Les socialistes et le mouvement ouvrier contre Thatcher

Le mouvement ouvrier de Liverpool a résisté aux politiques d’austérité du gouvernement conservateur de Margaret Thatcher. En gagnant une majorité au conseil municipal de Liverpool, appuyé par un mouvement de masse et des grèves générales, les élu.es travaillistes de Liverpool ont refusé d’effectuer des coupures dans les budgets municipaux imposés par le gouvernement Thatcher et sont allé.es de l’avant avec un budget des besoins (needs budget). Plutôt qu’imposer des coupures, les classes populaires de Liverpool ont répondu en créant des logements, de l’emploi et construits des infrastructures dont elles avaient besoin.

Comme le mentionne, Tony Mulhearn, conseiller municipal de Liverpool de 1984 à 1987 et membre de The Militant: «Nous avons traduit le socialisme, dans le langage de l’emploi, du logement et des services publics.» Et ça a marché! Le mouvement de Liverpool a non seulement améliorer la vie quotidienne de centaines de milliers de personnes, mais a également tracé la voie pour construire le plus important mouvement responsable de la chute de Margaret Thatcher d’abord, et du gouvernement conservateur peu de temps après avec le All Britain Anti-Poll Tax Federation.

Étudiant·e·s vous invite à participer à une conférence-discussion sur une histoire méconnue du mouvement ouvrier, qui pourtant nous éclaire sur les enjeux politiques du moment : Comment combattre un gouvernement de droite? Quel rôle les socialistes révolutionnaires y ont joué? Comment les groupes populaires et le mouvement syndical ont participé à ces luttes? Quelles ont été les réactions de la droite du parti travailliste et des conservateurs?

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5 conseils pour un piquet de grève réussi

Lors des journées de grèves régionales et nationales, nous allons voir les piquets de grève fleurir à travers le Québec. Comment s’assurer du bon succès de notre piquet ?

1. Mobiliser pour le piquet

Un piquet, c’est une démonstration de force. Il faut convaincre par la discussion ceux et celles qui voudraient travailler à soutenir la grève, passer du temps entre collègues pour discuter de la lutte et des mesures à prendre pour la faire progresser tout autant que de l’alternative à proposer contre l’austérité. Pour tout ça, il faut assurer la présence de tout le monde au piquet, pas seulement de deux ou trois délégué·e·s. Pour que le piquet puisse tenir un certain temps, il faut organiser un plan précisant qui vient à quelle heure. En général, le mieux est de tenir le piquet en suivant l’horaire habituel de chacun.

2. Organiser le piquet

Les actions prennent place en novembre et en décembre : il y a donc de fortes chances qu’il fasse froid et qu’il pleuve! Ce n’est pas évident de rester debout dehors toute la journée en pareilles circonstances. Le minimum est donc de prévoir de quoi faire un brasero et une tente pour s’abriter : ce sont de petites choses, mais l’action risque de tomber à l’eau sans cela. L’idée d’un piquet, ce n’est pas de venir y passer cinq-dix minutes, mais bien plusieurs heures d’affilée. En plus d’une tente et d’un feu, c’est toujours bien de penser aussi à assurer des collations et des boissons.

3. Discuter sur le piquet

Nous ne restons pas dehors toute la journée parce que ça nous amuse ; ce n’est pas non plus pour profiter du beau temps ni pour jouer au ballon. Un piquet, c’est l’occasion d’apprendre à connaître ses collègues d’une autre manière, mais, au final, nous sommes en grève pour obtenir quelque chose.

Quitte à passer plusieurs heures debout au piquet, autant que ce soit pour discuter des arguments à utiliser pour convaincre plus de camarades de s’impliquer dans le mouvement, etc. Pourquoi ne pas imprimer un tract pour les exposer?

En même temps, ce tract pourrait aussi appeler à une assemblée du personnel afin d’évaluer le mouvement et préparer la suite.

4. Aller visiter les autres piquets

Une fois que le piquet est bien installé et qu’il y a suffisamment de monde pour le tenir, cela peut être intéressant d’envoyer une délégation visiter les autres piquets aux alentours. Ces visites de solidarité peuvent servir à ce que les travailleurs·euses d’un même coin apprennent à mieux se connaître, à nouer des liens qui permettront de créer un réseau de solidarité dans un même quartier ou une même ville. Il faut évidemment aussi être prêt à bien recevoir les délégations qui visitent notre piquet pour stimuler la discussion. L’union fait la force !

5. Évaluer le piquet

Le lendemain de la grève, tous les journaux déborderont d’articles sur la grève pour évaluer les ‘‘dégâts’’ (selon eux). Mieux vaut évaluer nous-mêmes notre propre mouvement!

Le fait de convoquer une assemblée du personnel après l’action pour évaluer la grève, le piquet et les objectifs ainsi que pour préparer les prochaines étapes du mouvement constitue la cerise sur le gâteau pour un piquet réussi. Cela nous donne en même temps l’espace d’élaborer nos revendications et propositions pour les rendre plus concrètes, au niveau de l’entreprise comme du secteur.

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Les socialistes révolutionnaires dans les partis de gauche, d’hier à aujourd’hui

Les socialistes révolutionnaires ne sont pas des gérant·e·s d’estrades. Le principal objectif d’une organisation révolutionnaire n’est pas de parler de socialisme de façon abstraite, mais de le faire vivre par son intervention dans la lutte de classe en cours. Par exemple, combattre les dérives électoralistes et réformistes dans Québec solidaire est un travail révolutionnaire. Mais uniquement le dire dans nos publications est insuffisant : il faut aider à la construction de ce parti et pousser des lignes politiques qui concourent à l’atteinte de notre objectif principal, soit la création d’un parti de masse des travailleurs·euses, préalable nécessaire pour une révolution socialiste victorieuse.

En tant que socialistes, nous prônons la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière pour renverser la domination de la bourgeoisie et construire une société socialiste. Le premier réflexe que nous devons donc avoir en tout temps est : où sont la classe ouvrière et les forces anticapitalistes en ce moment et comment pouvons-nous intervenir ? Il faut donc regarder toutes les initiatives politiques de la classe avec une grande attention. Plusieurs moments dans notre histoire témoignent de cela et permettent d’expliquer l’attitude que nous avons par rapport à Québec solidaire aujourd’hui.

Lénine et le Labour Party

Dans « la maladie infantile du communisme (le gauchisme) », Lénine donne trois conseils aux communistes anglais·es : 1) unifiez vos organisations en un seul parti communiste (PC); 2) participez aux élections; 3) faites un « accord électoral » avec le Labour Party en vue des prochaines élections. Évidemment, à condition de pouvoir dénoncer la direction réformiste du Labour [1], c’est-à-dire avoir une liberté de critique.

Ce livre est publié quelques mois avant l’ouverture du IIe congrès de l’Internationale communiste. La position adoptée va plus loin et dit clairement que le Parti communiste doit adhérer au Labour Party. Durant les débats, Lénine y déclare : « Dans ces conditions, ce serait commettre une erreur que de ne pas s’affilier à ce parti ». Il termine son discours ainsi : « Si le Parti communiste anglais commence par agir révolutionnairement au sein du Labour Party et si les Henderson se voient contraints de l’exclure, ce sera une grande victoire du mouvement ouvrier communiste et révolutionnaire de Grande‑Bretagne [2] ».

À sa fondation, le Parti communiste de Grande-Bretagne avait environ 10 000 membres. Le Labour Party, plus de 4 millions. Le Labour était LE parti de la classe ouvrière anglaise. Il avait un programme socialiste [3] et une structure fédérative où il était possible d’adhérer en tant que groupe (parti ou syndicat) dans la structure du parti.

L’idée derrière l’adhésion était d’organiquement lier le parti révolutionnaire avec le parti de la classe ouvrière et de combattre le monopole de la direction réformiste sur le mouvement ouvrier. Cela répondait également à des objectifs politiques précis soit le potentiel développement d’une crise révolutionnaire advenant une victoire électorale du Labour.

Dans les faits, le Labour n’a jamais accepté l’adhésion du PC, mais l’odieux de la division de la classe ouvrière était porté par la direction réformiste et non par les communistes.

De l’opposition de gauche à la création de la Quatrième Internationale

Au Ve congrès de l’Internationale communiste (1924), l’influence de Staline et le poids de la bureaucratie se font de plus en plus sentir. L’idée du « socialisme dans un seul pays » adopté lors du XIVe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (1925) entre de plus en plus en contradiction avec les intérêts de la « révolution mondiale » prônée au début des années 1920. Se constituent donc dans presque tous les PC, des groupes qui vont se nommer « opposition de gauche [4] ». Ceux-ci regroupent tous les éléments critiques des politiques staliniennes et y mènent des luttes de lignes dans les partis communistes.

Ces groupes se font exclure en 1933, mais ce n’est qu’en 1938 que sera créée la IVe Internationale. Encore là, le poids de la division repose sur les bureaucrates staliniens et non sur les socialistes révolutionnaires. La simple chronologie des faits démontre à quel point la rupture organisationnelle ne se fait pas à la légère et ne se réalise pas uniquement sur des désaccords politiques, mais en fonction de plusieurs autres facteurs, dont le rapport de force global.

Après l’exclusion de l’opposition de gauche d’avec les organisations staliniennes, le premier réflexe de Trotsky et de ses partisan·ne·s est de trouver un nouveau point de contact politique avec la classe ouvrière. Ils le trouvent dans les partis révolutionnaires avec des assises prolétariennes et critiques du stalinisme. Trotsky identifie clairement une tendance qui ne fait que prendre de l’ampleur au cours des années trente.

En France, les bolcheviks-léninistes vont littéralement entrer dans la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) et vont plus particulièrement travailler en étroite collaboration avec la tendance Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert. Les bolcheviks-léninistes vont, par exemple, jouer un rôle de premier plan dans la construction des groupes d’autodéfense du Parti socialiste contre les organisations fascistes [5]. Ils se font exclure, avec les militant·e·s de la Gauche révolutionnaire, en 1938, et vont fonder ensemble l’éphémère Parti socialiste ouvrier et paysan, qui disparaît en 1940 sous l’occupation allemande.

La question fut également posée en Espagne, où la section espagnole de l’opposition de gauche animée par Andreu Nin [6] (Gauche Communiste Espagnole) décide de créer un nouveau parti politique, le POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste). Nin prônait la création d’un nouveau parti et Trotsky militait en faveur de l’entrée des bolcheviks-léninistes dans l’aile jeunesse du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). En pleine révolution espagnole, l’aile jeunesse du PSOE se radicalisait et contestait de plus en plus sa direction réformiste. L’idée de Trotsky était d’intervenir directement dans ce processus et non pas de s’en isoler par la création d’un énième parti comme le soutenait Nin. La décision de créer le POUM sans planifier d’intervention consciente vers l’aile jeune du PSOE a été une erreur importante et a laissé le champ libre aux stalinien·ne·s pour imposer sa politique d’alliance avec la bourgeoisie républicaine. Le slogan du PCE à l’époque était « république d’abord, révolution ensuite »…

Lorsque les groupes de l’opposition de gauche ont été exclus, le premier réflexe n’a donc pas été de faire cavalier seul, mais de s’orienter vers l’aile gauche de la social-démocratie en processus de radicalisation dans les années trente. La position de Trotsky était claire. Bien qu’il soit nécessaire d’avoir un parti révolutionnaire discipliné avec un programme politique cohérent, rien n’interdit que ce parti intervienne dans les partis de masse. Au contraire, la contestation du monopole des directions réformistes sur les mouvements de masse est l’une des fonctions du parti révolutionnaire [7].

Éviter le sectarisme et l’opportunisme : Du « Open Turn debate » au « Scottish Debate »

C’est donc en suivant pleinement cette ligne que les camarades de The Militant ont été, pendant plus de 20 ans, la colonne vertébrale révolutionnaire du Labour Party jusqu’à leur expulsion définitive au milieu des années 1980. Plusieurs militant·e·s se font expulser les un·e·s après les autres durant cette décennie, mais la rupture définitive ne survient réellement que lors de l’épisode de la Poll Tax au début des années 1990. Où malgré son opposition en principe, le Labour Party collectait la taxe dans les municipalités où il était au pouvoir, taxe injuste pourtant ouvertement boycottée par la majorité de la classe ouvrière.

À mesure que les partis traditionnels de la classe ouvrière adoptent, les uns après les autres, le libéralisme économique, les sections du CIO lancent dans les années 90 le mot d’ordre de la création de nouveaux partis de masse de la classe ouvrière [8] et le CIO a été partie prenante de ces processus un peu partout dans le monde.

C’est sur cette question qu’un débat a eu lieu entre la section écossaise et les autres sections du CIO dans le monde. À la fin des années 1990, la section écossaise décide de lancer un parti large regroupant plusieurs tendances politiques anticapitalistes. Le CIO est d’accord avec cette initiative, mais pas au prix de sacrifier l’organisation révolutionnaire. Ce débat est plus connu sous le nom de « Scottish Debate ». La majorité de la section écossaise décide malgré tout d’aller de l’avant, ce qui conduit à la liquidation de la section du CIO dans le parti large et lorsque ce dernier fait naufrage il a fallut reconstruire l’organisation révolutionnaire en Écosse.

Le parti révolutionnaire doit construire et intervenir dans les mouvements larges de la classe ouvrière sans abandonner son programme révolutionnaire. C’est ce nous appelons la double tâche [9]. L’un ne va pas sans l’autre. La relation est dialectique. Le parti révolutionnaire ne doit pas être isolé de la lutte de classe réelle, ainsi nous apprenons de ces luttes et prenons le pouls de la classe. Mais en même temps, par la participation concrète de nos cadres dans les luttes quotidiennes de la classe ouvrière, nous permettons à ces mouvements de se radicaliser en y défendant une position de classe claire.

Les socialistes révolutionnaires et Québec solidaire

À la lumière de cette tradition, comment pouvons-nous analyser notre intervention dans Québec solidaire ? Pour reprendre les mots de Trotsky : « il faut savoir où on trouvera des points de contact dans la conscience de larges cercles de travailleurs·euses. Il faut établir des relations adéquates avec les organisations de masse » [10].

Au Québec, en 2018, où sont ces points de contact? Évidemment, dans les syndicats et le mouvement étudiant, cela ne fait aucun doute. Mais nous ne pouvons nier que Québec solidaire est également un lieu de convergence important des militants·e·s anticapitalistes qui comprennent l’importance du pouvoir politique. La composition sociale de QS est hétérogène, mais une partie de plus en plus importante de militant·e·s syndicaux et de travailleurs·euses s’y retrouvent. Plusieurs éléments de son programme nous permettent d’avoir une discussion politique sérieuse avec les gens sur les contradictions du système capitaliste. Il faut voir QS comme un processus historique, la première expérience durable d’une réelle gauche politique au Québec. En tant que militant·e·s révolutionnaires, ne pas participer à ce combat du mieux qu’on peut serait une grossière erreur.

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Notes

[1] Lénine, La maladie infantile du communisme (le gauchisme), Pékin, 1976, p.84.
[2] Lénine, Discours sur l’affiliation au Labour Party de Grande-Bretagne, II° congrès de l’Internationale communiste, 6 août 1920.
[3] La Clause IV fut adoptée en 1918 et « la nationalisation des moyens de production, de distribution et d’échange » fut retirée en 1995. La Clause IV se lisait comme suit : « To secure for the workers by hand or by brain the full fruits of their industry and the most equitable distribution thereof that may be possible upon the basis of the common ownership of the means of production, distribution and exchange, and the best obtainable system of popular administration and control of each industry or service. » Miliant Labour, What is socialism ?: The debate on clause IV, Militant Labour, London, 1994, p.3.
[4] Max Shachtman, The History and Principles of the Left Opposition, New Park Publications, London.
[5] Matthias Bouchenot, Tenir la rue : L’autodéfense socialiste (1929-1938), Libertalia, Paris, 2014.
[6] Andreu Nin secrétaire de la CNT, délégué de la CNT lors des congrès de la IIIe Internationale, membre fondateur et dirigeant de l’Internationale syndicale rouge. Membre de l’opposition dès 1926 en Russie. Assassiné le 20 juin 1937 par la police stalinienne.
[7] « While it is necessary for the revolutionary party to maintain its independence at all times, a revolutionary group of a few hundred comrades is not a revolutionary party and can work most effectively at present by opposition to the social patriots within the mass parties. In view of the increasing acuteness of the international situation, it is absolutely essential to be within the mass organizations while there is the possibility of doing revolutionary work within them. Any such sectarian, sterile, and formalistic interpretation of Marxism in the present situation would disgrace an intelligent child of ten ». Leon Trotsky, Interview on British Problems, Summer 1936, p.382. [En ligne]
https://rosswolfe.files.wordpress.com/2015/05/leon-trotskii-collected-writings-1935-1936.pdf
[8] Marxists and the British Labour Party : The Open Turn debate, «Thesis on the former workers’ parties and our tactics, Resolution Three (October 1998), Seventh World Congress of the Committee for a Workers’ International»,[En ligne] http://www.marxist.net/openturn/other/index.html
[9] Party, Programme, Reformism and the International – the Scottish debate, «The Platform of the Minority Faction
International Socialist Movement (Scotland) », 11 avril 2000, [En ligne] http://marxist.net/scotland/aug2000/index.html
[10] La citation mérite d’être citée intégralement : « Les événements révolutionnaires passent toujours et inéluctablement par-dessus les têtes de toutes les sectes. On peut, au moyen d’une littérature propagandiste, si elle est bonne, éduquer les premiers cadres, mais on ne peut pas gagner l’avant-garde prolétarienne qui ne vit ni dans un cercle ni dans une salle de classe, mais dans une société de classe, dans une usine, dans les organisations de masses, une avant-garde à laquelle on doit savoir parler dans le langage de ses expériences. Les cadres propagandistes les mieux préparés ne peuvent que se désintégrer s’ils n’entrent pas en contact avec la lutte quotidienne des masses. L’attente des bordiguistes que les événements révolutionnaires poussent d’eux-mêmes les masses vers eux en récompense de leurs idées “justes” est la plus cruelle de leurs illusions. Pendant les événements révolutionnaires, les masses ne cherchent pas l’adresse de telle ou telle secte, mais passent par-dessus. Pour grandir plus vite pendant la période de flux, pendant la période préparatoire, il faut savoir où on trouvera des points de contact dans la conscience de larges cercles de travailleurs. Il faut établir des relations adéquates avec les organisations de masse. Il faut trouver le point de départ juste, correspondant aux conditions concrètes de l’avant-garde prolétarienne dans la personne des divers groupes. Et, pour cela, il faut non seulement ne pas se prendre pour un palliatif en guise du nouveau parti, mais seulement pour l’instrument de sa création. En d’autres termes, tout en préservant intégralement une intransigeance de principe, il faut se libérer radicalement des résidus sectaires qui nous restent comme héritage de la période purement propagandiste. » Léon Trotsky, La situation présente dans le mouvement ouvrier et les tâches des bolchéviks-­léninistes, Octobre 1934, [En ligne] https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/10/lt19341000.htm

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1er mai 2015 : Bilan et perspectives de la lutte contre l’austérité

« Nous, les gens que vous essayez de piétiner, nous sommes tous ceux dont vous dépendez. Nous sommes ceux-là mêmes qui vous blanchissent votre linge, vous préparent votre nourriture, vous servent à dîner. Nous veillons sur vous pendant que vous dormez. Surtout…ne nous faites pas chier ! »
– Tyler Durden, Fight Club

Cette citation du film Fight Club résume bien l’ambiance qui nous a animé pendant les actions du 1er mai dernier. Pour une rare fois, le mouvement syndical a laissé de côté ses défilés, avouons-le souvent mornes, pour déranger de façon créative l’ordre établi.

Cette journée-là, le mouvement syndical n’a pas eu à rougir devant le dynamisme du mouvement étudiant. Il nous a montré un sérieux aperçu du potentiel qu’il renferme. Aucune autre organisation ou mouvement n’aurait eu la capacité d’organiser une journée de cette ampleur. Rien d’autre que lui ne mobilise le « monde ordinaire ». En tant que seule organisation de masse dont nous disposons, la contestation contre le gouvernement passe obligatoirement par le mouvement syndical.

Une journée de perturbation réussie

Cette journée de perturbation nous a démontré que oui, le monde ordinaire peut mener des actions directes et que oui, le mouvement syndical peut encore grogner et contester le pouvoir de l’argent.

Il y a eu des activités dans plus de 35 municipalités et des piquets symboliques dans plus de 100 lieux de travail. Plusieurs autoroutes ont été bloquées dans toutes les régions du Québec. Les travailleurs-euses ont laissé passer les automobilistes en les sensibilisant sur les mesures d’austérité, mais ont bloqué le passage aux camions de marchandises. Sauf de rare exception, les automobilistes ont compris ce qui se passait et ont sympathisé avec le mouvement.

Plusieurs occupations simultanées ont également eu lieu, notamment devant le chantier du CHUM, à l’intérieur du Centre de commerce mondial, dans le Hall de Québecor ainsi que dans une vingtaine de banques du quartier des affaires et de Westmount. La consigne était de quitter les lieux dès l’avis d’éviction de la police. Malgré cette attitude de non-confrontation, les policier-ères ont semblé ne plus savoir où donner de la tête. Leur arrivée a pu prendre plus d’une demi-heure dans certains cas.

Simultanément, plus de 800 organisations étaient en grève, principalement des groupes communautaires. Près de 40 000 étudiant-es ont également débrayé-es. Une journée de grève de 24h a été votée dans plus d’une dizaine de CÉGEPS. Une demi-journée de grève s’est aussi effectuée parmi les services de garde en milieu familial. Au final, il est impossible d’énumérer l’ensemble des actions qui ont lieu partout à travers la province.

Les différentes centrales syndicales, les groupes communautaires et le mouvement étudiant ont organisé simultanément des actions directes d’une ampleur jamais vue dans l’histoire du monde du travail québécois. Cette unité dans l’action est nouvelle et nous permet de voir le potentiel que nous avons en tant que classe sociale, celle des travailleurs et des travailleuses.

1mai_03Une répétition générale

Cette journée a été un excellent test pratique et un pas en avant important pour la construction d’une journée de grève générale. Toutefois, ce mouvement a révélé des limites importantes.
La journée d’action du 1er mai n’a été ni une journée de perturbation économique ni une journée de grève générale nationale. Pour l’essentiel, elle s’est limitée à des actions de visibilité plus dynamiques qu’à l’habitude. Le caractère secret de l’organisation des actions et l’absence d’une campagne de masse sur l’objectif de la journée ont limité la mobilisation aux appareils syndicaux et aux militant-es les plus conscientisé-es.

Grève illégale et directions syndicales

Les exécutifs syndicaux locaux d’une trentaine de CÉGEPs ont volontairement adopté un mandat de grève illégale pour le 1er mai. Malgré la pression des patrons et du gouvernement, les risques d’une grève illégale ont été évalués et assumés. À moins de 24h de préavis, la direction de la FNEEQ a envoyé un message conseillant aux syndicats locaux de ne pas faire grève. Y a-t-il un meilleur moyen pour déstabiliser une mobilisation? Résultat : un tiers des grévistes sont effectivement sorti dans la rue. Nous devons exiger des explications le plus tôt possible quant à cette attitude de la direction. Elle donne un aperçu de l’obstacle que représentera ces directions à l’automne lorsque tomberons décrets et lois spéciales pour briser le potentiel mouvement de grève syndicale.

Cette question du respect de la légalité par les directions syndicales, à une époque où nos conditions de vie et de travail se détériorent et où nous avons de moins en moins les moyens de résister, est l’une des dimensions les plus cruciales à laquelle nous devons faire face. Le 1er mai, nous avons démontré avec force que nous existions. Nous avons essentiellement effectué des actions de visibilités. Or, pour faire céder les banquiers et le gouvernement libéral, il faudra aller plus loin et réellement construire un rapport de force. Les élites ne nous laisseront cependant pas faire. Elles imposeront l’illégalité sur nos actions légitimes et justifiées. De plus en plus de travailleur-euses prennent conscience que nous n’avons plus vraiment le choix d’emprunter cette avenue. Les directions syndicales ne semblent toutefois pas prêtes à s’y engager. Les débats pour la suite des choses seront cruciaux. Cette question doit être clairement posée le plus tôt possible dans nos instances.

L’aile droite du mouvement syndical affirmera que les « membres ne sont pas prêts » et que nous risquons de nous aliéner « l’opinion publique ». Pour l’instant, ce n’est pas faux. Toutefois, ce n’est pas une fatalité. Nous avons le temps de renverser la vapeur. La solution passe par une meilleure mobilisation de la base. Plusieurs travailleur-euses syndiqué-es ne n’ont même pas été mis au courant des actions du 1er mai. Précisons que le slogan « Refusons l’austérité! » de la campagne du même nom est abstrait dans la tête de bien des gens. Pour rendre cette campagne plus concrète, il est nécessaire d’y joindre des revendications offensives capables de mobiliser le plus massivement possible les syndiqué-es comme les non-syndiqué-es.

Pour des revendications fédératrices et offensives

La lutte pour la « défense du système public » et « contre l’évasion fiscale » sont des batailles qui relèvent de la prise du pouvoir politique, pas seulement du combat d’idées dans l’espace médiatique. Telles qu’elles sont formulées actuellement dans le discours des mouvements sociaux et syndicaux, ces campagnes n’identifient pas clairement le rôle des élites économiques et politiques dans cette dépossession collective. Lorsque l’on identifie un ennemi, on identifie forcément son opposant, en l’occurrence la classe des travailleur-euses.

Les effets dévastateurs des coupes dans le système public n’affectent pas les salarié-es et les usager-ères de la même façon. Il est difficile de fédérer de larges couches de la population autour d’une revendication concrète et claire, réalisable à court terme, qui ne tombe ni dans des enjeux locaux hyper précis ni dans l’abstraction des principes vertueux. Il s’agit de formuler des revendications ayant d’abord et avant tout un caractère de classe. Telles que formulées actuellement, les revendications s’opposant aux pipelines et à la fracturation hydraulique, s’opposant à la hausse des frais de service de garde ou pour la construction de logements sociaux d’adoptent pas cet angle.

Malgré leur pertinence, ces revendications ne fédèrent pas les travailleur-euses sur la base de leurs intérêts de classe. Par exemple, la lutte pour le logement social en ville ne rejoint pas la situation des travailleur-euses de banlieues qui peine à payer leur hypothèque et qui gagneraient à lutter.

Il ne s’agit pas de déterminer quelle revendication est plus importante qu’une autre. Elles sont toutes importantes. L’enjeu ne consiste pas tant à dresser une liste d’épicerie voulant couvrir l’ensemble des luttes que de penser en fonction de ce qui risque de fédérer ceux et celles qui ne se mobilisent pas d’habitude.

– La perte du pouvoir d’achat

À l’heure actuelle, aucune campagne ne cible l’augmentation du coût de la vie et la stagnation de nos salaires. Certes, le Front commun du secteur public et parapublic réclame une augmentation salariale, mais qui ne touche que ses 400 000 membres syndiqué-es. Le pire, c’est que l’argumentation utilisée (avoir des salaires compétitifs, sinon les salarié-es iront travailler dans le privé) est celle qui sert les intérêts du patronat, pas ceux des travailleur-euses. Il est vrai que les salaires des employé-es spécialisé-es (les informaticien-nes, par exemple) est plus élevé dans le privé. Ce n’est toutefois pas le cas pour une personne à l’entretien ménager, catégorie de salarié-es beaucoup plus importante au sein du Front commun. Pour le monde du secteur des services, souvent non-syndiqué et gagnant un salaire minimum misérable, les demandes du Front commun peuvent sembler excessives. Les médias de droite utilisent ce sentiment à fond de train. Alors, pourquoi ne pas retourner cette « faiblesse » en force? Proposons l’augmentation du salaire minimum à 15$/h maintenant, comme première étape pour l’indexation des salaires au coût de la vie pour tout le monde!

– Pour un salaire minimum de 15$/h!

Cette revendication a un potentiel explosif, comme le démontre le dynamisme des différentes campagnes aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Avec cette revendication, le mouvement syndical est en mesure de coaliser les travailleuse-euses précaires du privé avec ceux et celles du public et parapublic. Cette solidarité permettra de créer un Front commun dépassant le milieu syndical, donc mieux outillé pour renverser le gouvernement. Aux États-Unis, les conseils municipaux des villes de Seattle, Los Angeles et San Francisco ont augmenté leur salaire minimum à 15$/h. Des projets similaires sont débattus à New York et Washington. Au Canada, le NPD, qui a foutu les conservateurs albertains dehors après 44 ans de pouvoir le 5 mai, a fait du 15$/h une de ses principales revendications électorales.

Ce type de campagne ne constitue pas la solution à tous nos problèmes. Or, sérieusement menée, cette campagne nous permettra de faire un sérieux bon en avant dans la construction d’un mouvement d’opposition susceptible de renverser ce gouvernement et les lobbys qui le supportent.

1mai_lutteS’emparer du pouvoir politique

Le syndicat du CSSS Laval a organisé un gala de lutte professionnelle pour clôturer ses actions de la journée du 1er mai. Le lutteur et président des productions MWF a terminé la soirée avec un témoignage poignant sur son expérience personnelle de l’austérité en santé. Il l’a conclu en appelant à la lutte pour le pouvoir politique. « Dans trois ans, a-t-il soutenu, le gouvernement Couillard sera dehors et c’est les travailleurs et les travailleuses qui vont gérer la société comme ils et elles le veulent ». Pour une rare fois, la question du renversement du gouvernement a été posée. Mais, pour réussir, nous avons besoin d’un véhicule politique.

La grève générale est un événement politique qui ouvre des possibilités révolutionnaires, en particulier lorsque la contestation vise le pouvoir de l’État. Nous l’avons bien vu en 2012. Le gouvernement libéral, sentant sa légitimité contestée, spécialement à travers le non-respect massif de la loi spéciale, a déclenché des élections. Il a perdu, mais nous n’avons pas su tirer profit de la situation. C’est le Parti québécois de Pauline Marois qui a canalisé la frustration sociale. Aux prochaines élections provinciales, qu’allons-nous présenter pour faire barrage au Parti libéral? Le modèle d’austérité à la sauce PKP ? L’accélération des coupures et des hausses avec la CAQ?

Le rôle de Québec solidaire

Les militant-es de Québec solidaire peuvent jouer un rôle de premier plan pour amener le mouvement contre l’austérité sur le terrain politique. Un gouvernement solidaire est toutefois peu probable. La classe des travailleurs et des travailleuses ne voit pas en QS un parti du « monde ordinaire », mais plutôt des pauvres et du milieu communautaire. De son côté, QS ne veut pas jouer ce rôle non plus. Le parti multiplie les déclarations pour protéger les minorités exclues, mais rarement va-t-il prendre le parti de la majorité. Résultat, la CAQ, avec son discours de classe, concentre le vote anti-establisment. Pour Alternative socialiste, QS ne constitue pas l’unique alternative politique. Les syndicats peuvent et doivent présenter leurs propres candidat-es anti-austérité, avec l’aide de Québec solidaire. Des élu-es indépendant-es anti-austérité pourraient se coaliser avec des député-es solidaires. Nous pourrions voir l’émergence d’une coalition anti-austérité, ou carrément la création d’un nouveau parti, plus près des préoccupations quotidiennes de la majorité et lié aux organisations syndicales.
Si QS veut éviter d’être dépassé sur sa gauche, il devra combattre l’une de ses plus grandes phobies, celle d’avoir l’air de « récupérer » les mouvements sociaux. Cette position sert davantage les patron-nes que l’ « indépendance » des mouvements sociaux et syndicaux. Plutôt que de se lier organiquement aux mouvements de la rue, QS se marginalise et risque de devenir très précisément ce qu’il ne veut pas être : un parti de politicien-nes professionnel-les comme les autres.


Pour un salaire minimum de 15$/h, maintenant! Pour l’indexation des salaires au coût de la vie!

Luttons pour abolir les paradis fiscaux, fortement imposer les grandes fortunes et nationaliser le secteur bancaire et financier sous contrôle démocratique !

Pour des comités de mobilisation basés sur les syndicats locaux et les groupes communautaires !

Pour des candidatures anti-austérité à tous les paliers de gouvernement!

Pour un gouvernement qui sert les intérêts des gens ordinaires, pas des grandes compagnies!

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