Grève des employé·es de soutien de l’UQAM : 2 000 personnes manifestent en solidarité

Les employé·e·s de soutien de l’UQAM ont fait monter la pression d’un cran dans leur négociation en organisant la plus grande manifestation intersyndicale de l’histoire du l’UQAM. Le 12 septembre dernier, plus de 2 000 personnes ont participé à une marche afin de réclamer la juste rémunération des grévistes. Le trajet s’est terminé devant les bureaux montréalais du Ministère de l’Éducation. Alternative socialiste a recueilli plusieurs témoignages de grévistes concernant les difficultés vécues au travail au fil des ans.

Affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP 1294), le Syndicat des employées et employés de l’UQAM (SEUQAM) regroupe autant le personnel de la cafétéria de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) que les architectes, en passant par les cols blancs des bureaux et les cols bleus des terrains et bâtiments.

Pour son 8e jour de grève, le 12 septembre, le SEUQAM a organisé une grande marche unitaire en compagnie d’autres syndicats, d’associations étudiantes et de partis politiques. L’atmosphère y était combative. « En 14 ans à l’UQAM, je n’ai jamais vu le SEUQAM aussi galvanisé, affirme un technicien aux travaux pratiques. À l’assemblée générale du 9 septembre, une proposition de grève générale illimitée a recueilli le tiers des appuis! »

Grande solidarité

Des collègues du SCFP provenant de syndicats d’employé·es d’universités situées à Trois-Rivières, Québec et Montréal se sont déplacé·es pour afficher leur solidarité. La marche a même compté des chauffeurs d’autobus, des professeurs, des chargé·es de cours et des employé·es des services de santé et des services sociaux de la Montérégie. « Nous avons beaucoup de soutien, souligne une secrétaire de l’UQAM. Plusieurs employés d’universités seront bientôt en négo. Ils savent que quand ça va être leur tour, on sera là pour les appuyer et leur donner des fonds. »

Invité à prendre la parole à la fin de la marche, le député solidaire critique en matière de travail, Alexandre Leduc, a souligné que cette lutte est celle de toute la « classe moyenne », celle qui fait vivre l’UQAM. Pour sa part, le président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain, Marc-Édouard Joubert, a sommé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’écouter « cette classe ouvrière qui réclame le respect et la dignité ».

L’appui est aussi venu de plusieurs associations facultaires de l’UQAM, notamment celle des arts, d’éducation et de sciences humaines. Le représentant de l’Association facultaire étudiante des sciences humaines, Vincent Pouliot, a livré un témoignage bien senti en s’adressant aux grévistes. « Comme étudiant, on ressent votre absence. Plusieurs n’ont pas de réponse pour leurs prêts et bourses ou leur stage. Quand on se plaint à l’administration, elle nous répond On a ça sous contrôle. C’est faux! Il nous faut des employés de soutien! »

Jusqu’ici, plusieurs éléments des propositions syndicales ont été acceptés, notamment les cursus de carrières à l’UQAM, les horaires, les congés personnels et de maladie ainsi que pour le travail à distance. Or, si les négociations entre l’UQAM et le SEUQAM sur les conditions générales de travail se sont bien passées, ce n’est pas le cas de celles concernant la question des salaires.

Des augmentations qui appauvrissent

L’offre monétaire proposée par l’UQAM en juillet comprenait des augmentations de 1% pour 2019 et 2020, puis de 1,25% de 2021 à 2024. Insatisfaisante aux yeux des syndiqué·es, cette offre a été modifiée en septembre. Pour la majorité des membres, la nouvelle proposition est encore pire que la première. L’UQAM recommande maintenant des augmentations salariales minimales de 1,5%/an, pour les trois prochaines années. Si les négociations du secteur public 2020 débouchent à des augmentations plus élevées, c’est cette politique salariale gouvernementale (PSG) qui prévaudra.

Or, les banques canadiennes prévoient un taux d’inflation d’environ 2% pour 2019 et 2020. Dans les faits, la proposition de 1,5% de l’UQAM engendrerait une perte du pouvoir d’achat des employé·es de soutien.

« J’ai des collègues qui ont 25, 30 ans d’expérience et qui ont vécu des gels de salaires dans les années 90. Je ne peux pas croire qu’on est encore là, à se battre contre l’appauvrissement » lance une secrétaire de direction de l’UQAM. « Les employés de soutien de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ont eu 2% d’augmentation par année pendant 6 ans. Je ne vois pas pourquoi on aurait moins » estime quant à lui un technicien rencontré par Alternative socialiste.

D’autre part, l’arrimage à la PSG en laisse plusieurs perplexes considérant le fiasco des négociations du secteur public en 2015. « On est un peu les premiers à aller au bat sur cette question-là », pense un agent de recherche. Il croit que l’issue du conflit en dira long sur les négociations à venir dans le secteur public. Le premier ministre Legault vient d’ailleurs de déclarer que les prochaines augmentations salariales de la majorité des employé·es de l’État se limiteront à l’inflation.

De plus, les augmentations proposées par l’UQAM pour les années 2019 et 2023 sont à forfait. Cette formule de style « bonus » représente un montant d’argent fixé par rapport à l’année 2019 (2% et 1,5%). Au final, ces montants forfaitaires s’avèrent moins élevés que ceux qui découleraient des augmentations cumulatives de 1,5%.

Toujours moins de postes…

Le technicien auquel nous avons parlé souligne qu’après 15 ans de coupures, la situation ne fait qu’empirer à l’UQAM. « Durant l’ère du recteur Roch Denis, 1 départ à la retraite sur 3 a été remplacé. Ces postes n’ont pas été comblés depuis », soutient-il. Dans son unité, le poste de secrétaire à l’accueil n’est plus permanent. Il n’est pleinement assumé par une personne qu’un mois par année. Selon le technicien, cette situation engendre une surcharge de travail qui empoisonne l’ambiance de travail.

… toujours plus de travail

Une agente d’étude renchérit : « Je suis arrivée à l’UQAM il y a 6 mois. En raison des abolitions de postes, je me retrouve à faire le travail de deux employées en même temps. » Elle signale que le travail est « hyper demandant », mais qu’elle est quand même capable de l’assurer étant donné qu’elle possède 25 ans d’expérience en administration. En revanche, « la direction n’a pas tenu compte de ça pour déterminer mon salaire », souligne-t-elle. Si l’UQAM vit des problèmes de recrutement, c’est notamment en raison du faible attrait des salaires, estime l’agente d’étude.

Une situation en chute libre

« On vit notre plus grosse grève en 25 ans sous le règne de la « rectrice du peuple », ironise le technicien de l’UQAM, en référence à un article de la web radio étudiante de l’UQAM sur Magda Fusaro. La direction n’est plus celle de l’université de gauche des débuts. Les années Charest ont rendues les choses bien verticales et centralisées. »

Le technicien comprend que l’enveloppe budgétaire dont dispose le rectorat pour payer les salaires est fixée d’avance. « Mais, c’est la job de la rectrice d’aller à Québec pour demander plus! On est en train de faire sa job à sa place! », lance-t-il hors de lui.

Le technicien souligne que le gouvernement du Québec nage dans les plus gros surplus budgétaires de son histoire. De plus, les négociations avec les chargé·es de cours de l’UQAM, puis celles avec les étudiant·es employé·es suivront les siennes. « Le refinancement de l’éducation ne se fera du jour au lendemain, soutient-il. Tout le monde est écœuré. Tout le monde est prêt. Tout le monde est mobilisé. »

Il signale que la grève est un moment de réseautage important entre employé·es. « On se parle entre nous. On sait que les cadres l’ont eue, eux, leur augmentation de salaire, dit-il l’air sévère. C’est rassurant de sentir que son syndicat est prêt à se battre ».

Retour sur le conflit

En négociation depuis 2 ans, les membres du SEUQAM sont en moyen de pression depuis la mi-juillet. Au début du mois, la direction de l’UQAM présente une « offre monétaire finale » au syndicat. Jugée insatisfaisante, les 679 membres du SEUQAM réuni·es en assemblée générale décident à 93% de se doter d’un mandat de grève de 5 jours applicables au moment jugé opportun. La direction rompt les négociations et l’escalade des moyens de pression débute.

Sous le thème du flamant rose, les chaudes journées de juillet sont ponctuées de deux « pauses cocketel » d’environ 1h . La première action regroupe près de 300 employé·es devant les bureaux de l’administration de l’UQAM.

Avec la rentrée, les 1 800 syndiqué·es se mettent en grève dès le 3 septembre. Les membres tiennent des piquets devant la plupart des entrées des pavillons de l’UQAM depuis. Les grévistes ne bloquent toutefois pas les entrées afin d’éviter une injonction de l’UQAM qui les obligerait à faire pression hors du terrain de l’université.

Le 6 septembre, l’employeur dévoile une nouvelle « offre monétaire finale » en rencontre paritaire. Les syndiqué·es réuni·es en assemblée générale trois jours plus tard rejettent la nouvelle proposition. Un vote de reconduction de grève pour 10 jours supplémentaires est adopté à 73%.

Le lendemain de la manifestation intersyndicale, une séance de conciliation se tient au Tribunal administratif du travail.

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5 conseils pour un piquet de grève réussi

Lors des journées de grèves régionales et nationales, nous allons voir les piquets de grève fleurir à travers le Québec. Comment s’assurer du bon succès de notre piquet ?

1. Mobiliser pour le piquet

Un piquet, c’est une démonstration de force. Il faut convaincre par la discussion ceux et celles qui voudraient travailler à soutenir la grève, passer du temps entre collègues pour discuter de la lutte et des mesures à prendre pour la faire progresser tout autant que de l’alternative à proposer contre l’austérité. Pour tout ça, il faut assurer la présence de tout le monde au piquet, pas seulement de deux ou trois délégué·e·s. Pour que le piquet puisse tenir un certain temps, il faut organiser un plan précisant qui vient à quelle heure. En général, le mieux est de tenir le piquet en suivant l’horaire habituel de chacun.

2. Organiser le piquet

Les actions prennent place en novembre et en décembre : il y a donc de fortes chances qu’il fasse froid et qu’il pleuve! Ce n’est pas évident de rester debout dehors toute la journée en pareilles circonstances. Le minimum est donc de prévoir de quoi faire un brasero et une tente pour s’abriter : ce sont de petites choses, mais l’action risque de tomber à l’eau sans cela. L’idée d’un piquet, ce n’est pas de venir y passer cinq-dix minutes, mais bien plusieurs heures d’affilée. En plus d’une tente et d’un feu, c’est toujours bien de penser aussi à assurer des collations et des boissons.

3. Discuter sur le piquet

Nous ne restons pas dehors toute la journée parce que ça nous amuse ; ce n’est pas non plus pour profiter du beau temps ni pour jouer au ballon. Un piquet, c’est l’occasion d’apprendre à connaître ses collègues d’une autre manière, mais, au final, nous sommes en grève pour obtenir quelque chose.

Quitte à passer plusieurs heures debout au piquet, autant que ce soit pour discuter des arguments à utiliser pour convaincre plus de camarades de s’impliquer dans le mouvement, etc. Pourquoi ne pas imprimer un tract pour les exposer?

En même temps, ce tract pourrait aussi appeler à une assemblée du personnel afin d’évaluer le mouvement et préparer la suite.

4. Aller visiter les autres piquets

Une fois que le piquet est bien installé et qu’il y a suffisamment de monde pour le tenir, cela peut être intéressant d’envoyer une délégation visiter les autres piquets aux alentours. Ces visites de solidarité peuvent servir à ce que les travailleurs·euses d’un même coin apprennent à mieux se connaître, à nouer des liens qui permettront de créer un réseau de solidarité dans un même quartier ou une même ville. Il faut évidemment aussi être prêt à bien recevoir les délégations qui visitent notre piquet pour stimuler la discussion. L’union fait la force !

5. Évaluer le piquet

Le lendemain de la grève, tous les journaux déborderont d’articles sur la grève pour évaluer les ‘‘dégâts’’ (selon eux). Mieux vaut évaluer nous-mêmes notre propre mouvement!

Le fait de convoquer une assemblée du personnel après l’action pour évaluer la grève, le piquet et les objectifs ainsi que pour préparer les prochaines étapes du mouvement constitue la cerise sur le gâteau pour un piquet réussi. Cela nous donne en même temps l’espace d’élaborer nos revendications et propositions pour les rendre plus concrètes, au niveau de l’entreprise comme du secteur.

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Pour la rémunération de tous les stages!

Au printemps dernier, plusieurs dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants en lutte pour la rémunération de tous les stages ont entamé des journées de grève ponctuelles dans une perspective d’escalade des moyens de pression. Une nouvelle phase de ce processus d’organisation est en cours. Il est de plus en plus question d’une grève générale illimitée en 2019.

Il ne fait aucun doute que l’absence de rémunération des stages est tout à l’avantage de la classe capitaliste. Les premières institutions qui bénéficient de cette aberration sont évidemment les banques qui profitent d’un endettement étudiant fortement gonflé par l’absence de salaire pour les stagiaires. De plus, la classe capitaliste bénéficie d’une main-d’œuvre supplémentaire qui doit vendre sa force de travail, souvent dans des emplois très mal payés, pour gagner de l’argent tout en effectuant des dizaines d’heures non rémunérées chaque semaine.

Une inégalité sexiste

La lutte pour la rémunération des stages a également le mérite de montrer très clairement comment s’imbriquent le capitalisme et le sexisme. Les stages non rémunérés se retrouvent principalement dans les domaines traditionnellement féminins associés aux services. Ces stagiaires effectuent du travail entièrement gratuit avec un horaire épuisant et fragilisant. Cette situation particulière a pour conséquence de pousser les étudiantes et les étudiants vers des emplois temporaires, souvent mal rémunérés où les syndicats ont de la difficulté à s’implanter. Ce n’est pas un hasard si cet aspect de lutte féministe se retrouve au cœur des assemblées générales des différentes associations étudiantes qui se dotent de mandats de grève.

Une lutte dans l’intérêt de tout le monde

Si les femmes sont les premières à bénéficier de la rémunération de tous les stages, une telle mesure est dans l’intérêt de tout le monde. La solidarité avec les étudiantes et les étudiants en lutte doit s’étendre au-delà des campus et des cégeps. Une telle solidarité peut servir de tremplin vers de nouveaux combats qui participeront à construire la conscience que nous appartenons toutes et tous à la même classe sociale. C’est ensemble que nous pourrons élaborer un projet de société exempte de toute forme d’exploitation, un projet de société socialiste.

Afin de garder nos intérêts communs bien en vue, le mouvement étudiant doit se prémunir contre un des principaux dangers qui guettent la lutte pour la rémunération de stages : la présence d’organisations et de discours « concertationistes ». Comme en 2012, ces groupes et ces individus opportunistes n’attendent que le bon moment pour s’asseoir à la table de négociation et proposer des demi-mesures telles que la rémunération de tel ou tel stage précis et présenter ces miettes comme des victoires suffisantes. En jouant sur cette corde, les représentants et les représentantes de ces groupes risquent d’affaiblir la solidarité dans le mouvement. Ces failles risquent d’être exploitées à la première occasion par l’establishment politique qui voudra opposer le camp des « respectables » et « raisonnables » à celui des « radicaux ». Il faudra rester à l’affût pour éviter la victoire de cette tendance dans le mouvement. Le meilleur moyen d’y parvenir demeure le travail de terrain : les membres des associations étudiantes doivent être au courant des enjeux, en débattre constamment et rester mobilisé·e·s.

Certes, la lutte pour la rémunération des stages ne constitue pas une fin en soi. Elle doit être vue comme un moment dans une lutte plus large, à la fois contre le capitalisme et contre le sexisme. La mobilisation sur cet enjeu a toutefois un fort potentiel pour le développement d’une conscience de classe et une conscience socialiste. Elle offre la possibilité de bâtir des solidarités nouvelles et de remettre sur pied un mouvement étudiant puissant et combatif. Les dernières années ont démontré que les étudiantes et les étudiants ont un potentiel critique très fort dans une économie capitaliste de plus en plus dépendante de la production de savoirs et où le secteur des services occupe autant de place. Il suffit d’imaginer ce que pourrait occasionner une grève générale illimitée des stages pour voir le rapport de force des étudiantes et des étudiants face aux capitalistes.

Charles C. 

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Syndicalisme ou Corporatisme?

Quel modèle pour nos associations étudiantes ?

Historiquement, deux modèles d’association étudiante semblent se dégager au niveau national. Une pratique qui semble liée au syndicalisme étudiant et qui conçoit les associations étudiantes comme des organisations politiques et un modèle corporatiste qui les conçoit comme des groupes d’intérêt. En tant qu’étudiants nous nous devons de chercher le meilleur modèle afin de l’adopter et de l’appliquer.

Premièrement, le syndicalisme étudiant se fonde sur le principe de démocratie directe. L’autorité suprême de d’un association syndicale étudiante c’est son congrès (au niveau national) ou son assemblée générale (au niveau local), c’est-à-dire le regroupement de ses associations ou de ses membres. En congrès ou en AS, les propositions peuvent émaner directement de n’importe quelle association ou membre et peuvent être amendées par n’importe qui. Chez les corporatistes en revanche (comme l’UEQ-FEUQ par exemple), l’instance suprême n’est pas le congrès, mais plutôt l’exécutif. Il n’existe parfois même pas d’assemblée générale (comme pour la FAÉCUM ou tout se déroule en conseil central). De plus, les congrès ou AG (lorsqu’ils existent) sont souvent structurés sur la base du principe de double majorité et non pas de démocratie directe. La double majorité fait en sorte que tout mandat requiert 2/3 des voix pour être adopté. Ce qui permet à 1/3 des associations ou membres de bloquer une proposition de grève par exemple. On exige aussi parfois deux types de votes différents (par exemple un vote de la base et une confirmation de l’exécutif). De plus, dans le cadre d’un congrès, aucune décision peut émaner du plancher, c’est-à-dire des associations. Toutes les propositions émanent uniquement de l’exécutif et de ses commissions spéciales, et ne peuvent être amendées par les associations, qui ne peuvent que les entériner, ce qui est antidémocratique. Aujourd’hui, l’UEQ et la FECQ par exemple, conservent ce principe de double majorité qui favorise le statu quo. L’UEQ a toutefois retiré la totalité de ses pouvoirs au congrès qui n’a plus que le pouvoir de conseiller l’exécutif (de faire des recommandations).

Dans une association de type syndicale les mandats en plus de provenir de la base étudiante sont aussi impératifs, ce qui veut dire qu’on ne peut pas s’y soustraire. Les exécutants agissent sur la base des mandats clairs de leur congrès ou AG qu’ils se doivent de respecter, car ils sont en tout temps révocables par le congrès. Dans une association corporatiste en revanche, les exécutants ne sont pas tenus d’avoir un mandat clair pour agir. Leurs mandats ne sont pas impératifs, mais représentatifs, c’est-à-dire qu’ils parlent en leur nom propre au nom de l’association qu’ils président selon leur volonté. Ils peuvent agir par initiative personnelle, et ce à l’encontre des revendications du congrès ou de l’AD. De plus, leurs mandats sont fixes et les exécutants ne sont pas révocables.

À cela s’ajoute la bureaucratisation notoire des association corporatistes. Les membres des instances dirigeantes d’une association syndicale sont composés de bénévoles, qui sont tous élus. Dans une association bureaucratique par contre, il n’y a qu’un nombre restreint d’élus parmi l’exécutif, le gros de l’exécutif est formé de permanents et d’employés salariés qui ne sont pas élus et n’ont pas de comptes à rendre à la base. L’UEQ par exemple n’élit que cinq de ces exécutants, le reste des tâches est confié à une série de permanents, nommés et non pas élus. De plus exécutants et permanents sont tous salariés, le budget de l’UEQ étant en grande partie composé de salaires. Cela entraîne des logiques bureaucratiques où les dirigeants de l’UEQ tentent de fédérer de nombreuses associations (ex. : la tentative d’affiliation de la CADEUL à l’Université Laval, après que celle-ci ait déjà dit non), pas tant pour les représenter que pour leurs prendre leurs cotisations afin de couvrir leurs salaires. C’est aussi pour cela qu’on voit la FECQ poursuivre nombre de ses associations membres ou faire de l’intimidation pour obtenir leurs cotisations (Par exemple l’AGECEM à Longueuil).

Mais les corporatistes divergent aussi des syndicalistes au niveau de la tactique. Les syndicalistes prônent un syndicalisme de combat (comme l’ASSÉ par exemple). Le but du syndicalisme de combat est d’établir un rapport de force avec le gouvernement, dans le but de contraindre celui-ci à adopter des revendications qui sont considérées comme fondamentalement justes. Ici le but n’est pas de convaincre le gouvernement, mais de le forcer à adopter nos positions. Pour contraindre le gouvernement, il faut un contrepoids à ses intentions. Par exemple si le gouvernement veut augmenter les frais de scolarité, il faut lui opposer la grève, des manifestations, des perturbations économiques, pour le contraindre à reculer. Ce contrepoids constitué des moyens de pression (grève, manifestations, blocages, sabotage, etc.) permet d’inverser le rapport de force en faveur du mouvement social contre l’intérêt de l’État, afin de faire triompher ses revendications justes. Si ce rapport de force est justifié, c’est parce que le syndicalisme de combat ne considère pas l’État comme un interlocuteur valable, ou neutre, mais comme ayant ses propres intérêts. Dans le secteur privé, cette stratégie est appliquée contre la classe patronale (la bourgeoisie), par la classe ouvrière (le prolétariat). Dans le secteur public, on considère que l’État appartient à la même classe c’est-à-dire qu’il s’agit d’un État bourgeois. C’est pourquoi le syndicalisme de combat se nomme aussi syndicalisme de lutte dans le mouvement ouvrier, parce qu’il prône la lutte des classes par opposition à la collaboration de classe.

Le modèle prônant la collaboration de classe est le syndicalisme réformiste, ou le concertationisme, dans le cas d’un syndicat étudiant, puisqu’il n’y a pas à proprement parler de rapport de classe. Néanmoins dans ce modèle on ne considère pas l’État comme capitaliste par essence, mais comme un interlocuteur neutre et valable. C’est le modèle de syndicalisme de l’UEQ et de la FECQ, qui est 100% corporatiste. Le but ici n’est plus de créer un rapport de force pour faire plier l’adversaire, mais de trouver un compromis avec lui. C’est pour cela par exemple qu’on voit un fort recul des droits des étudiants durant la période 1990-2005, puisque les compromis des fédérations entraînent bien souvent des reculs. C’est aussi pour cela qu’on a vu la FECQ-FEUQ tenter de trouver un compromis comme un meilleur étalement de la hausse avec le gouvernement Charest en 2012. Le concertationisme amène aussi l’UEQ à agir comme un groupe d’intérêt et à faire du lobbyisme.

Les corporatistes divergent aussi des corporatistes au niveau de ses positions. L’UEQ est par exemple pour l’indexation des frais de scolarité, là où l’ASSÉ est pour la gratuité scolaire. C’est parce que le modèle corporatiste (incarné par l’UEQ) est le modèle des fractions bourgeoises et surtout petites bourgeoises du milieu étudiant. Ce modèle correspond donc aux positions et aux tactiques de la petite bourgeoisie. Par exemple la petite bourgeoisie ne s’oppose pas directement à l’État bourgeois (comme le souligne Lénine dans l’État et la Révolution) et peu très bien se permettre financièrement une indexation des frais de scolarité. En revanche le syndicalisme étudiant représente les fractions prolétariennes et prolétarisées du mouvement étudiant qui entrent directement en lutte contre l’État bourgeois et que les hausses de frais (offensives de la bourgeoisie) visent directement à exclure. De plus, les corporatistes bornent toutes ses revendications aux intérêts purement académiques. Les syndicalistes étudiants en revanche font preuve de solidarité syndicale, et appuient des luttes sociales, politiques, féministes, écologiques, antiracistes, anti-impérialistes, etc.

Enfin les associations corporatistes sont souvent des ramassis de carriéristes carriériste, ses exécutants cherchent souvent à développer un réseau de contacts pour leur plan de carrière. Les postes d’exécutants sont souvent aussi utilisés comme des tremplins pour des carrières politiques. Pensons par exemple à Léo Bureau Blouin (FECQ) et Martine Desjardins (FEUQ), qui utilisèrent leur rôle pour leur carrière politique de député et de journaliste. Car l’UEQ a aussi la fâcheuse réputation d’être noyauté par le parti québécois et de servir un programme politique indépendant des intérêts des étudiants. Les syndicalistes au contraire conserve un principe d’autonomie face aux partis bourgeois (principe qu’a fâcheusement trahit un Gabriel Nadeau-Dubois en rejoignait Québec Solidaire).

Il est donc clair que ce sont les principes de démocratie directe et de syndicalisme de combat qui forment la base du syndicalisme étudiant sont les meilleurs principes pour obtenir des gains. C’est le syndicalisme de combat qui nous a permis de stopper l’offensive bourgeoise et réactionnaire du Parti Libéral en 2012 avec sa hausse démesurée de frais de scolarité. Ce sont les principes qui défendent le mieux les fractions prolétarienne et prolétarisées du milieu étudiant, et c’est pourquoi nous devons nous approprier ces principes théoriques pour les appliquer dans la pratique. Les Étudiant.e.s Socialistes sont là pour défendre ces principes, ils soutiennent le syndicalisme de combat et la démocratie directe et mèneront toujours une lutte acharnés aux corporatistes et à leur tactiques opportunistes de collaboration et de trahison.

Vive le syndicalisme de combat et vive la démocratie directe!

Rejoignez les Étudiant.e.s Socialistes et ensemble servons nous de ces armes pour lutter contre le capitalisme et la bourgeoisie!

ASC

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Congrès de Projet Montréal : Des élus gêné·e·s par les militant·e·s pour le 15$/h

Une douzaine de militant·e·s issu·e·s de la campagne 15plus.org d’Alternative socialiste et des comités d’action pour le 15$/h ont interpellé les membres de Projet Montréal rassemblé.e.s en congrès le 29 avril. Rassemblé.e.s devant l’entrée, les militant.e.s ont dénoncé le recul du parti sur la question du salaire minimum à 15$/h.

Visiblement irrité·e·s par les militant·e·s, les responsables de l’organisation du congrès ont fait appel aux agents de sécurité pour évaluer la situation. Des patrouilles policières ont également eu les militant.e.s à l’œil. Les militant.e.s ont dû s’en tenir à passer leurs tracts hors du bâtiment du congrès, par le temps pluvieux. Plusieurs congressistes ont d’ailleurs manifesté leur indignation face à cette mise à l’écart. « Vous devriez avoir votre table à l’intérieur! », ont lancé plusieurs personnes aux militant·e·s.

Gêne chez des élu·e·s

Certain·e·s élu·e·s ont bien pris soin d’éviter cette action pour le 15$/h. C’est notamment le cas de la mairesse d’arrondissement Giuliana Fumagali et de sa conseillère Rosannie Filato. Ces dernières ont pourtant donné leur appui à la campagne pour le 15$/h lors de leur visite au Comité d’action de Côté-des-Neiges pour le 15$/h durant la dernière campagne électorale.

Même évitement du côté du conseiller de Verdun, Luc Gagnon. Ce dernier a pourtant rencontré plusieurs fois les membres du Comité d’action du Sud-Ouest pour le 15$/h. Il s’est vu contraint d’appuyer du bout des lèvres la revendication du 15$/h après son adoption dans la plateforme de Projet Montréal. Les différentes positions sur le 15$/h contenues dans la plateforme ont d’ailleurs été proposées par des militant·e·s de la campagne 15plus.org.

La mairesse Valérie Plante et d’autres conseillers et conseillères ont bâti un certain capital politique sur l’enjeu du 15$/h durant les dernières élections. Lors du congrès, plusieurs membres de Projet Montréal sont intervenu·e·s pour rappeler l’engagement de la mairesse Plante en faveur du 15$/h minimum pour les employé·e·s et sous-traitants de la ville.

Certain·e·s élu·e·s ont répondu laconiquement que cet enjeu était toujours sur la table. Aucun détail ni garantie sur l’étude du 15$/h minimum en commission n’ont été donné, encore moins sur l’échéance de l’implantation du 15$/h.

La plupart des congressistes étaient sensibles aux demandes des militant·e·s.

Revendications

Les membres de la campagne 15plus.org et des comités d’actions de quartiers demandent que de manière la plus rapide possible, l’administration Plante :

● adopte et annonce un échéancier d’implantation du 15$/h;
● fasse pression sur le gouvernement du Québec et les futur·e·s élu·e·s provinciaux pour l’adoption du 15$/h minimum à l’échelle du Québec;
● charge la commission sur le développement social et celle sur le développement économique d’étudier la question du 15$/h.

Les membres d’Alternative socialiste et de la campagne 15plus.org vont continuer de faire pression sur Projet Montréal pour défendre les intérêts des travailleurs et travailleuses à bas salaire de Montréal. Ces personnes ont besoin d’une hausse du salaire minimum immédiatement. Le loyer et l’épicerie doivent se payer maintenant, pas en 2022.

Les travailleurs et travailleuses ont besoin d’élu·e·s qui défendent leurs intérêts, pas ceux des patrons et des banquiers. Notre classe sociale a besoin de s’emparer du pouvoir pour faire tomber le système capitaliste actuel basé sur la reproduction des inégalités. C’est la lutte pour des politiques socialistes qui nous permettra de bâtir une société où les besoins de tout le monde seront comblés.

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1er Mai anticapitaliste

Hier comme aujourd’hui, ils sont riches parce qu’on est pauvres.

Les maîtres financiers de l’Occident et sept de leurs pantins politiques
se rencontrent cette année à la Malbaie. Ils vont se battre pour
continuer l’exploitation des pays du Sud et le pillage des ressources
naturelles. Le G7 sera un beau cirque, financé à même notre
exploitation. Financé par ceux et celles qui s’échinent au travail, par
les coupes dans nos programmes sociaux, dans l’éducation, dans la santé,
dans la dignité humaine. Un cirque qui encouragera le travail gratuit
fourni par nos stages non rémunérés, qui supportera les profits
faramineux des promoteurs immobiliers qui nous chassent de nos
quartiers, qui fera la promotion d’un statu quo immoral. Impérialisme et
colonialisme seront célébrés, aux dépens de ceux et celles qui
produisent la majorité de la richesse.

Mais il n’est pas trop tard pour les faire reculer. On ne peut cesser de
rêver à un monde meilleur. Il y aura de l’espoir tant qu’il y aura des
personnes qui rêvent de solidarité entre tous les peuples. Notre devoir
est d’étouffer les flammes de la haine, et de porter ce rêve à toutes et
à tous. Car face au désespoir, il peut être facile de se tourner les uns
et les unes, contre les autres. Après tout, nos voisines et voisins sont
plus faciles à atteindre que nos exploiteurs.

Cette facilité est exploitée par des « cheufs » sans scrupules qui
profitent des divisions créées entre nous touTEs pour s’enfuir avec le
magot. On publie des fake news pour se faire du capital politique sur le
dos des personnes migrantes, en cachant l’exploitation éhontée qui se
fait à l’étranger par les compagnies québécoises et canadiennes. On fait
des déclarations ronflantes pour les droits des peuples autochtones,
mais personne ne s’offusque quand ceux-ci se font assassiner en plein
jour par des racistes notoires. On déchire sa chemise pour la liberté
d’expression lorsque des gens tentent de dénoncer ce qui sont
essentiellement des appels au génocide. On relaie des ramassis de
mensonges écrits par une extrême droite qui se présente avec un sourire,
mais cache son fusil d’assaut.

Ils sont riches parce qu’on est pauvres. Il y a deux ans, 130 personnes
possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population
mondiale. L’année dernière, cette richesse était entre les mains de 85
personnes. Cette année, ils ne sont plus que cinquante. Cinquante
misanthropes, isolés, qui essaient de nous rentrer leur vision du monde
dans la gorge. Cinquante contre l’ensemble du monde. Nous sommes
peut-être pauvres, mais nous le sommes ensemble.

Après 132 ans, il y aura, encore et toujours un 1er mai anticapitaliste,
car la justice n’est pas encore de ce monde. Mais à la différence de ses
dirigeants pourris, il sera solidaire.

Le mardi 1er mai 2018, on se rencontre à 18h au coin Sherbrooke et
Amherst !

info@clac-montreal.net
https://www.clac-montreal.net/fr/node/703

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La lutte pour le salaire minimum à 15 dollars au Québec

La lutte pour le salaire minimum à 15 dollars au Québec : les travailleurs du Vieux-Port de Montréal rejettent l’offre de l’employeur et souhaitent poursuivre leur grève

« Après 100 jours de grève, les 300 employés fédéraux du Vieux-Port de Montréal n’ont pas réussi à obtenir une augmentation de salaire et le paiement de jours de congé de maladie » précise Konrad Lamour, président du Syndicat des employé.es du Vieux Port de Montréal – local 10333 – de l’Alliance de la Fonction publique du Canada. Konrad Lamour décrit la mauvaise proposition faite par l’employeur, la Société du Vieux-Port de Montréal à lui-même et à ses collègues :

« Ces deux principales demandes auraient fait de nous des travailleurs de la classe moyenne. Lorsque l’on considère les promesses électorales faites par le gouvernement Trudeau, promesses qui lui ont permis de remporter les dernières élections fédérales, on ne peut être que profondément déçus. »

Le rejet de l’offre par les travailleurs du Vieux-Port, qui a fait suite à plusieurs échanges acrimonieux entre le mouvement et le gouvernement libéral du Québec, représente la plus récente escalade dans la lutte pour le salaire minimum à 15 dollars de l’heure au Québec et au Canada.

Le 13 août, à la suite d’une manifestation organisée à Montréal pour l’obtention du salaire minimum à 15$, manifestation à laquelle ont pris part des centaines de personnes, Carlos Leitão, ministre des Finances du Québec, déclarait publiquement que 10,75 $ de l’heure était un salaire minimum suffisant. La manifestation avait pour objectif de rassembler les participants du Forum social mondial et les travailleurs du Vieux-Port de Montréal, dont 40 % gagnent moins de 15 $ de l’heure. Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, s’est adressée à la foule en ces termes : « le salaire minimum à 15 $ de l’heure s’impose maintenant »

Une semaine plus tard, le syndicat a répondu à la déclaration du ministre Leitão lorsque plus de 50 travailleurs du Vieux-Port ont investi ses bureaux. « Le ministre Leitao a poussé le bouchon un peu loin la semaine dernière en affirmant que le salaire minimum actuel était approprié. Cette déclaration a soulevé l’ire de nos membres en grève », souligne Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale de l’AFPC-Québec.

La même journée, le premier ministre Philippe Couillard, adoptant la position du « gentil flic » pour faire contrepoids au mauvais rôle joué par son ministre, a appelé à un débat sur le salaire minimum à 15 $ de l’heure pour « examiner les expériences qui ont été menées ailleurs », sans aucunement prendre clairement parti sur la question. Parallèlement, des articles au sujet de la campagne pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure sont parus presque quotidiennement dans les principaux journaux québécois lapresse.ca et ledevoir.com.

La grève des travailleurs du Vieux-Port de Montréal, un site historique célèbre et un des lieux parmi les plus touristiques au Canada, a fourni un appui supplémentaire au mouvement pour l’obtention d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure. Les travailleurs du Vieux-Port sont en grève depuis le 27 mai et, s’ils sont parvenus à faire fermer certaines exploitations phares du Vieux-Port comme le Centre des sciences, le Port d’escale et la plage, des dizaines de concessions privées continuent de fonctionner depuis le début du conflit grâce au recours à des briseurs de grève.

La lutte des travailleurs du Vieux-Port incarne désormais la bataille pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure et contre le travail précaire au Québec et au Canada.

Interdits par une injonction d’entrer sur les lieux du Vieux-Port, les travailleurs manifestent depuis le début du conflit de six à sept jours par semaine aux abords de leur lieu de travail en scandant « Un rattrapage urgent, pour un salaire décent!» Depuis le départ, ces travailleurs ont associé leur grève à la lutte plus générale pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure, notamment en organisant des actions de plus grande envergure, le 15 ou aux alentours du 15 de chaque mois parallèlement et en solidarité avec la campagne globale de lutte pour l’obtention du 15 $ minimum en Amérique du Nord.

Bien qu’ils soient employés par le gouvernement fédéral, les travailleurs du Vieux-Port sont considérés comme étant des « employés fédéraux » et non pas des « fonctionnaires », ce qui permet au gouvernement de faire appel à des agences privées pour sous-traiter leurs emplois. Dans ce contexte, l’employeur, la Société du Vieux-Port de Montréal est une filiale de la Société immobilière du Canada, une « société d’État ». Les travailleurs du Vieux-Port sont syndiqués auprès de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, qui compte 180 000 membres au Canada.

Si les travailleurs du Vieux-Port n’ont pas obtenu un contrat satisfaisant, ce n’est pas par manque d’ingéniosité tactique. Jacques Fontaine, un des membres de l’équipe de négociation cite certain des actions entreprises par les grévistes à ce jour:

En tant que petit groupe confronté à d’importants défis, nous avons décidé très vite de nous joindre au mouvement pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure afin d’avoir du soutien. Cette relation a en fait représenté un des points forts dans une lutte qui s’est avérée très difficile. Durant les négociations nous avons mené sans relâche des actions afin de mettre de la pression sur notre employeur : piquetages devant les bureaux de la Société immobilière du Canada à Toronto et à Ottawa, rencontres avec les députés locaux du parti libéral et manifestations lors des événements médiatisés comme la fête du Canada, le triathlon international de Montréal et diverses autres activités organisées au Vieux-Port.

Les employé.es du Vieux-Port ne sont pas seuls travailleurs syndiqués au Québec à être en grève pour l’obtention du salaire minimum à 15 $ de l’heure: 3 000 travailleurs du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES), employés par 38 maisons de retraite privées ont entamé une grève à durée indéterminée le 21 juin, après avoir fait trois jours de grève tournante d’une journée. À l’instar des travailleurs du Vieux-Port, le SQEES est membre de la Fédération des Travailleurs du Québec, qui a lancé sa propre campagne, Minimum 15, le 1er mai. Le SQEES a désormais obtenu un contrat de travail. Leur victoire a encouragé ceux qui espèrent obtenir gain de cause, au moins d’ici 2022, comme cela est indiqué dans les demandes faites par la coalition Minimum 15. Toutefois, malgré une mobilisation importante, les travailleurs du SQEES accusent du retard par rapport à leurs homologues du secteur public qui gagnent un peu plus de 20 $ de l’heure après quatre ans de service.

Il est intéressant de comparer les tactiques et les défis inhérents aux deux luttes. Contrairement aux travailleurs du Vieux-Port, les travailleurs des maisons de retraite de la SQEES n’ont pas fait face aux briseurs de grève. Toutefois, étant donné que ces travailleurs fournisseurs des services essentiels, ils sont assujettis à la loi du Québec qui leur interdit de faire plus de 42 minutes de grève par jour. Par ailleurs, les travailleurs du Vieux- Port, qui ne représentent en nombre qu’un dixième des travailleurs du SQEES, ont tenté de remédier à leur infériorité numérique en s’adressant aux forces de gauche indépendantes, ce que n’a pas fait le SQEES. Tous ces travailleurs se sont toutefois soutenus mutuellement en prenant part aux actions organisées par les deux groupes. Québec solidaire, le parti indépendantiste de gauche a appuyé ouvertement les grévistes en participant à leurs actions et, plus récemment, en unifiant les différentes coalitions de gauche – 15plus.org, l’Industrial Workers of the World (IWW) et le centre des travailleurs immigrants – sous l’égide de « 15maintenant ».

S’il reste encore à voir où les choses mèneront, la centralisation des forces de gauche au sein de la coalition 15 maintenant, avec l’appui de Québec solidaire, constitue une avancée majeure pour l’unification des anarchistes, des socialistes et des divers autres militants. Il y a un an, l’arène politique était totalement différente. À ce moment-là, QS soutenait officiellement l’instauration d’un revenu minimum garanti et ne s’était pas prononcée en faveur du salaire minimum à 15$ de l’heure. Les forces indépendantes de gauche ne s’entendaient pas pour décider s’il fallait ou non travailler avec QS et de quelle manière, les anarchistes – les plus nombreux – évitant de s’associer avec tout parti politique, y compris Québec solidaire. Incapables de rallier à leurs vues les militants de l’IWW, les membres d’Alternative socialiste, de la Ligue communiste et de divers autres groupes communautaires ont créé 15plus.org pour lancer une pétition demandant l’instauration du salaire minimum à 15 $ de l’heure maintenant, montant devant être indexé sur le coût de la vie.

15plus.org a également contribué à la campagne et aux élections partielles (en milieu d’année) de la candidate de Québec solidaire à la députation provinciale Marie-Eve Rancourt, qui s’est prononcée en faveur du salaire minimum à 15 $ de l’heure avant même que cette revendication ne soit appuyée officiellement par son parti. Si Marie-Eve Rancourt a perdu l’élection, QS a vu son vote passer de 10 % à 20% par rapport à la dernière élection. Lorsque, au printemps, la Californie, l’Oregon et New York ont adopté des plans relatifs au salaire minimum à 15 $ de l’heure, la pression s’est accentuée sur Québec solidaire pour que le parti prenne position en faveur de cette revendication.

Cette campagne a également été déterminante pour montrer quel parti pour l’indépendance au Québec défend les intérêts du 99 %. Lorsque Karl Philippe Péladeau, magnat de la presse et milliardaire, a quitté la tête du Parti québécois (centre droit), en avril, il a semblé pour un bref instant que le PQ pourrait adopter une orientation politique plus progressiste, notamment en collaborant avec Québec solidaire. Ces espoirs ont bien vite été déçus lorsqu’à la fin du mois d’avril, la députée de QS Manon Massé a déposé à l’Assemblée nationale du Québec une motion en faveur de l’instauration d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure, motion qu’aucun parti politique n’a appuyée.

Ses espoirs d’alliance avec les grands partis politiques anéantis, QS a été contraint de collaborer avec les forces de gauche du mouvement 15+. QS a saisi l’occasion politique et appuyé la pétition 15plus.org, et ses exigences radicales portant sur le « 15 $ maintenant » montant indexé au coût de la vie. Si le mouvement 15+ était déjà parvenu à lui seul à rassembler 1 000 signatures pour la pétition, l’appui de QS a permis d’étendre de façon significative la portée politique de la pétition et les exigences radicales qu’elle contient, comme l’explique Julien Daigneault, porte-parole de 15+ :

En appuyant notre pétition, Québec solidaire contribue à légitimer davantage les demandes liées à la revendication du 15 $ de l’heure maintenant avec une indexation correspondant à l’augmentation du coût de la vie. De plus, en révélant le manque flagrant d’appui à cette revendication de la part des grands partis politiques, QS a mis en évidence le fait que ces derniers n’ont rien à offrir aux travailleurs. La pétition est également un outil politique pratique pour les groupes individuels qui souhaitent la présenter dans leurs institutions scolaires et en milieu de travail tout en contribuant à un projet politique commun.

Lorsque la FTQ a lancé sa propre campagne le 1er mai pour exiger un salaire minimum à 15 $ de l’heure en 2022, avec des minimums plus bas dans les régions rurales, comme l’a fait l’Oregon et New York, elle s’était déjà positionnée comme à la droite du mouvement. Peu après, les 400 000 membres de la Confédération des syndicats nationaux lui ont emboité le pas en évitant de préciser les dates et les échéances applicables au 15 $ de l’heure.

Pour les organisateurs qui favorisaient une approche plus centralisée, la mise sur pied de 15 maintenant a représenté une chance de se pencher sur des questions politiques plus profondes se posant à la gauche à la suite du mouvement Occupons, particulièrement dans le contexte de l’après-mouvement québécois du printemps érable: il est temps de repenser la stratégie de la « diversité des méthodes tactiques ». C’est un moyen pratique de dissimuler nos différences, sans travailler ensemble efficacement, de manière beaucoup moins démocratique », précise Bruno-Pierre Guillette, membre de 15plus.org et délégué syndical de la Fédération de la santé et des services sociaux, dont la fédération tutélaire, la Confédération des Syndicats Nationaux, a lancé sa propre campagne pour l’obtention du 15 $ de l’heure, assortie de l’exigence suivante : obtention « le plus rapidement possible » du salaire minimum à 15 $ de l’heure.

15maintenant a commencé à organiser une action pancanadienne pour l’obtention du salaire minimum à 15$ de l’heure, action qui aura lieu le 15 octobre. Les signatures recueillies alors que la pétition était en ligne du 28 avril au 28 juillet – période de temps permise par la loi, seront présentées à l’Assemblée nationale, l’Assemblée législative provinciale à Québec, le 19 septembre. Entre-temps, la pétition est entrée dans une seconde phase : une campagne éclair est prévue pour la rentrée des classes en vue de recueillir un total de 15 000 signatures sur les campus de McGill, de Guy Concordia et de l’Université du Québec à Montréal jusqu’à la journée d’action du 15 octobre.

L’élargissement de la lutte pour l’obtention du 15$ de l’heure à bon nombre de campus montréalais indique à quel point l’enjeu se propage comme un feu de brousse et sert de véhicule pour faire le lien d’une lutte à l’autre au Québec. Heather Holdsworth, étudiante à McGill et membre du Syndicat des employé(e)s occasionnels de l’université McGill et de McGill for 15 and Fairness, décrit la façon dont la pétition est utilisée pour organiser les travailleurs étudiants: « notre mouvement pour l’obtention d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure à McGill est né à partir d’un réseau de différents syndicats et groupes unifiés au sein des milieux de travail sur les campus. Nous souhaitons avant tout faire bien comprendre à nos collègues travailleurs étudiants ce que cela signifierait pour nous de gagner un salaire minimum de 15 $ de l’heure comparativement au salaire actuel minimum de 10,75 $ et de mettre fin à la précarité dans nos milieux de travail. ».

En recourant de façon flagrante à des briseurs de grève et en refusant d’accorder à ses employés un salaire décent et des journées de maladie, la Société du Vieux-Port de Montréal et le Vieux-Port de Montréal ont révélé jusqu’où était prêt aller le 1 % pour maintenir les salaires au plus bas. Parallèlement, cela prouve le manque total de volonté des principaux partis québécois à lutter contre l’austérité néolibérale qui a été imposée aux personnes qui ont voté pour ces partis et le rôle essentiel que les forces populaires de gauche peuvent jouer pour infléchir le discours, particulièrement en travaillant avec un parti de gauche comme QS.

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Éthique et emplois : Propagande pour la plèbe

Je me sentais interpellé par les récentes nouvelles, surtout celles qui circulent dans les médias concernant les interventions politiques au niveau économique. Prenons tout d’abord le cas de Bombardier. On annonce la perte de 7000 emplois à travers le monde, dont 2400 au Québec, soit dit en passant un peu plus de 34% de tous les emplois, alors que le gouvernement du Québec a négocié un investissement de plus d’un milliard de dollars pour la CSeries. Une belle grosse claque juteuse dans la face de milliers de travailleur(se)s au Québec et de tous les citoyen(ne)s qui se font détrousser de force pour réinvestir dans une compagnie qui les méprise allègrement, avec le sourire étampé dans la face, alors que pendant des mois, les Québécois(es) se font lessiver avec les politiques d’austérité libérales pour des économies de bouts de chandelles. Oui, je dis bien avec le sourire dans la face, parce qu’il apparaît pour le PDG de Bombardier que ça vaut la peine de scraper la vie de 7000 travailleur(se)s pour faire monter la valeur de l’action. Air Canada achète enfin des CSeries, en voilà une bonne nouvelle avec laquelle les médias peuvent faire passer la pilule. C’est bien à ça que se résume notre valeur face aux actionnaires dans notre monde capitaliste. Nous sommes de la chair à canon, un point c’est tout.

Face aux pertes d’emplois, l’élite politique a cette fâcheuse tendance à la révolte à géométrie variable, selon les enjeux économiques qui font leur affaire. La géopolitique prend le bord assez vite dans ce temps-là! Pensons notamment à la vente d’armes à l’Arabie Saoudite que Harper a défendue au nom des 3000 emplois en Ontario, et que l’ineffable Stéphane Dion a reprise exactement là où l’autre avait laissée. « Vote for REAL change » qu’il disait le bouffon à Ti-PET. Lorsqu’on est prêt à perdre à peu près le même nombre d’emplois pour Bombardier sans sourciller, ça démontre bien que la question n’est pas la perte d’emplois, mais plutôt le 15 milliards de dollars qui pend au bout du compte et qui fait tant saliver d’envie le gouvernement canadien. Les emplois : c’est un prétexte. Les Syriens qui se font bombarder par des terroristes financés et armés notamment par l’Arabie Saoudite, elle-même fournie en armes par le Canada, pas de problème. On prendra 25 000 migrants pour se faire pardonner.

Parlant de l’Arabie Saoudite, n’est-ce pas le même pays qu’on brandit comme étant le méchant lorsque vient le temps de défendre le pétrole « éthique » des sables bitumineux de l’Alberta versus le pétrole conventionnel du Moyen-Orient? Si je comprends bien, vendre à l’Arabie Saoudite c’est éthique, mais acheter non. Vous voyez bien que la politique canadienne est basée strictement sur l’argument économique, l’éthique n’a rien à faire là-dedans, un autre prétexte bidon, comme les emplois finalement. Si le pétrole conventionnel n’est pas éthique parce qu’il finance des pays du Moyen-Orient qui n’ont pas de conscience pour les droits humains, où est l’éthique du pétrole de l’Alberta qui fait des victimes directes dans les populations autochtones qui vivent proches des cours d’eau contaminés par les extractions pétrolières, sans parler de la destruction de la faune et de la végétation? Et qui défend encore ce projet de TransCanada? Eh oui, le « plus ou moins » écologiste Stéphane Dion, père de la Loi de la Clarté à part de ça. Autant dire que sa conscience environnementale est à peu près aussi claire que sa lecture de la démocratie canadian!

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Conditions de travail : Le retour de l’héroïque investisseur privé

Il faut favoriser les investisseurs privés pour créer des emplois! N’entendons-nous pas cette formule clamée sur tous les toits par les politiciens? Une formule répétée avec tant d’énergie qu’on a l’impression que des effets suivront inévitablement dans le prochain mandat du tribun. Toutefois, alors que les entrepreneurs jouissent d’un climat leur permettant d’amasser des fortunes, nos conditions de vie et de travail se détériorent. Pourquoi?

Les gouvernements disent préconiser l’aide aux entreprises (surtout aux grandes) afin de stimuler l’économie et créer des emplois. L’élite politique, caractérisée par la pensée néolibérale, suppose que le « créateur de richesses » n’est nul autre que l’entrepreneur; du boss d’la shop au grand investisseur multimillionnaire, voire multimilliardaire.

Il est faux de dire que les entrepreneurs créent de la richesse. Se sont les producteurs, les travailleurs, qui s’activent dans l’usine ou qui tapent à l’ordinateur au bureau, qui créent cette richesse. Si l’entreprise fait de l’argent, qu’elle est rentable, c’est que les travailleurs y fournissent un travail suffisant. Si l’entreprise fait des profits, c’est qu’elle rémunère moins les salariés que la valeur du travail produit. Il serait incohérent pour un capitaliste de vous redonner la totalité de la valeur de votre travail. Il se retrouverait les mains vides avec un budget à zéro. C’est pourquoi votre salaire est toujours plus bas que la valeur du travail que vous procurez.

Mono_05L’argent public dans les poches du privé

Le discours économique (néo)libéral place l’entrepreneur au cœur du processus de « création de richesses ». Les travailleurs y sont considérés comme « impotents et nécessitant un maître ». L’État est quant à lui un monstre « gaspilleur et inefficace ». Le rôle de l’entrepreneur capitaliste devient alors primordial pour investir afin de créer des emplois. Le discours des élites valorise ainsi l’investissement privé, en opposition à l’investissement public direct de l’État. La création d’emplois devient alors une conséquence éventuelle de l’activité capitaliste et non son but premier.

Ainsi, il faut répondre aux caprices des entrepreneurs pour « encourager » l’investissement privé. Les patrons exigent moins de règles concernant les conditions de travail et la polyvalence des salariés (lire ici précarité). Ils tentent par tous les moyens de diminuer les coûts de main-d’oeuvre (dont les salaires). En outre, les mesures fiscales avantageuses dont bénéficient les entreprises (faible imposition, crédits d’impôt, subventions, etc.) sont impensables pour le simple citoyen. À titre d’exemple, un jeune entrepreneur d’une PME m’a déclaré à quel point le nombre de subventions et d’« investissements » dont son entreprise pouvait faire l’objet est ridiculement élevé. Même les agrafes de sa brocheuse de bureau sont subventionnées. Il a fini la conversation en affirmant qu’il est vraiment facile de démarrer sa compagnie au Québec tant les mesures sont avantageuses. Quand même un entrepreneur voit l’aspect outrancier de ces privilèges donnés aux entreprises…

Un retour en arrière

La montée en puissance du rôle des investisseurs privés comme moteur de l’économie et comme décideurs politiques engendre de sévères attaques aux conditions de travail, à l’emploi. Pour aider un capitaliste, il faut des conditions d’exploitation toujours plus accrues afin de retirer plus de profits « pour plus de capital à investir ». Cela passe par un coût que production plus bas : moins de réglementation, plus de précarité et des salaires plus bas. Au XIXe siècle, les capitalistes ont ajusté leur production grâce au « capital variable », c’est-à-dire sur le dos des travailleurs. Licenciements de masse et baisses de salaires drastiques étaient la norme pour l’entreprise, comme le chômage et la misère l’étaient pour les travailleurs. Le néolibéralisme n’est que le retour des politiques libérales du XIXe siècle. Les effets de ces attaques s’accentuent au fur et à mesure que le syndicalisme recule et que la gauche politique de désagrège. Les amis des capitalistes présents aux différents paliers de gouvernement aident grandement les entreprises en votant des lois dans leur intérêt, comme, par exemple, en maintenant le salaire minimum sous le seuil de la pauvreté pendant des décennies.

De l’argent, il y en a…

Au cours des dernières années, le Québec a connu une perte d’emplois à temps plein comblée en partie par une hausse d’emplois à temps partiel. Ces emplois précaires et souvent moins bien payés ont remplacé des emplois dont les conditions étaient beaucoup plus intéressantes. Or, avec l’application de toutes ces politiques avantageuses pour le Capital, pourquoi n’avons-nous pas récupéré un quelconque bénéfice? La manière dont investit les capitalistes est faite dans leurs intérêts, non pas dans ceux des conditions de travail et des salaires des travailleurs. Si l’on facilite la marge de manœuvre des capitalistes, ils prendront toute cette marge. C’est dans leur nature de faire ce qui les avantage comme il est dans l’intérêt des travailleurs d’exiger un emploi stable et bien payé.

Encore pourrait-on rétorquer que l’investissement privé demeure la meilleure manière d’avoir de nouveaux emplois, quoique précaires et mal payés. Toutefois, une récente étude de l’IRIS montre que les entreprises font de la surépargne, c’est-à-dire qu’elles accumulent du capital et ne l’investissent pas en nouveaux emplois ou même en hausse de salaire. Pourtant, avec les taux d’intérêt actuellement bas, une tendance à l’investissement devrait être observée. Pour un capitaliste, épargner ne rapporte pas beaucoup et emprunter coûte moins cher. Sans aboutir à une conclusion claire sur les causes de la surépargne, l’étude nous renseigne sur le phénomène de son accélération dû à des baisses d’impôts sur le capital :

« Tant au Canada qu’au Québec, la tendance à la suraccumulation remonte aux années 1990 et s’est intensifiée dès les années 2000. Nous pouvons en conclure, tant à partir de nos données que de celles de l’étude de Stanford, que si les sources de revenus qui ont nourri cette accumulation proviennent d’un taux de profit avant impôts demeuré stable à environ 9 %, ce sont les baisses d’impôts consenties aux entreprises pendant les années 1990 et surtout à la fin des années 2000 qui ont augmenté significativement le flux de revenus sources d’épargne. Alors qu’elles devaient avoir un impact en stimulant l’investissement, elles ont plutôt stimulé la surépargne. »

C’est d’ailleurs The Economist, comme la note de l’IRIS le rappelle, qui s’inquiète de la surépargne en Asie et de ses conséquences néfastes sur la croissance économique. Les entreprises sont riches, mais ne stimulent pas l’économie en injectant dans celle-ci leurs liquidités. Il est non seulement faux de penser qu’une entreprise qui réussit va donner de meilleurs salaires, mais en plus celle-ci n’investira même pas dans de nouveaux emplois.

On semble oublier, volontairement ou non, que les « investisseurs » ont naturellement tendance à accumuler et que la décision d’investir ce Capital est justement privée. On peut encourager l’investissement privé, mais il ne faudrait surtout pas le forcer! Nous serions alors obligés de faire intervenir davantage l’État dans l’économie, minant ainsi la « concurrence » du « libre marché » censée nous garantir paix et prospérité! Comme le disait Marx dans Le Capital, « du Capital, c’est du travail mort »… et rien d’autre.

Une riposte politique syndicale s’impose

Les ressources capitalisées et l’aide excessive donnée aux entrepreneurs pourraient amplement permettre la création de nombreux emplois bien rémunérés. Une riposte syndicale, accompagnée d’une formation politique défendant les intérêts des travailleurs, permettrait de ramener les produits du travail vers les vrais « créateurs de richesses », les travailleurs. Une riposte syndicale est nécessaire pour contrer la précarité et les baisses de salaires, autant pour les salariés syndiqués que non syndiqués. Mais, seule une formation politique sera en mesure de faire voter des lois pour taxer le Capital, augmenter le salaire minimum à un niveau décent et réglementer le monde du travail à l’avantage des travailleurs.

Cela pourrait notamment prendre la forme d’une interdiction des agences de placement, plaie ouverte du monde du travail. Ces agences agissent comme tiers dans la production. Elles engagent des employés à la place d’un patron qui lui, « loue » leurs services. Les entreprises n’ont ainsi pas de compte à rendre aux travailleurs, seulement à l’agence. Dans l’autre sens, le patron des employés, c’est l’agence. Il est alors plus difficile de créer un rapport de force, car les salariés sont disséminés à travers les réseaux de l’agence. Par exemple, une agence reçoit 22$/h d’un patron pour un employé qui fournit un travail dans son entreprise. Toutefois, l’agence paie ce travailleur 12$/h, réalisant un profit de 10$/h à titre d’intermédiaire.

Changer de système

Tant que l’on vivra dans une économie capitaliste, on subira de nouvelles attaques sur nos conditions d’existence. Nous devons dépasser cette économie de l’exploitation et du privilège. Le constat est clair : l’économie capitaliste marche en fonction des profits, non en fonction des besoins. Les emplois ne seront jamais une priorité sous le capitalisme. Nous avons besoin d’une réelle démocratie politique et économique, d’un pouvoir redevable et révocable ainsi qu’un contrôle démocratique de la production et de la distribution. Rappelons-nous que durant la crise des années 1930, pendant que les travailleurs du Québec brûlaient leur cadre de porte pour se chauffer l’hiver, le chômage était inexistant en URSS. Loin de nous la volonté de répéter une expérience de gestion bureaucratique et totalitaire héritée du stalinisme. Toutefois, il est pertinent d’étudier l’expérience de planification de l’économie dans les pays du « socialisme réel » pour trouver des pistes de solutions à nos problèmes. L’histoire de ces pays montre que le socialisme sera démocratique ou ne sera pas.

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Étudiant-es et salarié-es de l’UQAM, même combat !

Kevin Messang-Blanché et Julien Daigneault

Nous sommes à l’aube d’une époque, selon une toute récente étude d’Oxfam, où un seul et unique pourcent de la population mondiale, le plus riche, détiendrait plus de la moitié de toutes les richesses de la planète. Cette concentration des richesses aux mains d’une élite conduit à un accroissement effroyable des écarts entre les plus aisé-es et les classes populaires.

Cette élite nous arrache aujourd’hui les avantages pour lesquels nos ancêtres se sont battus et pour lesquels certain-es l’ont payé de leur vie. C’est à coup de plans d’austérité affirmés ou dissimulés qu’on nous promet de régler tous nos problèmes. Demandez aux Grec-ques, aux Portugais-es, aux Espagnol-es : cette austérité ne fait que creuser la tombe d’un modèle social déjà mal en point.

À travers le monde entier, les coupes budgétaires font des ravages dans les services publics. En Grèce, des hôpitaux ferment, faute de moyens, laissant des femmes sur le point d’accoucher livrées à elles-mêmes. Dans les universités, des postes de chargé-es de cours, de professeur-es, des cours et des programmes sont supprimés ou non-renouvelés espérant faire des économies sur l’éducation et la jeunesse, l’avenir de nos sociétés.

Coupes à l’UQAM

Le Québec n’est pas épargné. Dans les négociations sur les budgets des universités, un seul mot revient, martelé comme la solution à tous les maux du monde : « économies ». L’administration de l’UQAM a notamment annoncé une réduction salariale de 2% pour ses salarié-es, la suppression de 150 charges d’enseignement jugées « non-rentables » et des coupures dans la recherche. L’objectif est d’atteindre l’équilibre budgétaire en dégageant environ 20 millions de dollars des poches des travailleur-euses. Cette menace s’ajoute à celle de l’éventuelle reprise du Plan directeur immobilier de l’UQAM, une série de construction de nouveaux étages et de déménagements internes entre facultés qui coûtera au moins 35 millions de dollars.

Sans aucune gêne, l’augmentation des frais de scolarité est encore envisagée. On s’en prend directement au portefeuille des étudiant-es qui ont déjà, pour beaucoup, peinent à passer le quinze du mois. Une dernière solution proposée par les tenant-es des restrictions budgétaires seraient d’augmenter le nombre d’étudiant-es par classe, quitte à nuire à l’efficacité de l’enseignement, à l’apprentissage.

L’ensemble de ces mesures aura des effets désastreux sur le court comme le long terme, notamment sur l’emploi et la qualité des formations. Le Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal considère que le non-renouvellement des places de professeur-es « va boucher l’horizon des diplômés au doctorat pour au moins quatre ans ».

Il ne s’agit pas d’un simple combat pour défendre notre place et nos « privilèges » d’étudiant-es. Il ne s’agit pas seulement d’éviter une dangereuse régression du modèle social et éducatif, mais d’une lutte déterminante pour les améliorer dans l’intérêt de la majorité.

S’unir pour vaincre

À l’image des attaques généralisées des élites contre nos conditions de vie, nous devons être de toutes les luttes, de tous les combats. Le Front commun intersyndical du secteur public et parapublic ouvre une fenêtre de contestation sociale historique ce printemps. De nombreux autres secteurs sont déjà sur le pied de guerre (dont les employé-es municipaux et les CÉGEP). Les étudiant-es doivent massivement être de la partie. Il est de notre devoir, pour nous et pour les suivant-es, de défendre nos acquis et d’en gagner d’autres.

Le comité Étudiant-es socialistes vous encourage à défendre les positions suivantes à travers vos actions individuelles et celles de vos associations et syndicats.

Solidarité avec les luttes des salarié-es de l’UQAM !

Mobilisons nos associations étudiantes contre les coupures et les hausses en éducation et partout ailleurs !

Organisons des campagnes jeunesses autour de revendications concrètes :
– Contre la hausse des tarifs de transport en commun ! Pour la gratuité !
– Contre la précarité dans l’emploi ! Pour un salaire minimum de 15$/h ! Pour des stages rémunérés ! Pour l’abolition des dettes étudiantes !
– Contre la hausse des frais de scolarité ! Pour la gratuité scolaire et la cogestion universitaire !

Comme le dit le slogan, « de l’argent il y en a, dans les poches du patronat » ! La rédaction et tou-tes les membres d’Étudiant-es socialistes vous souhaitent un bon semestre de lutte et de militantisme !

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