte pour la rémunération des stages ne constitue pas une fin en soi. Elle doit être vue comme un moment dans une lutte plus large, à la fois contre le capitalisme et contre le sexisme. La mobilisation sur cet enjeu a toutefois un fort potentiel pour le développement d’une conscience de classe et une conscience socialiste. Elle offre la possibilité de bâtir des solidarités nouvelles et de remettre sur pied un mouvement étudiant puissant et combatif. Les dernières années ont démontré que les étudiantes et les étudiants ont un potentiel critique très fort dans une économie capitaliste de plus en plus dépendante de la production de savoirs et où le secteur des services occupe autant de place. Il suffit d’imaginer ce que pourrait occasionner une grève générale illimitée des stages pour voir le rapport de force des étudiantes et des étudiants face aux capitalistes.

Charles C. 

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Décoloniser l’éducation autochtone

Malgré le discours de Trudeau sur le soutien aux communautés autochtones, les enfants des réserves reçoivent de 20 à 37% moins de fonds que les étudiant·e·s ailleurs au Canada, 32% des écoles des Premières Nations n’ont pas accès à de l’eau potable et seulement 39% des écoles des Premières Nations ont une bibliothèque entièrement équipée. En 2011, l’Assemblée des Premières Nations a déclaré que 47% des Premières Nations ont besoin de nouvelles écoles. Ces lacunes ont un impact énorme sur les conditions de vie future des peuples autochtones.

L’éducation est un droit issu de traités. Le gouvernement du Canada est légalement responsable de l’éducation des Premières nations.

Les Autochtones ont été tout sauf silencieux·euses face à ces carences, mais leurs demandes sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Ils et elles ont quand même persisté. Comme Chelsea Edwards, 14 ans, a déclaré : « Peut-être avez-vous entendu l’histoire de la façon dont Rosa Parks a aidé à lancer le mouvement des droits civiques. Eh bien, nous sommes les enfants qui sont assis à l’arrière de l’autobus scolaire toute notre vie. Et nous ne voulons plus rester là-bas. »

Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, en est un exemple. Les enfants ont été scolarisé·e·s dans des classes mobiles pendant 12 ans après 20 ans d’enseignement dans une école située sur un déversement de diesel toxique – trois générations d’étudiant·e·s! Pour terminer leurs études secondaires, les enfants ont été obligé·e·s de quitter leurs familles et de se rendre dans les communautés du Sud. Shannen Koostachin, de la Première Nation d’Attawapiskat, n’avait que 13 ans lorsqu’elle a quitté son domicile. Après que le gouvernement eut brisé sa promesse d’une nouvelle école, Shannen et d’autres étudiant·e·s se sont rendu·e·s à Ottawa pour réclamer une nouvelle école, ont tenu des rassemblements et sont allé·e·s à la rencontre avec des étudiant·e·s de tout le pays. Ce combat est devenu le plus important mouvement de défense des droits des jeunes dans l’histoire du Canada. En 2014, la nouvelle école primaire Kattawapiskak a été ouverte quatre ans après la mort tragique de Shannen dans un accident de voiture.

Shannen’s Dream a inspiré d’autres étudiant·e·s et communautés à se lancer dans cette lutte. Mais il faut plus que des écoles adéquates. Il y a 20 ans, les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse ont pris le contrôle de l’éducation de leurs enfants en accordant la priorité à la langue et à la culture pour donner confiance à leurs élèves. L’augmentation de la fréquentation scolaire et des diplômé·e·s du secondaire qui en a résulté a incité 14 Premières Nations du Yukon à apporter des changements similaires. En 2016, 10 communautés des Premières Nations du Manitoba ont créé un nouveau conseil scolaire autochtone intégrant la pédagogie autochtone dans les programmes.

Avec un financement adéquat et durable, les enfants des Premières Nations méritent d’avoir accès à une éducation qui les reconnecte au savoir, à la terre et aux langues autochtones.

Traduction de Decolonizing Indigenous Education d’Allie Pev et Leslie Kemp de SA Canada

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Grève Générale Illimitée 2019: Comment s’impliquer politiquement ?

Grève Générale illimitée 2019

Comment s’impliquer politiquement ?

Suite à notre article qui expliquait la nécessité de l’implication politique pour faire réussir la Grève Générale Illimitée (GGI) prévue à l’hiver 2019, nous avons décidé d’écrire un article expliquant la nature de l’engagement politique nécessaire.

Pour nous la mobilisation, et donc l’engagement politique, en faveur de la grève commence dès maintenant. C’est à dire actuellement au printemps 2018. Pour nous la mobilisation n’est qu’une longue escalade de moyen pour en arriver jusqu’à la grève générale. Nous rédigeons donc un plan d’action détaillant les diverses phases de la mobilisation. Nous convions toutes les forces progressistes en faveur de la rémunération des stages à s’en inspirer et à essayer de mettre en application ses revendications.

Phase 1 : Printemps 2018

Pour nous la phase un se déroule actuellement au printemps 2018. Si certaines tâches ne sont déjà plus applicables (en raison de la fermeture des universités), nous conseillons de les reporter à l’automne. À l’heure actuelle, les simples résolutions de soutien à la rémunération/compensation des stages ne sont plus suffisantes. Il est temps, nous l’avons déjà assez dit, de s’impliquer politiquement. Notamment (et surtout) pour les associations étudiantes. S’impliquer exige de passer à l’action pratique, or passer à l’action pratique exige de choisir une tactique. La simple position en faveur de la rémunération/compensation n’engage pas à une tactique bien précise. Deux tactiques s’opposent. La tactique à base de concertation pacifique prônée par l’UEQ, est une tactique qui ne vise que la compensation1 de certains stages. En revanche, la tactique des coalitions régionales pour la rémunération des stages2, repose sur le syndicalisme de combat puisqu’elle entend créer un rapport de force pour faire plier l’État et le gouvernement. Les simples déclarations de soutien à la rémunération/compensation sont dépassées. Elles ne se fixent pas un objectif clair, elles n’adoptent aucune tactique claire, elles ne définissent aucun allié clairement identifiable, elles tergiversent, mais pire elles n’engagent à aucune action.

La première phase consiste donc à adopter de nouveaux mandats. Des mandats de soutien à la Grève Générale Illimitée 2019. Cela fixe un objectif clair, une tactique précise, et des alliés définis, mais surtout cela engage à une action.

C’est pourquoi nous pensons que les associations devraient adopter (à peu près) les mandats suivants, afin de déclarer leur soutien à la grève générale et de permettre d’atteindre le plancher fixé de 20 000 grévistes dans trois régions :

  • Que l’association se fixe pour objectif la rémunération des stages d’ici 2019
  • Que l’association rejoigne sa coalition régionale locale pour la rémunération des stages
  • Que l’association entame immédiatement une campagne d’agitation-propagande en faveur de la rémunération des stages afin de mobiliser la masse étudiante
  • Que l’association lance dès l’automne un ultimatum au nouveau gouvernement pour la rémunération des stages
  • Que l’association organise des assemblées générales de grève à l’automne pour le 10 novembre (journée internationale des stagiaires) et la semaine du 19 novembre.
  • Que l’association organise des assemblées générales de grève pour partir en grève générale illimité à l’hiver 2019 si ses exigences ne sont pas reconnues.

Faute de tels mandats, l’association serait condamnée à une politique attentiste et à des dérives opportunistes.

La tâche principale du printemps est donc l’adoption de tels mandats. Pour les faire adopter, il faut faire signer des convocations d’AG aux membres afin de discuter la rémunération des stages. Ces mandats doivent être à l’ordre du jour. Pour cela, des tables sur les campus et des tournées de classes doivent être organisées (il faut donc impérativement se procurer un plan des cours et des horaires). Par la suite d’âpres débats devront être menés pour que les mandats soient adoptés tels quels.

Les partisans inconditionnels de la rémunération des stages doivent donc se regrouper dans des comités pour la rémunération des stages (qui existent déjà). Ainsi les partisans pourront combiner leur force, travailler leurs argumentaires, produire du matériel d’agit-prop et lutter contre les forces réactionnaires que représentent les associations bureaucratiques (UEQ, FECQ, FAECUM, CADEUL, etc.), et les exécutifs de droite ou centristes.

Phase 2 : Automne 2018

Pour nous, la seconde phase est la phase qui consiste à donner à la GGI les moyens de ses ambitions. Il s’agit de fournir à la grève toutes les ressources qui lui permettront de réussir.

Cette phase marque donc une lutte pour la direction du mouvement étudiant. Deux directions s’opposent ; la grève générale ou le statu quo. Il y a clairement des partisans du statu quo et des partisans de la grève générale. Leurs intérêts sont inconciliables, il ne peut y avoir à la fois grève générale et absence de grève générale. Il est donc important de faire élire une direction composée exclusivement de partisans reconnus et déclarés de la rémunération des stages et de la GGI 2019. Pourquoi, parce qu’on ne peut pas se permettre le luxe de sabotage intérieur de la grève comme nous l’avons vu en 2012 et 2015 en de nombreuses occasions. On nous accusera de vouloir prendre le pouvoir, c’est bien ce que nous voulons. Nous voulons que le pouvoir soit entre les mains des partisans de la grève et non entre les mains de ses ennemis. Si une association est en faveur de la grève, il est logique que ses exécutants le soient. Il est aussi logique que les exécutants soient le reflet des intérêts de la base. Et puis cette direction est élue démocratiquement au contraire de la direction des établissements scolaires dont on sait qu’elle jouera un rôle réactionnaire et antigrève.

Les partisans de la grève doivent donc se regrouper et s’assurer de mettre des partisans de la grève à la direction de leur association. Les mandats en faveur de l’agitation et de la rémunération doivent être pris avant pour fournir une base aux candidats progrève, leur permettant de devenir les exécutants fidèles des revendications étudiantes. Ces mandats doivent décourager les candidats briseurs de grève.

L’automne, c’est aussi l’occasion d’organiser les premières grèves. C’est l’occasion d’aguerrir tous les inexpérimentés et les nouveaux venus à la grève. Ces journées de grèves sont des vecteurs de politisation. Depuis 4 ans sans grève générale, il est temps de former les étudiants à leurs premières grèves et à leurs premières manifestations, il est temps de leur faire acquérir l’expérience combative de la lutte syndicale étudiante. La participation aux AG, aux actions de grève et aux manifestations se doit d’être massive. Les étudiants y acquerront l’expérience qui leur permettra d’agir lors de la grève. L’agitation et la propagande doivent s’intensifier non seulement sur l’enjeu de la rémunération, mais sur la tactique de la grève elle-même et finalement sur la nécessité d’une remise en cause profonde de l’institution académique au sein du capitalisme et de la société bourgeoise. Cette période doit gagner les gens à la grève illimitée.

Phase 3 : Hiver 2019

La troisième phase est la phase de la grève générale proprement dite. Ici il s’agit de tenir les assemblées générales de grève illimitée et d’y remporter le vote. Mais une fois la grève générale déclenchée, il convient de la maintenir.

Pour maintenir la grève générale, nous proposons la création de comités de grève au sein des associations étudiantes. Ces comités ont pour but de maintenir la grève et de coordonner les diverses actions de perturbation économique qui serviront de moyen de pression.

La période de la grève générale proprement dite est marquée par le plus haut niveau de conscience et d’engagement politique de toute l’escalade de la mobilisation. Ce haut niveau d’engagement et de mobilisation permet la création d’institutions de grève et l’emploi de stratégie qui ne seraient pas possibles autrement. La grève permet aussi de décharger les étudiants du poids de leur cours, ce qui permet l’implication des masses dans le mouvement. Cela permet aussi l’implication des franges prolétariennes et prolétarisées de la masse étudiante (c’est à dire des salariés et travailleurs étudiants) qui sont plus résolues, mais dont l’action politique est entravée par la surcharge de travail et d’étude.

La grève générale permet donc d’augmenter à la fois le tirage et la fréquence de la presse étudiante. En plus de la presse étudiante nationale, il est important de diffuser sous forme de bulletin ou de journal, une presse d’information et d’échange auprès des étudiants. Cela contribuera à forger une opinion publique, qui permet à la fois de diffuser les tactiques, mais aussi de faire vivre le débat au sein des associations et donc d’adapter le cours de la grève à la réalité du moment.

Le niveau de conscience et de mobilisation élevé, propre à la période de la grève, permet selon nous de lancer le mot d’ordre « d’occupation des campus ». L’expérience du mouvement actuel montre que l’occupation des cégeps et des universités se produit lorsque la grève atteint un certain niveau (mai 68 par exemple). À partir de ce moment, le maintien des occupations se doit de devenir l’impératif des comités de grève. Il s’agit d’utiliser les locaux des campus comme base pour des actions politiques. L’occupation peut être aussi maintenue en utilisant les salles de cours abandonnées pour y tenir des débats, des discussions, des exposés et des conférences. On peut aussi s’en servir pour des réunions de coordination. Cela permet de se réapproprier les espaces étudiants pour défaire les logiques bourgeoises et introduire de nouvelles pratiques révolutionnaires. La grève générale se doit d’être générale, elle doit être un vecteur de politisation pour la masse des étudiants. Elle ne peut être confisquée par une petite clique de révolutionnaires autoproclamés sans être condamnée à l’asphyxie.

Les syndicats ou associations étudiantes ont le défaut d’avoir en quelque sorte des membres qu’ils n’ont pas. En effet, nul ne choisit d’adhérer soi-même à une association étudiante, tous sont incorporés de facto. Une association disposant de 5000 membres ne dispose donc pas d’autant de membres qu’un parti de 5000 membres. Pour remédier à cette situation, nous suggérons de créer des coordinations pour les différents programmes (pour les cégeps) et de politiser massivement, c’est-à-dire d’investir avec des partisans de la grève, les associations modulaires départementales, leurs exécutifs et leurs comités (une lutte qui s’effectue déjà sous la deuxième phase). Nous conseillons aussi de diviser les étudiants en cellules de 3 à 5 personnes afin de disposer réellement des effectifs dont disposerait un parti avec le même nombre de militants. Nous recommandons aux étudiants mobilisés et conscients de se constituer en cellule afin de mener réellement la lutte. De telles cellules étudiantes répondront certes aux appels de leur exécutif associatif modulaire départemental, facultaire, générale ou nationale avec plus de vigueur que si elles ne s’étaient pas constituées. Mais leur existence leur permet d’entreprendre une politique autonome dans l’intervalle des grandes actions unitaires. Cela permet d’acquérir une expérience qui va de la connaissance théorique au savoir-faire pratique. Cela permettra aussi de décupler les actions et les luttes. On pourra ainsi réellement épouser une pluralité de tactiques nécessaires plutôt qu’une diversité de tactiques contradictoires3. Cela permet aussi l’implication réelle de la masse et donc l’action de masse, seule capable de faire plier le gouvernement.

En guise de mot d’ordre

Nous présentons donc une base de plan d’action qui puisse servir d’ébauche à toute planification future de la grève illimitée. Nous rédigeons cette ébauche sur la base de principes généraux qui ont été acquis par le mouvement contestataire étudiant et qui ont fait son succès au cours des années précédentes. Nous n’écrivons pas de plan à base d’action particulière à mener, mais sur la base de principes qui présideront à la rédaction de tels plans d’action particuliers et concrets. Nous espérons par-là apporter une expérience révolutionnaire et socialiste au mouvement étudiant (qui a lui-même longtemps bénéficié de l’implication et de l’expérience des communistes). Il s’agit donc d’une contribution aux nombreux débats au sein de la gauche et de l’extrême gauche étudiante, qui avec nos autres articles sur le sujet, pourront servir de base d’unité d’action à l’ensemble plus large de tout le mouvement étudiant et des partisans de la rémunération des stages.

ASC

 

  1. Compensation cela signifie que les stagiaires ne seront ni couverts par les normes du travail, ni par une convention collective et qu’ils n’auront aucune possibilité de se syndiquer. Un stagiaire dans la fonction publique ne bénéficiera pas non plus des avantages du statut de fonctionnaire. En plus les stagiaires pourront être compensés sous le salaire minimum.
  2. C’est cette campagne qui inclut les comités unitaires sur le travail étudiant.
  3. Mais aussi de réaliser réellement et pratiquement ce qui est contenu en germe de manière informe et protéiforme sous le mot d’ordre de diversité des tactiques. Ce que nous voulons dire, c’est que c’est probablement cela qu’entendent ceux qui prônent la diversité des tactiques. Or cette forme de pluralité tactique a l’avantage de s’effectuer à l’intérieur du cadre du centralisme démocratique, puisque les actions unitaires centralisées ne sont pas supprimées, mais au contraire renforcées par l’existence de cellules de bases servant à l’application de la tactique collective, commune et unitaire. En somme les avantages escomptés sans les désavantages rencontrés de la diversité des tactiques.

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Congrès de Projet Montréal : Des élus gêné·e·s par les militant·e·s pour le 15$/h

Une douzaine de militant·e·s issu·e·s de la campagne 15plus.org d’Alternative socialiste et des comités d’action pour le 15$/h ont interpellé les membres de Projet Montréal rassemblé.e.s en congrès le 29 avril. Rassemblé.e.s devant l’entrée, les militant.e.s ont dénoncé le recul du parti sur la question du salaire minimum à 15$/h.

Visiblement irrité·e·s par les militant·e·s, les responsables de l’organisation du congrès ont fait appel aux agents de sécurité pour évaluer la situation. Des patrouilles policières ont également eu les militant.e.s à l’œil. Les militant.e.s ont dû s’en tenir à passer leurs tracts hors du bâtiment du congrès, par le temps pluvieux. Plusieurs congressistes ont d’ailleurs manifesté leur indignation face à cette mise à l’écart. « Vous devriez avoir votre table à l’intérieur! », ont lancé plusieurs personnes aux militant·e·s.

Gêne chez des élu·e·s

Certain·e·s élu·e·s ont bien pris soin d’éviter cette action pour le 15$/h. C’est notamment le cas de la mairesse d’arrondissement Giuliana Fumagali et de sa conseillère Rosannie Filato. Ces dernières ont pourtant donné leur appui à la campagne pour le 15$/h lors de leur visite au Comité d’action de Côté-des-Neiges pour le 15$/h durant la dernière campagne électorale.

Même évitement du côté du conseiller de Verdun, Luc Gagnon. Ce dernier a pourtant rencontré plusieurs fois les membres du Comité d’action du Sud-Ouest pour le 15$/h. Il s’est vu contraint d’appuyer du bout des lèvres la revendication du 15$/h après son adoption dans la plateforme de Projet Montréal. Les différentes positions sur le 15$/h contenues dans la plateforme ont d’ailleurs été proposées par des militant·e·s de la campagne 15plus.org.

La mairesse Valérie Plante et d’autres conseillers et conseillères ont bâti un certain capital politique sur l’enjeu du 15$/h durant les dernières élections. Lors du congrès, plusieurs membres de Projet Montréal sont intervenu·e·s pour rappeler l’engagement de la mairesse Plante en faveur du 15$/h minimum pour les employé·e·s et sous-traitants de la ville.

Certain·e·s élu·e·s ont répondu laconiquement que cet enjeu était toujours sur la table. Aucun détail ni garantie sur l’étude du 15$/h minimum en commission n’ont été donné, encore moins sur l’échéance de l’implantation du 15$/h.

La plupart des congressistes étaient sensibles aux demandes des militant·e·s.

Revendications

Les membres de la campagne 15plus.org et des comités d’actions de quartiers demandent que de manière la plus rapide possible, l’administration Plante :

● adopte et annonce un échéancier d’implantation du 15$/h;
● fasse pression sur le gouvernement du Québec et les futur·e·s élu·e·s provinciaux pour l’adoption du 15$/h minimum à l’échelle du Québec;
● charge la commission sur le développement social et celle sur le développement économique d’étudier la question du 15$/h.

Les membres d’Alternative socialiste et de la campagne 15plus.org vont continuer de faire pression sur Projet Montréal pour défendre les intérêts des travailleurs et travailleuses à bas salaire de Montréal. Ces personnes ont besoin d’une hausse du salaire minimum immédiatement. Le loyer et l’épicerie doivent se payer maintenant, pas en 2022.

Les travailleurs et travailleuses ont besoin d’élu·e·s qui défendent leurs intérêts, pas ceux des patrons et des banquiers. Notre classe sociale a besoin de s’emparer du pouvoir pour faire tomber le système capitaliste actuel basé sur la reproduction des inégalités. C’est la lutte pour des politiques socialistes qui nous permettra de bâtir une société où les besoins de tout le monde seront comblés.

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