Jeunesse sous pression : la crise de la santé mentale

En cette deuxième vague du Covid-19, nous connaissons probablement toutes et tous des personnes qui ont été infectées, si ce n’est nous-mêmes. Mais une autre pandémie faire rage : celle de la crise de la santé mentale. En effet, si l’auto-isolement et l’éloignement social sont nécessaires et inévitables pour endiguer le virus, ce sont toutefois des dangers supplémentaires pour la santé mentale. Avec les mesures sanitaires qui ont limité la vie sociale au strict minimum et le télétravail comme norme, les problèmes psychologiques s’accumulent, en particulier chez les jeunes.

Une grande étude Corona menée par l’université d’Anvers démontre que, malgré la diminution des infections au coronavirus, la plupart des habitants s’estiment mentalement à un niveau aussi bas que lors de la première vague. Le mental des étudiants et du personnel Horeca semble, lui, être encore plus affecté que lors de la première vague. Cela s’explique par le fait que l’isolement et la solitude sont parmi les causes les plus préjudiciables de la maladie mentale, ce qui est aggravé par la peur et l’anxiété que les gens ressentent actuellement en raison de l’incertitude de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

De plus, le télétravail à long terme et à plein temps peut avoir de graves conséquences psychologiques. Maintenant qu’il est devenu la règle, nous manquons de contacts sociaux (surtout pour les personnes qui vivent seules) et la pression sur la vie familiale et en colocation est accrue. Aussi, nous avons tendance à travailler plus d’heures car nous sautons des pauses et qu’il n’y a pas de fin précise à la journée de travail. Cette situation peut conduire rapidement à l’épuisement ! Selon une étude, un bon équilibre entre le télétravail et le travail constant à domicile serait de 2 jours de télétravail par semaine, couplé à des moyens actifs de récupération du travail, comme la pratique de sports ou la promenade, ainsi que le choix d’un lieu de travail séparé et l’imposition d’horaires de travail clairs.

La jeunesse tout particulièrement frappée

Le télétravail affecte également les étudiants. Depuis l’introduction du code rouge dans tous les établissements du supérieur, ils doivent suivre les cours entièrement à distance mais seuls 45% de ceux-ci seraient satisfaits de la qualité des cours donnés en ligne, selon un sondage de la Fédération des Étudiants Francophones (F.E.F.). De plus, 41,2% des étudiants n’ont pas leurs cours enregistrés. En temps de crise sanitaire, ils devraient pourtant pouvoir revoir leurs cours s’ils ne peuvent le suivre en direct, par exemple parce qu’ils ne disposent pas de l’ordinateur familial à l’heure du cours ou si leur connexion internet ne fonctionne plus.

Dans ce contexte, 60% des étudiants se sentent complètement ou partiellement en décrochage scolaire et même 80% d’entre eux déclarent se sentir partiellement ou totalement fragilisés ! Ils vivent mal la solitude et ont une « impression d’inutilité ». On comprend dès lors mieux pourquoi 10% des étudiants pensent à arrêter leurs études !

L’incertitude et l’anxiété grandissante à l’approche des examens (probablement en ligne) ne va d’ailleurs rien arranger à la situation. Sans oublier que les jeunes travailleurs et jobistes ont été particulièrement touchés par la fermeture des restaurants et des cafés mais aussi par l’augmentation du chômage. En effet, 1 étudiant sur 3 a perdu son « job étudiant » et a donc des difficultés supplémentaires à payer ses études, 14% d’entre eux ont même du mal à assumer leurs frais de santé, et donc du mal à demander l’aide d’un professionnel pour notamment résoudre des problèmes de santé mentale.

Un phénomène loin d’être neuf

Tout cela a un lourd impact sur la santé mentale des personnes. Mais la situation était déjà critique avant l’apparition du virus ! Avant la crise sanitaire, une enquête de l’OCDE réalisée en 2018 avait révélé qu’une personne sur 6 vivait avec un problème de santé mentale en Europe.

Le changement climatique laissait peu d’espoir aux jeunes en un avenir. Avec la crise sanitaire et le confinement, la situation s’est aggravée et 8% des personnes de 18 ans et plus ont sérieusement pensé à mettre fin à leurs jours pendant la première vague dont 0,4 % ont tenté de le faire. Que peut-il alors en être aujourd’hui et qu’en sera-t-il par la suite ? Le gouvernement n’a pas bougé à l’époque des grèves pour le climat malgré des manifestations de masse, pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ?

Comment passer de la dépression individuelle à des luttes collectives réussies ? Une condition préalable est un diagnostic correct du problème : il ne s’agit pas d’un « échec » individuel, mais d’un problème social lié à la faillite du système capitaliste.

Ainsi, si le Covid-19 (et l’échec du capitalisme à le traiter) a massivement exacerbé les problèmes psychologiques, force est de constater que le capitalisme était déjà auparavant un système qui conduisait inévitablement aux crises, dont celle de la santé mentale.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que la dépression est la forme de maladie qui connaît la croissance la plus rapide au monde ! Pour de multiples raisons, la santé mentale dans le monde était déjà très en déclin. La solitude, l’insatisfaction au travail, le stress, ainsi que les statistiques relatives à des affections plus graves comme l’anorexie ou la schizophrénie indiquaient toutes que la société produisait une détresse mentale à un niveau alarmant. Des années d’austérité, la crise du logement et le déclin économique général, combinés à une culture de consommation individualiste largement toxique, ont laissé la santé mentale de nombreuses personnes en lambeaux.

Aujourd’hui, la pression sur les épaules des travailleurs et des jeunes ne cesse pas et les mesures sanitaires sont de plus en plus impopulaires. Tout comme il est nécessaire d’endiguer le virus, il est nécessaire de mettre en place des mesures face aux problèmes de santé mentale ! Mais si ce virus a bien démontré une chose, c’est à quel point ce système est peu capable de répondre à un défi tel qu’une crise sanitaire. Il y a moins d’un an, des mobilisations ont eu lieu en Flandre contre les coupes budgétaires dans le travail social, y compris la prévention du suicide. Les économies ont finalement été retirées, mais cela ne règle pas les problèmes du secteur social.

Aucune crise n’a jamais été aussi internationale que celle-ci, que ce soit sur le plan sanitaire, social ou économique. A l’heure d’une pandémie mondiale et alors que la plus grande crise économique de l’histoire du capitalisme est à notre porte, ce système est incapable de sortir de ses contradictions et d’apporter des solutions. Ne nous laissons pas abattre par l’exaspération et construisons ensemble une alternative à ce système pour que le bien-être de la majorité de la population passe avant les profits de quelques-uns !

par Ophélie (Bruxelles)

Partagez!

Est-ce la fin du monde ou la fin « d’un » monde ?

Depuis l’avènement de la pandémie de Covid-19, nous vivons un moment que l’on pourrait vraiment qualifier « d’historique ». L’expression ne me semble pas exagérée, car une crise de cette ampleur n’est comparable avec absolument rien de connu dans l’histoire récente. Des pandémies ont bien eu lieu dans les dernières années, comme la H1N1 ou le SRAS, mais l’ampleur de l’actuelle pandémie est sans précédent dans le « monde actuel ». Je précise « monde actuel », car des pandémies meurtrières ont été légion dans le passé.

De la grande peste athénienne de la guerre du Péloponnèse, à la grippe espagnole, en passant par la peste noire du XIVe siècle, les épidémies et les pandémies qui ont décimé d’énormes pans de population ne sont pas rares. Mais dans le monde actuel (en gros, la période qui va de la Deuxième Guerre mondiale à aujourd’hui) les pandémies meurtrières sont devenues des événements bien rares en raison de la constante augmentation de la salubrité. Ajoutons à cela le développement massif des services sociaux & des services de santé publics des décennies d’après-guerre et nous expliquons aisément la chute drastique de la mortalité dans le monde. Et ceci, même dans les pays les plus pauvres. Ce qui vient ironiquement poser le problème de la surpopulation mondiale.

Tout cela explique bien le sentiment de sécurité face à la mort qui caractérise si bien notre monde. C’est aussi ce qui explique le présent sentiment de panique face à un virus, certes assez dangereux, mais dont la mortalité n’est pas (encore) comparable avec celle de la grippe espagnole et des autres grandes pandémies des époques précédentes.

L’un des problèmes avec la pandémie de Covid-19 n’est pas tant la science médicale, mais plutôt le mode d’organisation de nos sociétés et l’insouciance et l’indiscipline des populations qui la constituent. Enfin, c’est surtout le cas en ce qui concerne les pays occidentaux, car la discipline des populations asiatiques mérite ici d’être soulignée. Ajoutons à cela une économie de l’interdépendance et un personnel politique calquant ses pratiques sur le management d’entreprises (autrement dit, plus préoccupées par les chiffres et le court terme que par l’organisation du bien commun et la prévision à long terme) et nous compensons amplement les avancés scientifiques par une gestion de la société tout à fait inadaptée aux pandémies.

Depuis des décennies, et à plus forte raison depuis la révolution néolibérale américano-britannique (Thatcher-Reagan), les services publics ont été soumis à des baisses de moyen constantes et à des privatisations, au nom des soi-disant vertus du marché. La pauvreté ou la richesse étant dogmatiquement perçue comme une conséquence des choix et des talents des gens, l’organisation rationnelle et éthique de la société s’est fait pour une grande part remplacer par le froid rapport commercial, ce qui a engendré une explosion des inégalités. Pourtant, l’époque moderne est en croissance économique constante et la quantité de richesse amplement suffisante pour assurer une vie décente pour tous. La contestation était d’ailleurs au rendez-vous et l’année 2019 fut riche en révoltes populaires. L’usure des idées néolibérales et la perte de légitimité de la caste dirigeante, sur fond de crise environnementale, devaient fatalement entrer en confrontation avec le monde de l’égoïsme et de la croyance en la croissance économique infinie.

Mais, coup de théâtre ! Voilà qu’une pandémie, issue d’un virus encore inconnu 6 mois auparavant, se présente en cette nouvelle décennie, mettant ainsi un coup d’arrêt radical à ce que les dirigeants espéraient être éternels ! Tant que toute la mécanique économique était au beau fixe, que la croissance était minimalement au rendez-vous et que la finance ne faisait pas trop de conneries, les dirigeants du monde pouvaient suivre la voie du profit. Après tout, le pouvoir était encore parfaitement capable de travestir les colères populaires en racisme et xénophobie ! Un peu de populisme par ci, un peu de division identitaire par-là ! Et le « bon peuple » pouvait (du moins ici) se battre autour de questions secondaires bien des années encore. Mais non ! Ce satané virus est venu enrayer la machine pour de bon.

Après avoir touché l’Asie en premier lieu, le virus s’est étendu un peu partout sur terre, en passant par les voies pavées par la mondialisation des échanges et du tourisme. La grande latence des symptômes additionnée au sentiment de supériorité des Occidentaux a permis de croire que le virus pourrait bien n’être qu’une défaillance issue du système chinois, sans poser plus de problèmes que le H1N1. De toute façon, nos dirigeants ne s’intéressent qu’aux « vraies affaires », c’est-à-dire aux chiffres et aux statistiques inscrites sur ses ordinateurs. Comme le maintien de la biodiversité, le réchauffement climatique, la hausse des inégalités et la fragilisation de l’économie, les questions d’ordre sanitaire devaient nécessairement passer au second plan. C’est donc avec un peu plus de 2 mois de retard que nos gouvernements réagissent enfin.

Ce qui aurait pu être géré graduellement et de manière coordonnée fut fait dans la plus pure improvisation. Ne parlons pas de coordination ! Même l’Union européenne fut incapable de la plus petite dose de solidarité, allant même jusqu’à se voler du matériel médical entre États membres ! Il en va de même pour la coordination des provinces canadiennes et états américains (voir parfois entre les autorités municipales et les étages supérieurs). Tout ce beau monde improvisa allègrement dans le chaos le plus complet. La mondialisation des échanges, prélude supposé à une gouvernance dite mondiale, tombe en un instant et sous nos yeux, aux poubelles de l’Histoire ! Ne laissant pas même le temps aux conspirationnistes de se trouver de nouvelles thèses impliquant George Soros!

En moins de deux semaines, l’économie mondiale s’est presque complètement arrêtée et soudainement les peuples, comme les États, redécouvrent les vertus des frontières et des services publics. Fallait le faire !

J’aime à dire et écrire cet adage fait maison : « la nécessité précède la volonté ». Celle-ci n’aura jamais été aussi vraie qu’aujourd’hui, car ce retournement de situation prend un peu tout le monde de court. Même les sociaux-démocrates authentiques et les socialistes restent encore un peu abasourdis de réaliser à quel point la situation actuelle leur donne raison. Des investissements sociaux et sanitaires massifs et sans précédent, au salaire de base, en passant par les nationalisations d’entreprises d’intérêts publics, tout est désormais potentiellement sur la table et ceci sans même avoir à passer par la case « lutte sociale ». Simplement, c’est la situation qui l’exige.

Les questions idéologiques sont bien sûr temporairement mises de côté, mais tout ce qui sera fait laissera des traces indélébiles sur la mémoire collective et ce n’est pas le choc de l’urgence sanitaire qui amoindrira cette mémoire marquée au fer rouge ! C’est tout l’inverse, car les publicitaires savent depuis longtemps que le stress et l’anxiété aiguisent la mémoire. C’est d’ailleurs pour cette raison que nos télés favorisent tant la violence et les sensations fortes aux heures de grande écoute !

Mais enfin, tout n’est évidemment pas si rose. Hormis les nombreux morts que cette pandémie engendrera, cet événement historique aura aussi de graves conséquences sur les libertés publiques, puisque celles-ci seront assurément blâmées lorsque le bilan sera à faire. Le néolibéralisme vit peut-être son crépuscule, mais gageons qu’il en va de même pour le pendant positif du libéralisme, c’est-à-dire l’individualisme.

En Chine, la pandémie est désormais derrière elle et le bilan est déjà en train de se faire, alors que nous commençons à peine à réaliser ce qui nous arrive vraiment. Les Chinois ont grandement souffert de la crise, mais leurs gestions autoritaires, couplées avec la discipline de son peuple, ont été en mesure de gérer la crise avec une grande efficacité. C’est maintenant eux qui aident les pays les plus touchés par la crise et si les États-Unis ne réussissent pas à faire de même, il est probable que la Chine sorte grande gagnante de cet épisode. Comme la suite de la Deuxième Guerre mondiale a initié l’hégémonie américaine, il est fort possible que la Chine devienne hégémonique à son tour dans le monde post-Covid-19. Ce qui implique fatalement une exportation de son modèle dans le monde.

On pourrait croire que les socialistes en soient ravis, mais c’est ne pas vraiment comprendre la réalité du modèle chinois, qui n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’espéraient les pères du marxisme. Cependant, ce changement de paradigme pourrait offrir des possibilités plus « libertaires », si nos propres forces ne baissent pas les bras. Après tout, comme le dit le dicton : à quelque chose malheur est bon ! Et comme nous avions raison, il serait bien que notre peuple le réalise lors du bilan prochain.

Partagez!